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Un chercheur invente une bactérie qui transforme le CO2 en carburant

Publié le

par Thibault Prévost

Daniel Nocera, professeur à Harvard, à mis au point une bactérie qui transforme le dioxyde de carbone en carburant, ce qui pourrait contribuer à préserver les énergies fossiles.

© Wikimedia Commons

Daniel G. Nocera, professeur et chercheur en Chimie à Harvard (États-Unis), en est à sa seconde annonce révolutionnaire en cinq ans. En février 2011, alors au MIT, il présentait une première percée dans le domaine de la bioingénierie avec la mise au point d'une feuille artificielle capable de séparer l'eau en hydrogène et en oxygène, la mode étant à l'époque aux véhicules à hydrogène. Une invention tombée depuis dans l'oubli, expliquait le chercheur, par manque d'infrastructures. Ce mois-ci, cependant, Daniel Nocera a présenté une nouvelle invention, qui s'attaque cette fois-ci aux combustibles fossiles.

Après plusieurs années de recherche, son équipe et lui sont parvenus à modifier une bactérie, appelée Ralston eutropha, qui absorbe le dioxyde de carbone et l'hydrogène de l'air et de l'eau (combinés à sa feuille artificielle) pour les transformer en carburants alcooliques. "Pour le moment, nous produisons de l'isopropanol, de l'isobutanol et de l'isopentanol", a expliqué Nocera le 18 mai dernier lors d'une conférence à Chicago.

Donner un accès à l'énergie à ceux qui en sont démunis

Si le processus se trouve à l'état naturel chez les plantes et les végétaux, celui-ci est traditionnellement efficace à environ 1 % (ce qui signifie que 1 % de l'énergie solaire est convertie en biomasse). La bactérie de Daniel Nocera, elle, est dix fois plus efficace. Et illimitée en taille : les bactéries se nourrissent d'hydrogène, expirent du CO2, se multiplient, et recommencent.

Mais si la technologie, qui fonctionne dans n'importe quel type de liquide – même l'urine – a des applications potentiellement illimitées, elle ne résout pas pour autant le problème des gaz à effets de serre : une fois le CO2 converti en carburant, il reviendra dans l'atmosphère après utilisation (donc combustion) de celui-ci. En bioénergie, on définit le processus comme "carbone neutre".

En revanche, l'invention de Daniel Nocera peut entre autres permettre d'implanter des centrales d'énergie dans des endroits du globe dénués de ressources naturelles. Pour le chercheur, le meilleur candidat est l'Inde, où 300 millions de gens n'ont pas encore d'accès à l'électricité (il est également membre de l'Indian Academy of Sciences). Selon Forbes, un réacteur d'un litre de liquide rempli des bactéries de Nocera peut capturer 500 litres de CO2 par jour, et faire disparaître 237 litres de CO2 pour chaque kilowatt-heure produit.

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