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En Birmanie, parler de "vagin" est tabou

Publié le

par Anaïs Chatellier

Une journaliste s'est attiré l'ire d'une partie de la population birmane en écrivant dans un article le mot "vagin", considéré par beaucoup comme une chose "honteuse".

"En Birmanie, il n'y a pas de vagins". C'est avec cette phrase qui interpelle que l'article du Guardian commence à raconter l'histoire de cette jeune journaliste qui a provoqué un véritable scandale en osant écrire noir sur blanc le mot "vagina" dans la version anglaise d'un journal birman.

Il semblerait que dans la langue birmane, ce terme n'existe tout simplement pas et que pour désigner cette partie de l'anatomie de la moitié de la population, on utilise l'expression "corps de la femme". Cette omission linguistique met en lumière un tabou ancré depuis des générations dans ce pays pendant longtemps isolé.

Des femmes birmanes vêtues avec le htamein traditionnel (Crédits Image : Bartosz Hadyniak/Getty)

Le vagin est une chose "honteuse"

En Birmanie, le vagin est quelque chose de "honteux". Ainsi, tout vêtement qui peut avoir un contact avec cette partie du corps, comme le htamein traditionnel – jupe portée par la plupart des femmes birmanes – est considéré comme impur et ce même après avoir été lavé. Sous-vêtements et jupes ne doivent donc jamais être suspendus dans un endroit où les hommes pourraient malencontreusement tomber dessus par peur d'être contaminés ou de perdre leur "pouvoir masculin", nous apprend le Guardian.

Alors que les menstruations féminines sont encore tabou dans la plupart des pays occidentaux, autant vous dire qu'en Birmanie, c'est encore pire. La jeune journaliste qui a osé mentionné le terme de "vagin" s'est donc attiré un déluge de critiques, certains allant jusqu'à lui annoncer que "sa réputation en tant que femme était ruinée à jamais".

Les activistes féministes en danger

Depuis quelque temps, un nombre croissant d'organisation de femmes se réunissent pour sensibiliser la population à ce tabou qui renforce les inégalités femmes-hommes. L'association de femmes Akhaya par exemple organise des ateliers hebdomadaires sur l'éducation sexuelle, sur les droits des femmes et sur la reproduction, afin d'encourager la discussion avec les principales concernées.

Pour beaucoup de femmes, c'est la première fois qu'elles sont en mesure de parler librement de leur corps sans avoir peur d'être jugées", explique Lucy Stevens, membre de l'association au Guardian. "Cette expérience aide les femmes à développer un rapport positif avec leur propre corps, à construire une confiance en soi et à se rappeler qu'il leur appartient, tout comme la liberté de ne pas être discriminées à la maison comme dans l'espace public", poursuit-elle.

Mais il faut croire que cette initiative bienveillante n'est pas du goût de tout le monde. Ces femmes activistes racontent qu'elles reçoivent des menaces de mort et des discours humiliants de moines bouddhistes extrémistes qui font partie du Ma Ba Tha, groupe nationaliste influent qui a déjà mis en place de nouvelles lois destinées à contrôler la population et en particulier les femmes.

Devenues ennemies numéro un des extrémistes soucieux de conserver ces croyances archaïques, les femmes activistes demandent à la communauté internationale de veiller à ce qu'il ne leur arrive rien alors que les premières élections nationales se profilent le 8 novembre prochain.

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