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Le Bhoutan, le pays qui veut devenir 100% bio

Publié le

par Jeanne Pouget

Ce 16 octobre, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture célèbre la Journée mondiale de l’alimentation. L’occasion d’un coup de projecteur sur le Bhoutan qui s’est engagé à devenir le premier pays au monde à l’agriculture 100% bio d’ici 2020.

Le Bhoutan, le premier pays 100% bio ?

Situé entre la Chine et l’Inde, le royaume himalayen est déjà connu dans le monde entier pour l’originalité de son développement économique. Un modèle qui place la sauvegarde de l'environnement et la promotion du développement durable parmi les quatre indicateurs du Bonheur national brut (BNB) instauré en 1972 à la place du Produit intérieur brut (PIB).

Le gouvernement bhoutanais souhaite ainsi éradiquer progressivement la vente d’engrais chimiques, souvent utilisés par les paysans pour affronter les violents épisodes de sécheresse de ces dernières années. À la place, il souhaite privilégier le compost en guise de fertilisant naturel, un réflexe déjà majoritaire chez la plupart des fermiers et agriculteurs du pays. Mais aussi augmenter le nombre de terres irriguées et exploiter les variétés locales résistantes aux nuisibles.

Bien que majoritairement rural, le territoire bhoutanais qui est plus petit que la Suisse n’exploite que 3% de ses terres cultivables. Il entend faire de son "handicap" un avantage. Ne pouvant être compétitif par la quantité de sa production, il veut le devenir à travers la qualité de ses exportations. Son environnement propre et la pauvreté des paysans (le revenu annuel moyen avoisine les 1500 euros par an et par foyer) sont donc propices à une agriculture biologique intégrale.

Le bonheur est dans le pré

Application du principe de la neutralité carbone, absence d’exploitation d’énergie fossile ou aucun recours au nucléaire : le Bhoutan tire son plus gros potentiel de l’énergie hydraulique alimentée par les rivières. L’air que l’on y respire est, parait-il, le plus pur au monde – 5% plus que la norme européenne.

Au Bhoutan, 90% des habitants possèdent des terres à 99% bio. Le ministre de l’Agriculture bhoutanais, Pema Gyamtsho, lui-même fermier comme la plupart des membres de son cabinet, défend cette "valeur".

Lors d'une allocution au Sommet sur le développement durable de New Delhi en 2013, il avait affirmé :

Notre terrain est montagneux. Lorsque nous utilisons des produits chimiques, ils ruissèlent et contaminent l’eau et les plantes. Nous avons besoin de prendre en compte l’ensemble de l’environnement. La plupart de nos pratiques sont issues de l’agriculture traditionnelle, nous sommes donc déjà majoritairement biologiques de toutes façons.

Une décision qui est aussi, selon ses dires, largement philosophique :

Nous sommes Bouddhistes et nous croyons en la possibilité de vivre en harmonie avec la nature. Les animaux ont le droit de vivre, nous aimons voir les plantes heureuses et les insectes heureux.

Une stratégie évolutive engagée depuis 2011, sur la même voie que d’autres mesures phares : les autorités ont imposé le "jeudi piéton" qui interdit les voitures en ville. Les fast-foods et le tabac sont également interdits et l’alcool est fortement taxé. Enfin, le tourisme de masse, jugé destructeur, est très contrôlé. D’ailleurs pour ceux qui souhaiteraient respirer l’air bhoutanais, les tarifs fixés par le Gouvernement Royal du Bhoutan s’élèvent en moyenne à... 200 dollars par jour et par personne. Le bio, ça a un prix.

Article écrit par Jeanne Pouget 

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