Un artiste sud-coréen chante pour la réunification des deux Corées

Le chanteur de K-pop, Lee Seung-chul et un choeur formé par des réfugiés nord-coréens, ont chanté ensemble pour la réunification des deux Corées. 

lee seung chul

Lee Seung-chul est peu connu en France. Pourtant, il est une star incontournable en Corée du Sud où on le surnomme même "the god of vocal". Connu d'abord dans les années 1980 en tant que leader du groupe pop-rock Boohwal, puis pour sa carrière solo et son rôle de juge dans l'émission de téléréalité musicale coréenne Supertar K, il se lance désormais dans un nouveau projet intitulé "One Nation".

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L'aventure commence lorsque With-U, un choeur composé de jeunes réfugiés nord-coréens, lui propose un projet qui vise à unir les deux voisins coréens, sous le signe de la musique. Ensemble, ils ont chanté le 15 août, date symbolique puisqu'elle célèbre la déclaration d'indépendance de la Corée en 1945, après la reddition du Japon.

Un choeur et un lieu symboliques

Je crois que l'espoir peut être transporté à travers la musique, même dans les moments les plus désespérés. Parce que la musique est universelle et dépasse les barrières culturelles, c'est une façon particulière de rassembler les gens. C'est ce qui m'a poussé à commencer cette campagne d'unification.

C'est avec ces mots que le chanteur résumait son point de vue au Hollywood Reporter. Une vision partagée par les membres de With-U, composé d'environ 55 femmes et hommes âgés de 20 à 30 ans qui ont tous fui la Corée du Nord. D'après le Korean Herald, ils seraient plus de 26 000 Nord-Coréens à avoir fui depuis l'armistice signée en 1953 qui scellait définitivement la division de la péninsule. Comme eux, ces réfugiés sont souvent considérés comme des traîtres par le Nord et comme des étrangers par le Sud.

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Leur collaboration est ainsi d'autant plus symbolique que les chansons qu'ils ont choisi d'interpréter ont un sens. Car si la première a été composée par le chanteur K-pop et diffuse un message pacifique, la seconde s'appelle "Arirang". Inscrite sur la liste du patrimoine culturel et immatériel de l'humanité, l'UNESCO la décrit comme un "hymne évocateur, doté du pouvoir de favoriser la communication et l’unité du peuple coréen, chez lui comme à l’étranger".

Le lieu dans lequel ils ont interprété en coeur ces deux chansons n'en est pas pour le moins emblématique, puisqu'il s'agit des îles connues sous le nom des Rochers Liancourt. Le Korea Realtime explique que "cet îlot est aussi une des seules problématiques pour laquelle la Corée du Nord et la Corée du Sud partagent une volonté commune. Jouer à Dokdo serait donc l'ultime geste symbolique d'unification".

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Car si ce groupement d'îles est connu sous le nom des Rochers Liancourt en Occident, les deux Corées revendiquent la souveraineté de cette île qu'ils appellent communément Dokdo, littéralement "île isolée", contrairement aux Japonais qui lui ont donné le nom de Takeshima. L'appellation occidentale est ainsi une manière de ne pas prendre parti en faveur d'un des trois États qui se la disputent depuis plusieurs années.

Le groupe ne compte d'ailleurs pas s'arrêter à cet événement emblématique et a déjà des ambitions internationales comme le confie Lee Seung-chul au Korean Herald :

Je voulais amener une perspective globale au projet. Et pour attirer l'attention du public mondial, nous devons nous rendre dans un lieu qui symbolise la paix mondiale.

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Il devrait ainsi  interpréter ses chansons à la fin du mois dans l'Université de Harvard et espère pouvoir se produire au sein même des Nations unies pour diffuser plus largement ce message de réunification pacifique. Un challenge considéré par beaucoup comme monumental voire impossible tant la différence entre les régimes, les cultures et les modes et niveaux de vie des deux Corées s'est creusée au fil des années. Si la réunification n'est pas pour demain, cette initiative amorce au moins l'idée d'une réconciliation.

Par Anaïs Chatellier, publié le 18/08/2014