Bernard Cazeneuve porte plainte après des graffitis "anti-flics" sur les murs de la Sorbonne

Le ministre de l'Intérieur a annoncé porter plainte contre des graffitis anti-flics découverts à l'université de la Sorbonne, à Paris.

"J’ouvre une bouteille à chaque fois qu’ils ferment un cercueil d’un flic", "Frapper vite, frapper fort, un bon flic est un flic mort." Les auteurs de ces lignes ne maîtrisent pas la rime riche, mais leur message est d'une clarté limpide.

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Comme l'a relevé Le Parisien, ces graffitis ont fleuri sur les murs de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, dans les locaux du centre Pierre Mendès-France, rue de Tolbiac (XIIIe). Dans un contexte d'actualité tendue pour les forces de l'ordre, quelques jours après la violente agression dont a été victime une patrouille de police à Viry-Châtillon (Essonne), ces graffitis passent mal dans un établissement public.

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Le maire PS du XIIIe arrondissement, Jérôme Coumet, espère que "cette ignominie ne restera pas impunie". Le président de la Sorbonne a vite demandé à la police d'intervenir, mesure plutôt exceptionnelle puisque les universités sont protégées par l'article L712-2 du Code de l'éducation, qui n'autorise les agents de la force publique à y pénétrer que sur autorisation de leur président – sauf en cas de flagrants délits, de catastrophes ou sur réquisition du parquet.

D'après le quotidien francilien, une enquête a été ouverte mardi 11 octobre pour "dégradation de biens public", mais le président de la Sorbonne estime que "le parquet de Paris pourrait requalifier les faits d''incitation à la haine'".

Le ministère de l'Intérieur s'en mêle

Les accusations n'en ont pas fini de s'accumuler puisque la place Beauvau ne compte pas en rester là. Bernard Cazeneuve a annoncé mercredi 12 octobre son intention de porter plainte contre le ou les auteur(e)s de ces inscription, qui d'après lui sont "constitutives d'apologie de crimes contre des policiers".

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Comme écrit plus haut, la manœuvre du ministre de l'Intérieur s'explique notamment par l'attaque au cocktail Molotov de quatre agents de police dans un véhicule de patrouille, samedi 8 octobre, dans l'Essonne. Le pronostic vital de l'un des fonctionnaires est toujours engagé à l'heure où nous rédigeons ces lignes.

On le comprend, Bernard Cazeneuve veut donner le change aux syndicats de policiers comme Alliance et leur montrer qu'il les soutient plus que jamais.

Un graffiti "ACAB" est-il imputable d'"incitation à la haine" ?

Or si Bernard Cazeneuve lui-même porte plainte contre tous les actes anti-flics, la tâche semble d'ores et déjà immense pour le ministre. Combien d'inscriptions "ACAB" (pour "All Cops Are Bastards", on vous laisse traduire vous-même) sur les murs de la seule capitale – notamment après les manifestations contre la loi Travail et les nombreuses violences policières, constatées par les journalistes et d'autres observateurs, reçues par le Défenseur des droits ?

Faut-il également condamner pour "apologie de crimes contre des policiers" les manifestants qui scandent "Tout le monde déteste la police" lors des prochains mouvements sociaux, où les tensions seront vives avec les forces de l'ordre ? Ou bien les œuvres de street-art considérées comme "anti-flics" par certains témoins, comme ce fut le cas à Grenoble cet été ? Ou les gens qui portent des T-shirts "Police partout, justice nulle part" avec une typo ensanglantée ? Nous posons simplement la question.

Par Théo Chapuis, publié le 12/10/2016

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