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Un artiste recrée une armée du 18e siècle pour envahir Facebook

Publié le

par Thibault Prévost

Avec The Possibility of an Army, l'artiste Constant Dullaart recrée une armée de mercenaires datant de la guerre d'Indépendance américaine... sur Facebook.

À la fin du XVIIIe siècle, l'armée britannique, alors empêtrée dans la guerre d'Indépendance américaine, décide d'engager une armée de trente mille mercenaires allemands. Commandée par le général Adolf Riedesel et stationnée au Québec, cette armée de location jouera un rôle finalement mineur dans le conflit mais permettra à 2000 soldats allemands de s'installer au Québec. Un apport démographique et culturel qui deviendra par la suite un événement historique national au Canada.

Oubliés pendant deux siècles et demi, ces mercenaires d'un autre temps reprennent aujourd'hui le combat, engagés et commandés par l'artiste militant néerlandais Constant Dullaart dans une croisade contre l'invincible Facebook. The Possibility of an Army, le projet de l'artiste, tente de recréer l'armée sans drapeau sur Facebook, en construisant pour chaque soldat un faux profil sur le réseau social. Une manière de révéler la facilité avec laquelle Facebook se laisse berner tout en mettant en perspective l'artificialité des identités virtuelles.

"D'énormes armées de faux comptes"

Avec l'aide de volontaires, Constant Dullaart a donc créé des faux profils validés par téléphone incluant les véritables noms de ces soldats, procédure suffisante pour que le réseau social les juge légitimes. Un artifice révélateur de l'incapacité des réseaux sociaux à lutter contre le trafic d'identité sur Internet et, surtout, du marché généré par le trafic de faux profils à des fins de communication.

"Il existe déjà d'énormes armées de faux comptes", précise l'artiste au Guardian. "Il y a un énorme marché sur la vente de vues sur Youtube ou tout autre type de réseau social...quand je vois que les réseaux sociaux sont cités pour valider une pratique culturelle, ça me frustre." Selon lui, les faussaires de statistiques en ligne "se font de l'argent en vous donnant de gros chiffres. Ils génèrent (chez les faux profils) des comportements aléatoires pour qu'ils aient l'air plus vrais. Et il y en partout."

En mai dernier, une enquête du Monde révélait l'ampleur de cet écosystème de faussaires : en 2013, selon les chiffres de la Direction générale de la répression des fraudes, 45% des avis  de consommateurs présentait des "anomalies". Quant à Facebook, les chiffres de 2014 révélaient que 11,2% des utilisateurs étaient en fait des robots, à l'instar de ses concurrents Twitter et Instagram. En chiffres réels, cela donne 76 millions de faux membres. De quoi coller une sacrée rouste à l'armée fantôme de Constant Tullaart.

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