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ArcelorMittal accusé de déverser de l’acide dans la nature par un ancien employé

Publié le

par Jeanne Pouget

Un ex-employé d’ArcelorMittal Florange (Moselle) accuse, sous couvert d’anonymat, le géant de la sidérurgie de l’avoir chargé de se débarrasser de millions de litres d’acide dans la nature au lieu de les recycler.

Dans une vidéo anonyme publiée le 3 juillet par France Bleu, un chauffeur de camion, ancien intérimaire d’un sous-traitant de l’entreprise Arcelor à Florange, affirme avoir déversé des centaines de mètres cubes d’acide dans un crassier (un dépotoir de l’usine sidérurgique) à ciel ouvert pendant trois mois, de décembre 2016 à février 2017.

Il assure que ce sont les employés d’ArcelorMittal qui lui donnaient accès au crassier, non loin des bois et des habitations, afin qu’il y jette cette matière hautement dangereuse, au lieu de la recycler dans une entreprise spécialisée, ce qui coûte beaucoup plus cher. "Voilà ce que l’on va laisser à nos gosses plus tard", déplore-t-il, affirmant avoir versé 28 mètres cubes d’acide par jour dans cette zone lorsqu’il y travaillait.

"Les rochers éclataient à cause de l’acidité du produit. Le soir, je rentrais avec les yeux rouges"

"Voilà comment on recycle les déchets à Florange chez Arcelor. On balance de l’acide en pleine nature", explique en voix off ce chauffeur de camion anonyme, auteur de cette vidéo d’un peu moins de deux minutes qu’il affirme avoir tournée cet hiver, à l’époque des faits. Sur les images, on peut voir la terre littéralement brûler au contact d’une substance jaunâtre coulant en masse d’un tuyau.

"À Florange, je me retrouvais dans un crassier à devoir brancher mes tuyaux et déverser mon chargement en pleine nature, directement au sol […] Les rochers éclataient à cause de l’acidité du produit. Le soir, je rentrais avec les yeux rouges", explique-t-il.

L’homme dit qu’il était à l’époque salarié du sous-traitant d’ArcelorMittal spécialisé dans le transport et le traitement des déchets industriels, une filiale de Suez Environnement. Il affirme avoir agi suivant les recommandations de l’entreprise sidérurgique, leader mondial de l’acier.

"Je transportais l’acide usagé. Normalement je devais le ramener dans un centre de recyclage à Maloncourt. Mais on me disait de charger l’acide et d’aller au crassier, avec la complicité de salariés d’Arcelor qui me donnaient les bons [de livraison, ndlr] eux-mêmes. Les bons n’indiquaient pas que c’était de l’acide. Ils indiquaient seulement que c’était de la boue de fer ou de la boue d’épuration", rapporte-t-il à France Bleu.

"On me disait de me la fermer si je voulais garder mon boulot"

Pour l’ancien chauffeur intérimaire, c’est l’entreprise sous-traitante d’Arcelor qui gagne à la manigance car elle "se met l’argent dans les fouilles et balance au crassier". Celle-ci encaisserait le chèque mais ne retraiterait finalement pas ces produits chimiques hautement toxiques, grâce à la complicité des employés d’Arcelor. "On me disait de me la fermer si je voulais garder mon boulot", balance-t-il au Républicain lorrain.

L’homme aurait fini par en parler à un pompier travaillant pour ArcelorMittal. La direction, ayant eu vent de cette confidence, aurait alors décidé de le licencier pour "rupture de discrétion commerciale". Depuis, le chauffeur est au chômage. En parallèle, le journal local révèle qu’un promeneur de la région s’était plaint que l’un de ses chiens était mort trois semaines après avoir bu du liquide stagnant dans la même zone.

La direction régionale de l’environnement (Dreal) a ouvert une enquête. De son côté, la direction d’ArcelorMittal, qui nie être à l’origine de ces déversements, condamne un acte isolé et envisage de porter plainte, tout en affirmant vouloir faire de son empreinte environnementale une priorité.

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