Boire ses repas, une nouvelle pratique pour ne pas perdre de temps

La start-up californienne Soylent permet aux employés de la Silicon Valley de boire leur repas afin de travailler plus. 

La boisson Soylent

Soylent propose de remplacer la nourriture par une boisson

"La fin de la nourriture", titrait The New Yorker en réaction au succès de Soylent, boisson censée pouvoir couvrir les besoins alimentaires quotidiens d'un individu, développée par une start-up de la Silicon Valley. Elle n'est d'ailleurs pas la seule puisque de multiples concurrentes ont été concoctées par d'autres jeunes pousses californiennes telles que Schmoylent, People Chow ou encore Schmilk. Des appellations qui ne mettent pas en appétit, mais qui correspondent aux produits à visées purement utilitaires.

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L'objectif de ces mixtures peu ragoûtantes est clair et sans détour : offrir une solution pour se nourrir rapidement et à peu de frais. Elle s'inscrivent ainsi en droite ligne du concept de "lifehacking" qui a émergé autour de San Francisco, et qui consiste à trouver des moyens de perdre le moins de temps possible dans les détails pratiques de la vie de tous les jours, afin de pouvoir se concentrer sur certains projets spécifiques – le travail, en d'autres termes.

C'est pourquoi des produits chargés aux amphets permettant de booster les capacités des individus et de réduire leur temps de sommeil existaient déjà, à l'instar de l'Adderall. Bien qu'ils soient dangereux pour la santé, de nombreux workaholics de la Silicon Valley s'en enfilaient régulièrement afin de pouvoir révolutionner le monde sans perdre une seule seconde. Mais c'était avant que Soylent ne pousse au milieu de toute cette jungle climatisée.

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À la conquête du monde

Crée en 2013, l'entreprise propose une boisson contenant une trentaine d'ingrédients présents sous forme de poudre pour un total de 2000 calories par jour – le tout pour seulement 10 dollars. Son nom est inspiré du film Soylent Green ("Soleil Vert" en version française) dans lequel les individus, affamés et vivant dans une société dystopique, se nourrissent principalement grâce à un aliment qui donna son nom au film... et qui se révèle être composé de chair humaine... Bref, vous l'aurez compris, les types à la tête de la start-up ne sont pas des génies de la com'.

Mais côté financier, ça fonctionne beaucoup mieux. L'entreprise a réunit 20 millions de dollars de fonds grâce à la boîte d'investissement Andreessen Horowitz (et quelques autres) après une campagne initiale de crowdfunding où elle récolta 100 000 dollars en deux heures, révélant une très forte demande. Selon The New Yorker, Soylent affirme d'ailleurs avoir déjà envoyé plus de 6 millions de "plats" à travers les États-Unis. 

Les firmes de la Silicon Valley constituent une clientèle importante, bien que certaines multinationales s'y trouvant comme Facebook ou Google préfèrent servir des repas préparés par des chefs à leurs employés, comme le rappelle 20 Minutes.

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Mais ça ne s'arrête pas là. C'est que le fondateur de la start up, un certain Rob Rinehart, voit grand, très grand même : selon lui, les populations des pays pauvres – consacrant une part importante de leur budget à la nourriture – pourraient être séduites par des boissons-repas comme Soylent. Mais cette idée ne pourra porter ses fruits qu'à moyen ou long terme : l'entreprise limite pour l'instant son terrain de chasse aux US.

Les critiques fusent

Le goût du produit quant à lui serait moins ignoble qu'il n'y paraît, selon un journaliste de The Atlantic qui le compare à celui d'une "crème sans sucre". Aussi, le fondateur de Soylent, Rob Rinehart, prétend qu'après quelques écueils, sa boisson ne présente plus de risques sanitaires. Son argument ? Elle a constitué 90% de sa nourriture pendant plus d'un an et demi. 

Cependant, et malgré la trentaine d'ingrédients présents dans un Soylent, de nombreux spécialistes restent sceptiques, rappelant l'importance d'avoir un régime alimentaire varié. De son côté, Rihenart a engagé une petite légion de nutritionnistes et experts afin de mener une étude scientifique approfondie visant à certifier que son produit ne présente pas de risques pour la santé.

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Un dernier problème de taille se pose : en effet, comment occulter la triste vie qui s'inscrirait en creux d'un régime basée uniquement sur cette boisson, impliquant l'abandon des plaisirs de la ripaille entre amis et autres réjouissances de ce genre ?  D'autant qu'ingurgiter jour après jour le même breuvage ne peut qu'être déprimant...

Et si le fondateur de la start-up clame haut et fort ne jamais s'être senti aussi bien que durant sa monodiète au Soylent, on doute tout de même quelque peu de son impartialité.

Par , publié le 29/05/2015

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