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Un décret autorise les polices municipales à avoir plus d'armes à feu

Publié le

par Théo Mercadier

(©Wikipedia commons)

Un décret paru au Journal officiel le 29 novembre ouvre la voie à un plus grand armement des polices municipales. Une nouvelle mesure sécuritaire de la part du gouvernement.

(© Pablo Tupin-Noriega/Wikimedia/CC)

La victoire du candidat de la droite dure François Fillon à la primaire du parti Les Républicains aurait-elle donné des idées au gouvernement socialiste ? Mardi 29 novembre, est paru au Journal officiel un décret autorisant les policiers municipaux à "être équipés d'armes à feu de poing de calibre 9 mm, avec des munitions de service à projectile expansif". Ce type de calibre semi-automatique – qui permet notamment une plus grande cadence de tir – est celui qui équipe déjà la police nationale.

Et tant pis si la police municipale est censée être une police de proximité, dont les missions sont la supervision de la circulation, la surveillance des espaces publics et la lutte contre la petite délinquance. Dans la droite ligne de la politique sécuritaire du gouvernement qui ne cesse d'allonger la durée de l'état d'urgence sans résultats concrets – au risque de mettre à mal nos libertés fondamentales –, l'exécutif fait aujourd'hui le choix de la surenchère en inondant le pays d'armes à feu. 

Il cède ainsi à une demande de longue date des corps de police (cibles de choix de l'organisation État islamique) qui arguent qu'armer systématiquement la police de proximité lui permettrait de mieux se protéger. Entre 2012 et 2016, 8 policiers sont morts du fait de ces attaques, et les multiples attentats qui ont touché la France ces dernières années poussent le gouvernement à verser dans le tout sécuritaire.

Vers un tout sécuritaire

Il appartient aux maires de décider si, oui ou non, leur police de proximité doit porter de telles armes. Aujourd'hui encouragés par ce décret, ils devraient être nombreux à en faire la demande, quand on sait que même François Bayrou, maire de Pau et défenseur d'une police de prévention, a cédé aux sirènes de l'armement.

Les policiers concernés devront suivre une formation avant de recevoir leur nouvelle arme. Il n'empêche qu'avec la multiplication des violences policières, on est en droit de s'inquiéter des possibles débordements que pourrait engendrer une telle mesure. Il n'est pas sûr que les 50 petites heures de formation prévues pour les agents de police municipale leur apprennent à garder la tête froide et à savoir ne pas dégainer à tout-va.

En 2016, ce sticker du Punisher sur la matraque d'un policier avait suscité l'indignation. (© Geoffrey Froment/Konbini)

En 2009, un groupe de policiers faisait pleuvoir à Montreuil (Seine-Saint-Denis) une pluie de tirs de Flash-Ball sur des manifestants rassemblés pacifiquement, arrachant au passage l'œil de l'une des personnes présentes. En 2014, une grenade (!) tuait Rémi Fraisse alors qu'il manifestait pacifiquement contre le projet de barrage de Sivens (Tarn). En mars 2016, un policier explosait d'un coup de poing le visage d'un jeune lycéen parisien, sans raison.

Trois événements tragiques à inscrire dans une longue liste de débordements meurtriers, qui ont coûté la vie à au moins 126 personnes entre 2000 et 2014, selon le collectif Paris-Luttes. On rappelle quand même que la peine de mort a été abolie en 1981. Notre police est tellement violente que l'ONU a ouvertement critiqué la France sur ce point, à l'occasion des manifestations contre la loi travail au mois de mars. Sans réaction de notre gouvernement.

Aux États-Unis, en 2016, au moins 700 personnes sont mortes sous les balles de la police, et 1 100 en 2015. Est-ce là l'objectif que se fixe notre gouvernement ?

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