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Selon l'Atlas Mondial des Femmes, l'égalité est encore loin d'être acquise

Publié le

par Aline Cantos

Le premier Atlas Mondial des Femmes, coécrit par les membres de l’Institut National d’Études Démographiques (INED), vient de paraître en ce 12 janvier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le bilan est loin d’être idéal.

Symbole féministe, pochoir mural

Si les initiatives en faveur des femmes ne manquent pas, à l’image de la loi sur l’égalité réelle entre les hommes et les femmes proposée par Najat Vallaud-Belkacem en juillet dernier, l’Atlas Mondial des Femmes vient néanmoins nous confirmer que la théorie est encore à mille lieues de la pratique.

Alors que l’on se réjouit à l’idée de voir Elizabeth Matthews remplacer John LoFrumento à la tête de la Société Américaine des Compositeurs, Auteurs et Maisons d’Édition (ASCAP), équivalent de la SACEM française, l’accès des femmes aux hautes fonctions semble toujours plus que délicat.

Le monde professionnel toujours soumis au plafond de verre

Très touchées par le chômage, les femmes ont aussi beaucoup de difficulté à s’imposer dans les hautes sphères professionnelles. C’est le cas notamment au sein des métiers du cinéma. C’est ce que l'on observe à la vue des statistiques de la FEMIS, Fondation Européenne des Métiers de l’Art et du Son, en y comparant 10 promotions successives. Ainsi, quand on observe un total de 62% de femmes aspirantes scénaristes, on constate une inversion quasi-parfaite du chiffre quand on se penche sur les étudiants réalisateurs.

Source <a href="http://www.lemonde.fr/demographie/article/2015/01/12/une-marche-paradoxale-vers-l-emancipation-des-femmes_4554683_1652705.html" target="_blank">Le Monde</a>

Cette tendance est confirmée par le Centre d’Études des Femmes dans la Télévision et les Films de San Diego. Ce dernier affirme en effet qu’au cours de 17 dernières années, les réalisatrices déjà très peu présentes dans le milieu audiovisuel ont connu un déclin de 2% supplémentaires.

Au-delà de cette contrainte d’accès au métier, les réalisatrices sentent aussi le plafond de verre peser sur leurs épaules. Ainsi, pas une seule femme n’apparaît dans le top 50 des réalisateurs les mieux payés de l’année passée selon le site BoxOfficeMojo.

L'inégalité a la peau dure

Par-delà toutes les considérations professionnelles, la vie des femmes reste aussi soumise à un sexisme qui a imprégné toutes les sociétés, à plus ou moins grande échelle.

Soumises aux injonctions sociales mises à jour depuis maintenant des années, la vie professionnelle des femmes ne s'arrête pas à leur travail. Bien souvent, alors même qu'elles travaillent toujours autant que les hommes pour un salaire 30% inférieur à ces derniers, les femmes cumulent encore des doubles journées mêlant activités professionnelle et domestique. Selon l'Atlas, les femmes travailleraient, en France, 10 à 12h de plus que les hommes. Inutile de préciser que leur rémunération ne se voit pas augmentée pour autant.

Statistiques de l'INED, sur <a href="http://www.lemonde.fr/demographie/article/2015/01/12/une-marche-paradoxale-vers-l-emancipation-des-femmes_4554683_1652705.html" target="_blank">Le Monde</a>

Ceci n'est d'ailleurs pas près de s'arranger si l'on en croit les querelles autour de la théorie du genre et la masse de conservateurs mobilisés contre l'allocution de Najat Vallaud-Belkacem qui infirmait l'existence de différences entre hommes et femmes, comme le prévoit la théorie. La manif pour tous a en effet repris du service dès lors que l'ancienne ministre du droit des femmes a affirmé son désir de mettre fin au sexisme en enseignant l'égalité entre les sexes dès les premières années d'école.

Le corps des femmes, toujours au centre du débat

La pression sociale est toujours omniprésente dans nos sociétés. Il n'y a qu'à voir les catalogues de jouets pour enfants, toujours très genrés, afin de constater que la situation de la femme reste encore très éloignée d'un idéal d'égalité.

Il y a cependant quelques acquis, comme l'accès facilité à la contraception dans bon nombre de pays, avec notamment le progrès incarné par les centres de planning familial. Cependant, l'Atlas constate que ces progrès n'ont eu de cesse d'augmenter le poids déjà bien présent sur les épaules féminines. Quand le préservatif masculin constitue 7,6% de la contraception mondiale, la stérilisation reste le moyen de contraception le plus utilisé avec 18,9%. Ajoutons à cela que les préservatifs sont bien souvent distribués gratuitement quand la pilule est encore très mal remboursée.

Ainsi, quand "acquis" il y a, ces derniers subissent une perpétuelle menace comme on l’a vu ces dernières années avec l’avortement qui s’est vu remis au cœur du débat au sein de plusieurs pays, dont l’Espagne, la France ou les États-Unis. Légalisé en 2010, l’avortement a déjà été remis en cause en Espagne, touché par des considérations conservatistes et religieuses qui ont donné lieu à des manifestations de toutes parts.

Attaquées dans leurs droits, mais aussi dans leur intégrité physique, les femmes sont les premières cibles de la violence, qu'elle soit physique ou morale. 

La violence, quotidien féminin

Les pays les plus avancés du monde ne sont pas à l'abri de cette violence. Il n'y a qu'à voir la Suède. Pourtant précurseur en terme de lois féministes, le pays est le théâtre privilégié d'évènements tragiques tels que le viol ou les agressions sexuelles. Avec environ 15 plaintes pour viol par jour dans le pays en 2009, la Suède n'est pas exempte de violence à l'encontre des femmes. Pourtant, ses lois ont longtemps été perçues comme les plus progressistes de l'Union Européenne.

Les femmes sont encore partout soumises à des bourreaux ayant le privilège de la domination masculine. La mutilation sexuelle est d'ailleurs l'une des plus grandes préoccupations du féminisme. Cette dernière, encore pratiquée dans bon nombre de pays, est cependant de plus en plus réprimée. Au cours des années 2000, beaucoup d'états africains ont pris des mesures afin de contrer ces actes barbares. Ceci étant, encore une fois, la mutilation clandestine continue à se pratiquer, et l'UNICEF parle tout de même de 30 millions de victimes à venir dans les 10 prochaines années.

La condition féminine semble donc s'arranger dans les textes, cependant le chemin risque d'être encore long avant d'atteindre une réelle égalité. Le féminisme ne peut encore crier victoire. L'égalité est un combat quotidien que chacun peut se décider à mener. L'Atlas Mondial des Femmes nous le prouve, les lois seules ne sont rien sans le concours de la population.

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