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À Béziers, Robert Ménard arme la police municipale... et le fait savoir

Les citoyens de la ville de Béziers ont découvert ce mercredi matin une campagne d'affichage musclée qui annonce la police municipale armée d'un "nouvel ami". Une communication qui fait déjà jaser.

Photo prise par un citoyen biterrois ce matin de la campagne d'affichage de la police municipale

Photo prise par un citoyen biterrois ce matin de la campagne d'affichage de la police municipale

"Say hello to my little friend", narguait Al Pacino dans Scarface. Son ami en question ? Un M-16 avec un lance-roquettes. Robert Ménard s'est sans doute un peu inspiré de ce film de gangsters cultissime pour les nouvelles publicités qui ornaient dès ce matin les panneaux publicitaires de la ville qu'il administre depuis près d'un an désormais.

"Désormais la police nationale à un nouvel ami", peut-on lire sur la nouvelle campagne d'affichage de la police municipale de la sous-préfecture de l'Hérault qui ne s'accompagne que d'une seule image : un pistolet portant l'étendard tricolore gravé sur la crosse. Une ligne en dessous promet le pouvoir de police du maire : "Armé 24h/24 et 7j/7". Bref, la police municipale de Béziers a des flingues, et elle voudrait vous le faire savoir.

Sur Twitter, pas mal d'internautes ont manifesté leur surprise, qui a laissé la place à l'indignation, puis à l'humour vache. Quelques échantillons ci-dessous :

En juin 2014, l'édile soutenu par le FN avait annoncé l'imminence de la mise en place d'un nouvel arsenal sécuritaire, dans lequel figurait déjà l'intention d'armer la police municipale. Midi Libre rapportait alors que "Côté matériel, des revolvers 38 spécial, des tasers et des caméras embarquées sont d'ores et déjà commandés". Selon l'Obs, la ville de près de 75 000 habitants s'est équipée en flash-balls, revolvers et tasers pour un coût total de "60 000 à 70 000 euros".

La police municipale, armée ou pas ?

Il s'agit de rappeler que si les agents de la police nationale sont systématiquement dotés d'armes à feu, il n'en est pas de même pour leurs collègues de la municipale : en 2013, 39,22% des policiers municipaux l'étaient contre 45% d'entre eux à ce début 2015. Après l'assassinat d'une policière municipale par Amedy Coulibaly le 8 janvier 2015, le débat de l'armement de la police municipale est revenu sur le tapis, notamment à la demande du Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM).

Or, comme le rappelle Le Figaro, l'autorisation de port d'arme est soumise à une procédure précise. Seuls les maires peuvent faire une demande qui devra être validée en préfecture. Le quotidien précise que la demande doit être motivée par le cadre de la mission confiée aux fonctionnaires de police – or le conseil municipal a acté, en novembre 2014, le principe d'une nouvelle convention entre la police municipale biterroise et les services de l'État.

900 à 1 200 euros par revolver

Mais la cité du Languedoc-Roussillon est-elle à la hauteur de sa communication fanfaronnante ? En France, on ne fournit pas une arme à un flic comme ça : chaque policier doté d'un flingue – entre 900 et 1 200 euros à l'unité – doit suivre une formation de 15 jours que Richard Mousset, le secrétaire général du SDPM, estime à 1700 euros par agent.

Ce n'est pas tout : le fonctionnaire devra être remplacé pendant tout le temps de sa formation. Sans compter le temps de l'entraînement, des formations et de l'obligation de tirer au moins 50 cartouches par an. On ne sait encore ni combien de fonctionnaires de Béziers seront armés, ni quand. Mais Robert Ménard a réussi son coup de pub.

Par Théo Chapuis, publié le 11/02/2015

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