Bernie Sanders, l’outsider démocrate qui séduit la jeunesse américaine

Un candidat démocrate pourrait damer le pion à Hillary Clinton dans la course aux primaires. Récoltant l’adhésion des jeunes électeurs, le sénateur du Vermont connaît une montée en puissance qui pourrait changer la donne. Voici Bernie Sanders.

Le sénateur Bernie Sanders, en avril 2015. (iStock)

Le sénateur Bernie Sanders, en avril 2015. (iStock)

Inconnu il y a peu, comme Barack Obama l'était en 2008, Bernie Sanders a opéré en quelques mois une progression fulgurante dans les sondages. Au point qu’il menace la domination de Hillary Clinton sur les primaires démocrates. Lundi 1er février, lors du caucus de l'Iowa, Bernie Sanders a talonné l’ancienne première dame : 49,86 % pour Hillary Clinton contre 49,57 % pour Sanders... Avec une avance écrasante au sein des jeunes, comme le montre ce schéma des résultats par classes d'âge :

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Résultats du caucus de l'Iowa côté démocrates, entre Sanders et Clinton, par classe d'âge. (CNN)

Résultats du caucus de l'Iowa côté démocrates, entre Sanders et Clinton, par classe d'âge. (CNN)

En réduisant à presque rien l’écart qui le sépare de sa rivale, Bernie Sanders fait parler de lui et suscite un nouvel espoir, celui d’une politique du franc-parler et de la sincérité. Actuel sénateur du Vermont, se présentant en indépendant aux côtés des démocrates, Sanders n’est pourtant pas un nouveau venu. Du haut de ses 74 ans, il connaît parfaitement les rouages de la vie politique américaine et compte bien faire bouger les lignes.

Au pays de l’Oncle Sam, où un François Hollande pourrait être considéré comme un dangereux communiste, Bernie Sanders se définit comme socialiste. Un mot qui peut faire peur. Mais Bernie veut s’attaquer à l’immobilisme et prône une révolution politique en profondeur parfaitement résumée par le slogan "A futur to believe in". Un avenir dans lequel des millions de jeunes Américains veulent croire.

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D’ou vient sa popularité ?

Pourtant, l’élu du Vermont ne ressemble pas à un présidentiable. Un manque de charisme certain, un talent oratoire discutable, une stature voûtée et un âge avancé (ce qui l’a d’ailleurs contraint à publier un bulletin de santé) n’en font pas de prime abord un candidat apte à fédérer un grand nombre de suffrages. Mais son discours, qui dénonce un appareil politique où l’argent est devenu central, fait souffler un vent de fraîcheur :

"Nous touchons une corde sensible avec les Américains qui pensent que la politique de l'establishment ne suffira pas. Nous ne pouvons pas continuer à avoir un État dominé par la classe des milliardaires", a-t-il dit lors d'un discours il y a dix jours.

Et Sanders n’hésite pas à tacler sa concurrente sur sa proximité avec Wall Street et le monde de la finance, et à appuyer là ou ça fait mal. Après avoir commencé sa campagne avec des moyens financiers très limités, il a réussi à obtenir un trésor de guerre de 20 millions de dollars via des dons personnels et sans se compromettre dans les circuits de financements habituels. Le message de Sanders est clair : il n'est pas entravé par les puissances de l’argent et est libre de penser et d’agir.

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Ce sénateur atypique est particulièrement apprécié chez les jeunes, notamment parce qu’il propose de s’attaquer au coût exorbitant des études supérieures, dans un pays où les étudiants s’endettent en moyenne à hauteur de 35 000 dollars lors de leur scolarité.

Cette prise de position lui a valu les louanges du groupe Vampire Weekend et de son chanteur Ezra Koenig, qui expliquait dans les colonnes du magazine NME son ralliement à Sanders en déclarant : "On ne reverra jamais un candidat comme lui." Le groupe s’est d’ailleurs officiellement rangé aux côtés du candidat en jouant lors d’un meeting organisé par les militants de "Students for Bernie".

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Un candidat 2.0 à la communication décomplexée

Son personnage décontracté (il a notamment conclu la soirée du caucus de l'Iowa avec David Bowie en fond sonore) et les petites touches d’humour dont il saupoudre ses discours renforcent sa popularité. Bernie n’hésite pas à plaisanter et à décomplexer sa communication :

"Les experts ont dit que je peignais bien mes cheveux et que j'avais un look qui passerait parfaitement dans les pages de GQ. Moi, ça me va".

Mais c’est surtout par le Web que Sanders a réussi à toucher le public des jeunes électeurs et à consolider sa popularité. Très actif sur Facebook, ou son compte dépasse en followers celui de Hillary Clinton, il est également présent sur le portail communautaire Reddit ou une page Sandersforpresident lui est consacrée.

Il n’hésite d’ailleurs pas à tchater avec les internautes. Ce qui lui permet de se rapprocher de ses électeurs – lui qui est encore, pour beaucoup d’entre eux, un rookie dans cette course à l’investiture – et de renvoyer l’image d’un candidat 2.0 qui utilise mieux que sa rivale les outils numériques.

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Un programme radical pour un démocrate

Son ascension fulgurante trouve également son explication dans un programme explosif qui a pour vocation de dynamiter les élites et de rétablir un équilibre entre les différentes couches sociales. Bernie Sanders a fait de la réduction des inégalités son cheval de bataille et l’axe fort de sa campagne.

"Il y a une guerre dans notre pays entre les plus riches et ceux qui travaillent. 1 % des américains possèdent 23 % de la richesse du pays, plus que les 50 % les plus pauvres. Et apparemment, ce n’est pas assez pour eux !"

Véritable pourfendeur des inégalités, Bernie Sanders souhaite ouvrir l’université aux couches populaires en faisant baisser le coût des inscriptions. Ses propositions visent aussi à relever le niveau de vie des Américains les plus défavorisés en augmentant le salaire minimum et à redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs.

Il prône par ailleurs une réforme de l’assurance maladie qui va beaucoup plus loin que l'"Obamacare" en se tournant vers un modèle européen pour mieux mettre en place une sécurité sociale version USA. Dans son volet social, le programme de Sanders prévoit également que l’État fédéral mette la main à la poche pour générer de l’emploi.

Sanders souhaite aussi s’attaquer à la question du racisme, qui ronge encore aujourd’hui la société américaine, qu’il compte traiter en combattant ses différents aspects : physique, politique, légal, économique et environnemental.

Toutes ces mesures ayant un coût, Bernie Sanders propose de profiter des faibles taux d’intérêts pour les financer via des politiques d'emprunt public. Une augmentation de la dette américaine, certes, mais qui serait compensée par une réduction du chômage et une relance de l’économie.

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Résolument à gauche, et pour tout dire même à gauche de la gauche, Bernie Sanders est pro-mariage gay, pro-avortement et se prononce pour l’abolition de la peine de mort. Ajoutons à cela que c’est un antimilitariste convaincu, opposé à l’intervention militaire des États-Unis en Irak et en Afghanistan, et qui souhaite trouver les solutions dans la négociation diplomatique ou, au pire, dans les sanctions financières.

Ce programme, révolutionnaire à bien des égards, séduit un nombre croissant d’électeurs, mais Hillary Clinton a pour elle l’expérience des hautes fonctions et plus de crédibilité au niveau international. On verra dans quelques mois si l’outsider Bernie Sanders confirme l’espoir qu’une partie des Américains, la jeunesse principalement, a pour l’instant placé en lui.

Par Arnaud Pagès, publié le 03/02/2016

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