Plutôt que de les recycler proprement, Apple démolit consciencieusement ses iPhone et MacBook

Selon Motherboard, le constructeur autoproclamé écolo oblige les centres de tri à broyer les produits plutôt que d'en réutiliser les pièces.

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(© Peter Werkman/Flickr/CC)

Le 20 avril, lorsque Apple avait annoncé, toutes trompettes dehors, qu'elle s'engageait à arrêter totalement d'extraire des matériaux pour produire ses iPhone en mettant en place un circuit de recyclage, une partie de la presse spécialisée avait haussé un sourcil en signe de circonspection. Dans son Rapport de responsabilité environnementale, publié mercredi dernier, la firme détaillait les efforts consentis pour créer "une chaîne d'approvisionnement en circuit fermé" avec, à terme, le projet de créer des iPhone entièrement composés de matériaux recyclés.

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Pour ce faire, la marque a lancé Apple Renew, qui permet à chaque client de ramener son vieux téléphone dans un magasin Apple pour qu'il soit recyclé, en échange de cartes-cadeaux. Une fois récupérés, les téléphones sont en théorie désassemblés avec amour par Liam, un robot-recycleur maison présenté en 2016 avec la même patte que s'il s'agissait du dernier appareil de la marque au point qu'on l'installerait bien dans son salon pour le faire soi-même. Voilà pour le plan com', mais qu'advient-il réellement des iPhone et MacBook voués à être recyclés ? Selon Vice Motherboard, qui a mené une enquête d'un an dans le monde parallèle des circuits de recyclage Apple, la réalité est bien moins écoresponsable.

"Les disques durs sont réduits en paillettes"

Grâce à des documents obtenus par le site en vertu du Freedom of information Act (FOIA) américain, les journalistes de Motherboard ont découvert qu'en réalité, Apple saborde consciencieusement toute initiative respectueuse de l'environnement prise par les centres de tri américains à qui la marque sous-traite son programme de recyclage. Car en fait de "recyclage", la politique d'Apple est élémentaire : tout doit être déchiqueté sans autre forme de procès, afin de récupérer un maximum de matière première. Il s'agit donc bien de recyclage, mais un recyclage de bourrin, à des années-lumière de la politique environnementale respectueuse dont Apple se targue d'être la championne. Derrière ce broyage industriel, l'objectif est clair : faire tout son possible pour réduire le marché de l'occasion, et pousser les consommateurs à acheter toujours plus de produits neufs.

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Dans l'un des documents, un rapport remis par Apple au Département de qualité environnementale du Michigan, John Yeider, directeur du recyclage chez Apple, détaille le fonctionnement du "programme Takeback", qui a au moins le mérite de la clarté à défaut de celui de la responsabilité écologique :

"Les appareils sont démontés manuellement et déchiquetés mécaniquement en fragments de métal, de verre et de plastique. Tous les disques durs sont réduits en paillettes. Les morceaux sont ensuite triés et classés en fonction de leur qualité. Après le tri, les matériaux seront vendus et utilisés pour fabriquer de nouveaux produits. Pas de collecte ni de réutilisation des pièces électroniques. Pas de revente."

Déchiqueter un appareil réparable n'a aucun sens

Et le journaliste de Motherboard, Jason Koebler, d'expliquer comment Apple, qui ne peut assurer seule une activité de recyclage de ses propres produits (selon la marque, 2,4 millions d'iPhone passeraient au recyclage chaque année, alors qu'elle en a vendu 215 millions en 2016), sous-traite cette activité à différentes entreprises en prenant soin, au préalable, d'inclure dans les contrats une clause qui oblige ces entreprises à bien broyer les produits concernés, en leur interdisant de trier les déchets reçus. Même si les appareils en question peuvent tout à fait être réparés, reconditionnés et revendus à bas prix pour, disons, les millions de gens qui auraient besoin d'un ordinateur joli et fonctionnel sans nécessairement vouloir claquer deux SMIC ou plus dans la dernière génération de MacBook. Et malgré la communication officielle de la marque, qui greenwash à tour de bras à coups de spots publicitaires, la politique de sabotage - pardon, de recyclage - avait encore cours en 2016, comme en attestent les documents obtenus par Motherboard.

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À ceux qui rétorqueront qu'Apple a tenu ses engagements en recyclant autant d'appareils que possible dès lors que ses clients les lui ramènent, j'enjoins de voir les choses différemment : déchiqueter un MacBook ou un iPhone n'a aucun sens, ni en termes écologiques, ni en termes économiques - à part pour Apple, évidemment, qui évite de voir ses appareils gagner une vie bonus en s'offrant le droit de les démolir contre un bon d'achat équivalent à une fraction de la valeur de leur appareil sur des sites de revente. Oui, un ordinateur ou un téléphone portable Apple, ça peut se réparer dans des ateliers non agréés par la marque - même si elle se donne un mal de chien pour que ce ne soit pas le cas avec les siens - et ça se revend plutôt bien à l'argus, sachez-le. Si votre disque dur, votre batterie ou votre RAM a cramé, votre appareil est loin d'être foutu. Mais ça, vous ne pouvez pas le savoir, puisque vous n'avez même pas le droit d'ouvrir votre appareil vous-même.

Enfin, côté environnemental, la politique d'Apple ne vaut guère mieux : les matières premières fondues perdent en qualité une fois réutilisées, écrit Motherboard, et les métaux rares qu'Apple a juré de réutiliser sont souvent perdus durant le processus. En d'autres termes, la politique de recyclage de la marque va à l'encontre des objectifs qu'elle s'est fixés... et à l'encontre des recommandations de ses sous-traitants, qui préféreraient eux démonter, réparer et reconditionner les appareils. Si les entreprises de recyclage interrogées par Motherboard précisent que la pratique est commune à plusieurs fabricants d'appareils électroniques, Apple est - et de TRÈS loin - celui qui se donne actuellement le plus de mal pour être perçu comme un constructeur "ami" des arbres et de la planète Terre. Si la firme nous vend, dans les années à venir, un iPhone entièrement recyclé, tant mieux. Mais s'il provient du génocide d'une centaine d'iPhone réparables sacrifiés sur l'autel du modernisme, ça ne compte plus.

Par Thibault Prévost, publié le 26/04/2017

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