MOUNTAIN VIEW, CA – MAY 08: Waymo self-driving vehicles are displayed at the Google I/O 2018 Conference at Shoreline Amphitheater on May 8, 2018 in Mountain View, California. Google’s two day developer conference runs through Wednesday May 9. (Photo by Justin Sullivan/Getty Images)

En Arizona, les locaux en ont marre des voitures autonomes d’Alphabet

Selon plusieurs dizaines d’habitants de Chandler, en Arizona, les véhicules Waymo gèrent mal les intersections et agacent au plus haut point les automobilistes.

© Getty Images

Du point de vue de la presse spécialisée tech, le travail qu’Alphabet (la holding de Google) réalise avec Waymo, sa filiale de taxis autonomes, est aussi ambitieux que remarquable. Après plus de 12 millions de kilomètres de route avalés sans accroc en Arizona depuis 2009, et autant de données collectées, sa flotte de Chrysler Pacifica autonomes sillonne déjà ces mêmes routes — sans chauffeur — depuis fin 2017 et transporte des passagers depuis le mois dernier dans la banlieue de Phoenix (avec un employé de la firme présent sur le siège passager pour des raisons légales).

Publicité

Bref, tout roule pour l’entreprise, qui devrait devenir le premier service américain de taxis autonomes à rentrer en action, malgré tous les efforts déployés par Uber pour la mettre sur la touche. Voilà, du moins, pour le dépliant promotionnel. Car dans la réalité, les taxis de Waymo ne font pas franchement l’unanimité.

Mardi 28 août, un article de The Information est venu entacher le conte de fées technologique. Selon plusieurs dizaines d’habitants de la banlieue de Phoenix, à Chandler, interrogés par le site d’informations, les véhicules d’Alphabet sont tout bonnement insupportables sur les routes. Les témoignages décrivent des véhicules incapables de comprendre "des caractéristiques basiques de la route", comme des intersections en T ou des virages à gauche, ou incapables de se fondre dans le trafic de manière fluide à l’aide des bretelles d’autoroutes.

D’autres résidents décrivent des véhicules qui roulent systématiquement dans la voie du milieu, peu importe les conditions de circulation, ou d’autres qui prennent plusieurs minutes à s’insérer dans le trafic d’une intersection, ce qui peut légitimement rendre dingue les conducteurs placés dans la file. Plusieurs résidents ont ainsi avoué "détester" les véhicules Waymo, "en avoir marre d’eux dans le voisinage", et préférer les doubler illégalement plutôt que de perdre du temps à attendre qu’ils prennent une décision.

Publicité

Les véhicules sont conçus pour respecter à la lettre les règles du Code de la route, parmi lesquelles le respect d’un temps de 3 secondes à chaque panneau de stop — ce qu’aucun humain ne fera jamais, soyons honnêtes. Enfin, selon The Information, les taxis ont encore du mal à distinguer les groupes de cyclistes et de piétons, et à faire la différence entre des voitures garées et des files de voitures en attente pour entrer dans un parking souterrain, par exemple. Bref, Waymo semble avoir encore du boulot.

Les 5 niveaux d’autonomie

De fait, l’article de The Information n’est pas le premier à relever quelques difficultés dans le déploiement de la flotte autonome estampillée Alphabet. Plusieurs reportages, comme celui de The Verge paru le 21 août, révélaient que les véhicules dépendaient encore largement des opérateurs placés sur le siège passager pour gérer des conditions de trafic inhabituelles.

Un constat qui laisse planer le doute quant au niveau d’autonomie réelle des taxis. D’autant que Waymo s’est implanté en Arizona pour la qualité de ses routes, droites, larges et parfaitement plates, et la douceur de son climat, sec la plupart du temps. Après un an passé à sillonner le territoire, le bilan est loin d’être optimal. Qu’en sera-t-il alors lorsque Waymo voudra transposer son service dans le brouillard de San Francisco ou, pire encore, dans des zones montagneuses et neigeuses ?

Publicité

Même si, contrairement à Uber et Tesla, la firme a eu le bon goût d’éviter tout accident mortel jusqu’à maintenant, elle semble clairement avoir fait preuve d’excès de confiance en annonçant un déploiement du service en 2018. À titre de comparaison, General Motors prévoit un déploiement de ses voitures autonomes en 2019, quand Ford table sur 2021.

Uber, qui vient de conclure un partenariat à 500 millions de dollars avec Toyota, semble avoir abandonné l’idée de construire ses propres taxis, refroidi par l’accident fatal du printemps dernier. D’autres constructeurs, comme Jaguar et Land Rover, souhaitent améliorer la relation entre humains et voitures autonomes en équipant les véhicules… d’une paire d’yeux, pour les rendre plus anthropomorphes. No comment.

Plus que la relation entre conducteurs humains et taxis du futur, l’article de The Information nous donne surtout un aperçu du chemin qu’il reste à parcourir vers l’autonomie totale — le niveau 5 sur l’échelle de 6 niveaux, définie en 2014 par l’organisme de standardisation SAE International, à partir duquel le véhicule en question n’a plus du tout besoin d’une assistance humaine. Aujourd’hui, selon cette même échelle, les véhicules Waymo se trouvent quelque part entre les niveaux 3 et 4, frontière à partir de laquelle le véhicule n’a plus besoin d’une présence humaine pour assurer les imprévus.

Publicité

Les taxis savent désormais conduire tout seuls (sans présence humaine) dans leur quartier… mais sont beaucoup plus lents dès qu’ils s’aventurent dans le vrai monde. Pas inquiète, l’entreprise a répondu en demandant aux résidents d’être patients, expliquant que ses véhicules "apprennent constamment" et que "la sécurité reste la priorité absolue". Et tant pis si les taxis conduisent comme des jeunes conducteurs sous kétamine.

Par Thibault Prévost, publié le 30/08/2018

Pour vous :