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SpaceX a fait atterrir deux fusées réutilisables en 48 heures

Publié le

par Thibault Prévost

Avec deux lancements réussis en deux jours, SpaceX a achevé de normaliser l’aérospatiale. Demain, lancer une fusée sera aussi normal que de prendre l’avion.

Entre vendredi 23 juin et dimanche 25 juin, SpaceX a fait décoller ses 12e et 13e fusées Falcon 9, chargées d’une flotte de satellites, avant de les poser sur un drone naval au large du Pacifique. Cette fois-ci, l’une des deux fusées, qui s’est élancée de la base militaire de Vandenberg, en Californie, effectuait sa deuxième sortie consécutive dans l’espace. En d’autres termes, ce week-end, l’entreprise fondée par Elon Musk en 2002 a enfin atteint son objectif commercial : mettre en place un système de lancement de fusées réutilisables, capables d’atterrir de manière autonome et de repartir dans la foulée, chargées d’une nouvelle cargaison, sans aucune autre opération de maintenance qu’un plein d’essence.

Un pari complètement dingue il y a quinze ans, alors que le secteur était verrouillé par le complexe militaro-industriel de Lockheed Martin ou Boeing, que la conquête spatiale était au point mort et qu’aucune technologie de ce type n’existait. En 2017, envoyer une fusée dans l’espace est devenu 99 % moins cher que dans la décennie précédente. Ce double lancement réussi marque une véritable étape du progrès technologique qui, à moyen terme, devrait faire de l’être humain la première espèce terrestre multiplanétaire. Le plus dingue dans tout ça ? Tout le monde s’en fout, ou presque.

Normaliser l’impossible

Il y a deux ans, en décembre 2015, SpaceX parvenait à faire atterrir sa toute première fusée Falcon 9 après une série d’échecs. Un moment historique salué tant par le hurlement collectif des ingénieurs surmenés de la start-up (une séquence lacrymale qui place à jamais Incubus dans les annales de l’aérospatiale) que par l’ensemble des médias généralistes comme spécialisés (oui, nous en étions) et jusqu’au grand public lui-même, qui a bien compris que quelque chose d’important venait de se passer sur le plan technologique, peu importent ses connaissances en ingénierie aérospatiale. Deux ans et 18 lancements plus tard, que reste-t-il de cet enthousiasme candide ? Pas grand-chose. Bouah, SpaceX a encore fait atterrir une fusée sur une barge ? Et alors ? Boring, rétorquerait peut-être votre interlocuteur en agitant la main en signe de dénégation. Au-delà de l’exploit technologique, Elon Musk et son contingent de génies sont parvenus à normaliser l’impossible dans nos esprits, et c’est peut-être là leur plus grande réussite.

L’être humain est ainsi fait qu’en général, l’innovation technologique effraie avant de se rendre indispensable. L’adage est valable dans tous les domaines, de l’intelligence artificielle (IA) à la robotique en passant par… l’espace. De la même manière qu’il y a quatre-vingt-dix ans, personne ou presque n’aurait réservé un siège dans le Spirit of Saint Louis de Charles Lindbergh pour un Paris-New York par voie aérienne, très peu de gens auraient aujourd’hui envie de monter à bord de l’une des fusées d’Elon Musk. En réussissant à lancer des fusées à la chaîne comme de vulgaires avions Ryanair, Elon Musk fait plus que de révolutionner le marché de l’aérospatiale : il change le paradigme tout entier.

À partir de demain, un lancement de fusée en orbite terrestre deviendra un événement si trivial qu’il ne méritera plus d’attention particulière. Petit à petit, nous nous ferons à l’idée que des astroports permettent le transport rapide de marchandises entre la Station spatiale internationale (ISS) et notre planète. Puis viendront, dans la décennie qui vient (et selon le plan magistral d’Elon Musk), les premiers vols de test habités. Entre 2025 et 2030, si tout va bien, les premiers colons terriens devraient partir pour Mars. Le premier voyage diffusé en mondovision, à n’en pas douter, nous arrachera des larmes d’émotion, une émotion que l’humanité a totalement oubliée depuis 1969.

Puis le suivant partira. Et le suivant. Et ainsi de suite. Et sans nous en rendre compte, nous serons arrivés à destination : un monde dans lequel des hommes et des femmes partent sur Mars, reviennent, et crient à qui veut bien l’entendre que ça les a complètement changés, qu’ils sont inadaptés à la planète Terre et que ceux qui n’ont jamais été dans l’espace ne peuvent de toute façon pas comprendre. À espèce multiplanétaire, poseurs interplanétaires.

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