Des associations féministes se mobilisent contre les stéréotypes véhiculés par les jouets

Ah, Noël et son éternelle séparation sexiste entre les jouets "pour filles" et ceux "pour garçons"… Mais si les stéréotypes persistent, les collectifs féministes ne chôment pas.

On est en 2017 et le rose reste toujours la couleur de prédilection des jouets pour les filles. (© Mattel)

"Jouets de Noël : encore trop de catalogues sexistes" titrait fin octobre le magazine 60 millions de consommateurs. Il notait que si des progrès ont été faits et que les jouets ne sont généralement plus présentés en deux catégories "fille" et "garçon" mais par activité, "le clivage demeure".

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Les représentations des garçons et filles restent ainsi stéréotypées au sein des activités d’autant plus que, comme le notait le magazine, les distributeurs restent tributaires des marques de jouets qui continuent à "sexualiser" leurs produits.

Du sexisme persistant de l’univers du jouet

Cela fait pourtant plus de trois ans que le Sénat a publié un rapport alertant sur les divisions et attributions sexistes des jouets. On y lisait par exemple :

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"[Les] univers masculins sont axés sur la technique, le combat, la violence et le dépassement de soi, qu’il faille détruire ou sauver le monde, l’important est avant tout de prouver qu’on est un homme. […]

Les univers 'féminins' sont essentiellement centrés sur le maternage, le ménage, le travail de son apparence physique ainsi que l’apprentissage de relations sociales (entre copines)."

Il apparaissait que l’univers du jouet avait connu une "régression à la fois sociologique et consumériste" depuis les années 1990, que le rapport exprimait par l’influence du "marketing" et de l’hyperconsommation.

Lier les jouets à des stéréotypes sexistes encourage en effet à la consommation : un petit garçon désirant emprunter l’ancien vélo rose de sa sœur est ainsi stigmatisé, et poussé à en réclamer un nouveau aux couleurs soi-disant plus "viriles". Le psychiatre Serge Hefez expliquait ainsi :

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"Un jouet n’est pas par nature sexué. C’est la famille et la normativité qui poussent l’enfant à le croire. Un enfant est curieux et polymorphe. Il aime découvrir des terrains différents mais a une pression sur les épaules. Dès qu’il sort de la norme, il se sent en souffrance."

Les enfants sont poussés à se conformer à ces normes de jeux sexistes, ce qui a des conséquences sur leurs représentations, leur construction… et l’intégration et la perpétuation du sexisme. Astrid Leray, autrice d’études sur les représentations genrées dans les catalogues de jouets, a notamment souligné auprès de Franceinfo que "les jouets ne servent pas qu’à jouer, ils servent évidemment à apprendre. Donc si on apprend avec des jouets stéréotypés ou qui véhiculent des stéréotypes, forcément on intériorise et on se construit avec ces stéréotypes".

Et au-delà de ces conditionnements sexistes, les enfants ont besoin d’explorer et apprendre "le maximum de choses", selon la spécialiste qui constate que "ce n’est pas, aujourd’hui, ce que leur proposent les magasins et les fabricants de jouets".

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"Déballez les cadeaux, remballez les clichés"

Pour militer contre ce sexisme, deux collectifs féministes ont lancé des campagnes originales à l’approche de Noël.

Le collectif 52 (notamment à l’origine du photomontage viral qui avait détourné l’image de Trump signant un décret anti-IVG) a lancé une nouvelle campagne d’affichage pour "prouver que les paquets planqués sous le sapin n’ont pas de sexe". Six affiches (visibles sur la page Instagram des 52) encourageant à donner "le pouvoir de choisir" aux enfants ont donc été créées.

L’association souligne à cette occasion que (selon l’Institution of Engineering and Technology) 89 % des jouets pour les filles sont roses, les jouets étiquetés "pour filles" coûtent 55 % plus chers que ceux des "pour garçons", et les jeux scientifiques, technologiques et mathématiques sont trois fois plus susceptibles d’être marketés pour les garçons.

Pour lutter contre ces représentations et attributions sexistes des jouets, les six affiches représentent soit un père et son fils, soit une mère et sa fille, avec les messages "Tel père, tel fils/Telle mère, telle fille. Déballez les cadeaux, remballez les clichés".

"Une petite fille jouant aux voitures. Un petit garçon contant des histoires à sa poupée" : chaque affiche met en scène un parent et son enfant cassant les clichés traditionnellement attribués à chaque genre. On y voit des petites filles faisant du skate ou bricolant, et des petits garçons cuisinant ou encore promenant leur poupon. Une campagne efficace, même si on regrettera le manque de diversité parmi les personnes représentées.

En plus de la campagne sur les réseaux sociaux, 1 500 affiches ont été placardées dans les villes de Paris, Lyon et Marseille, histoire de maximiser la diffusion du message.

"Moi, ce qui me fait rêver/C’est un monde non genré"

Et en parlant de maximisation d’un message féministe, le collectif Georgette Sand a sorti un clip de Noël aux paroles bien trouvées. Sur leur site, ses membres expliquent vouloir ainsi demander que le rose ne soit pas une couleur réservée aux filles, que les rayons et sections différenciés filles/garçons dans les magasins, sites et catalogues de jouet soient supprimés, que les packagings neutres soient privilégiés et la "taxe rose" sur les jouets abolie.

La chanson Mon cadeau pour Noël est calquée sur le célèbre titre All I Want For Christmas Is You de Mariah Carey. Et ses paroles vont droit au but :

"Moi c’que j’veux, Maman, pour Noël,
C’est piloter une fusée.
Moi j’veux aller sur la lune,
Faire voler toutes mes poupées.

Mec, remballe ton aspirateur
Ou apprends à le manier.
Moi, ce qui me fait rêver
C’est un monde non genré"

On y trouve même un passage de rap dédié "aux vieux de l’Académie qui s’accrochent au pouvoir comme des nantis", faisant allusion au refus catégorique des académiciens de considérer l’écriture inclusive, et expliquant notamment comment "c’est pas la castration, la règle de proximité".

Le tout est servi avec un clip maison, tourné dans des centres commerciaux, directement au milieu des jouets, et n’a pas oublié de distiller une dose d’optimisme pour 2018 :

"Tu n’veux pas savoir qu’j’existe
Jusqu’à tes remarques sexistes
On change le monde chaq’ jour
Justice, égalité, toujours."

En plus de relayer les campagnes des 52 et de Georgette Sand, il est également possible de signer la pétition lancée ce 19 décembre par les associations Osez le féminisme ! et Les Chiennes de garde exigeant que les "fabricants comme les distributeurs abandonnent leur ségrégation sexuée des jouets", notamment en enlevant toute référence au sexe de l’enfant à qui le jouet est supposément adressé.

Les deux associations en appellent également à chacun et chacune, pour faire en sorte que les jeux offerts aux enfants leur permettent d’ouvrir "les champs des possibles".

Par Mélissa Perraudeau, publié le 19/12/2017

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