L’armée nigériane veut mettre fin au recrutement des femmes élèves officiers

Les performances incroyables des femmes élèves officiers auraient mené à une campagne de lobbying contre l’intégration des femmes dans l’armée.

Alors que certains pays essayent d’avancer dans la bonne direction pour le droit des femmes, le gouvernement nigérian, lui, semble avoir décidé de reculer de quelques décennies, en mettant fin à l’admission des femmes cadettes à l’Académie nationale de défense.

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En 2010, le président Goodluck Jonathan avait sommé l’armée d’autoriser les femmes à intégrer cette académie, afin qu’elles puissent combattre aux côtés des officiers des forces armées. Suite à cette décision inédite, 20 femmes, surnommées les "Jonathan Queens" ("Les reines de Jonathan") avaient rejoint les rangs de la promotion 2011.

Abuja, Nigeria. Goodluck Jonathan dans sa résidence présidentielle le 27 octobre 2014. (© Michael Gottschalk/Photothek via Getty Images)

La recommandation de mettre fin à ce programme émane du Conseil des forces armées, inauguré par le président Muhammadu Buhari la semaine dernière. Elle fait partie des révisions suggérées pour les nouvelles réglementations de l’armée, qui ont immédiatement été ratifiées par le président.

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Selon le journal en ligne Punch Nigeria, un général justifie ce retour en arrière par des plaintes formulées par des dirigeants musulmans du nord du pays, sans toutefois les nommer :

"Seule la commission des combattants réguliers peut donner à un officier l’opportunité d’accéder à la tête d’un service de l’armée, ou d’évoluer pour devenir chef des équipes de défense. […] Si on autorise la fin de ce programme, les femmes ne pourront donc jamais diriger aucun des corps de l’armée nigériane.

Les leaders musulmans du nord du pays veulent s’assurer que jamais une femme ne puisse diriger l’armée et donner des ordres aux hommes."

Fatimah Saleh, la seule recrue musulmane de l’armée en 2013, racontait alors qu’un de ses profs de l’école coranique lui avait déconseillé de rejoindre l’armée.

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(© PunchNG)

Pour le général interviewé par Punch Nigeria, ceux qui veulent mettre fin à ce programme ont convaincu à tort le président que les femmes n’avaient pas de bons résultats à l’Académie :

"Lorsque nous avons commencé l’entraînement des femmes cadettes en 2011, nous n’aurions jamais pensé réussir. Pourtant, quand la première promotion a été diplômée de l’Académie l’an dernier, ces femmes ont gagné plusieurs récompenses.

[…] C’est une femme cadette, C. Lord-Mallam, qui a remporté le prix d’or de la marine, soit la récompense la plus haute qui soit. C’est aussi le cas du prix d’argent de l’armée, attribué à la cadette K. O Dayo-Karim, et du prix d’argent de l’armée de l’air, à la cadette O. S ljelu.

Certains conservateurs du nord n’apprécient pas que la plupart des femmes cadettes soient des chrétiennes du sud, ou issues de groupes minoritaires du nord et du centre du pays. Mécontents de la tournure que prenaient les choses, ces leaders musulmans ont fait du lobbying auprès des autorités militaires pour mettre fin au programme pour femmes."

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En gros, cette décision survient parce que certains hommes fragiles tremblent devant le succès des cadettes, dont certaines s’en sortent mieux que beaucoup de leurs collègues masculins. Le sexisme atteint ici un stade où ces hommes préfèrent ignorer les qualités, les capacités et la supériorité de ces femmes, juste pour s’assurer qu’elles ne seront jamais en mesure de mener des troupes.

Au Nigeria, il y a actuellement des femmes qui conduisent des tanks, qui sont membres d’unités paramilitaires, parachutistes, etc. Le général confirme qu’elles n’ont reçu aucun traitement de faveur par rapport aux hommes. Grâce à leurs performances, deux des cadettes nigérianes pourraient d’ailleurs intégrer l’Académie militaire de West Point, aux USA.

Mais il semblerait qu’il faille attendre encore avant que les forces armées nigérianes ne soient plus discriminantes. En attendant, les femmes seront autorisées à s’engager dans l’armée, mais selon les termes des hommes : seulement à des tâches de bureau ou de maintenance, en limitant donc leurs carrières et leurs possibilités d’évolution, et ce malgré leurs compétences.

Ah, la masculinité… cette petite chose fragile.

(Giphy)

Article de Konbini Nigeria, traduit de l’anglais par Sophie Janinet

Par Olanrewaju Eweniyi, publié le 14/11/2017

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