Pour attirer les touristes, la Chine pourrait faire un trou dans son Grand Firewall

La province de Hainan, que la Chine aimerait transformer en carrefour touristique, pourrait être la première à lever partiellement la censure du Web.

Allégorie du Grand Firewall de Chine. (© Wikipédia/CC)

Le Grand Firewall de Chine n’est pas à proprement parler l’une des grandes merveilles du monde, même s’il faut bien reconnaître un certain tour de force technologique : le dispositif de censure du Web chinois, qui empêche les quelque 800 millions d’internautes du pays d’utiliser Twitter, Facebook et YouTube depuis près d’une décennie et contrôle ce qui se dit en temps réel sur les plateformes locales comme Weibo ou WeChat, est diablement efficace. À tel point que même les expatriés en pâtissent. Mais bientôt, à en croire des informations de Reuters, le Grand Firewall devrait ouvrir un premier sas d’aération.

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Selon l’agence de presse, le gouvernement chinois s’apprêterait à lever partiellement le dispositif de censure électronique dans la province de Hainan, au sud du pays. Pourquoi ici ? Car Hainan est ce que la Chine a de plus proche d’Hawaï : un climat extrêmement favorable, une mer d’azur, des côtes bétonnées par la folie des promoteurs et des touristes désireux de passer du bon temps. Autre avantage : Hainan est une île, ce qui rend plus facile la levée du blocage sans que les autres provinces puissent en profiter sur le continent.

Objectif : 2 millions de touristes par an

Mais au fond, l’initiative ne vise pas à offrir aux touristes chinois la possibilité d’explorer le Web de la manière dont nous l’envisageons : le plan, détaillé par le gouvernement de la province sur son site, est d’attirer les touristes étrangers avec la promesse de pouvoir poster leurs souvenirs de vacances sur leurs réseaux sociaux, ou de garder le contact avec leur famille sans se sentir étouffés par le Grand Firewall. Un argument de vente, en somme.

D’autant que, d’ici 2020, Hainan devrait également devenir une zone de libre-échange, augmenter le nombre des liaisons aériennes vers les capitales occidentales (jusqu’à une centaine de destinations), accepter les cartes de crédit étrangères et abolir les restrictions gouvernementales concernant le transport aérien, ferroviaires et routier. L’ambition : gagner 25 % de touristes en plus, afin d’atteindre 2 millions de visiteurs par an. Pour l’instant, précise Reuters, nulle trace de développement de casinos ou de salles de jeu…

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Évidemment, la levée partielle du Grand Firewall comme faveur faite aux touristes étrangers a fait jaser sur les réseaux sociaux chinois. Les internautes de l’empire du Milieu dénoncent un deux poids-deux mesures au sein même du pays – une allusion au régime "un pays, deux systèmes" mis en place lors de la restitution de Hong Kong à la Chine en 1997, l’ancienne colonie britannique bénéficiant alors d’avantages économiques et sociétaux. Mais inutile de s’emballer pour le moment : comme le rappelle Engadget, Shanghaï est également une zone de libre-échange depuis 2013 et malgré les promesses, l’état d’Internet n’y a pas bougé d’un iota.

Quant à l’annonce du gouvernement de Hainan, elle a disparu dans les 24 heures suivant sa publication. Si l’île devait effectivement avoir accès à une partie du Web occidental, ce serait une première pour le régime de Pékin, qui a tout sauf desserré les mailles de son filet de protection numérique depuis dix ans.

Par Thibault Prévost, publié le 26/06/2018

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