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Un appel de 40 personnalités pour plafonner le salaire des patrons

Publié le

par Ariane Nicolas

Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street. (Metropolitan Films)

Des politiques, syndicalistes et intellectuels réclament, dans Libération, un plafonnement à l'équivalent de 100 Smic. 

Jordan Belfort ne serait (malheureusement) pas concerné par cette mesure. (Metropolitan Films)

Les salaires mirobolants des grands patrons sont-ils une fatalité ? Ce n'est pas l'avis de tout le monde. Après de récents scandales sur des rémunérations de capitaines d'industrie jugées trop importantes (Carlos Ghosn chez Renault, Carlos Tavares chez PSA...), 40 personnalités s'engagent pour demander au gouvernement de légiférer sur le sujet.

Ils publient, jeudi 19 mai dans Libération, une tribune dans laquelle ils demandent de plafonner le salaire des grands patrons à l'équivalent de 100 Smic, soit 113 000 euros nets mensuels (ou 1,356 million net annuel). Parmi les signataires, l'économiste Thomas Piketty, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, des députés PS, des syndicalistes, l'essayiste Marcel Gauchet, le président d'Emmaüs France, Thierry Kuhn, l'écrivain Éric Reinhardt...

Ils rappellent que dans les années 1960, les PDG gagnaient en moyenne 40 fois le salaire le plus bas de leur entreprise. Aujourd'hui, c'est plus de 200 fois plus. Et quand bien même les actionnaires en décideraient autrement, le cas Ghosn a prouvé qu'ils n'étaient pas forcément écoutés :

"Rien qu’en 2015, la rémunération ­totale des patrons du CAC 40 a augmenté ­entre 5  % et 11  % selon les évaluations, pour atteindre un montant moyen de 4,2 millions d’euros par an, soit 240 Smic. (...)

Alors que la majorité des Français a dû consentir de gros efforts depuis la crise de 2008, ces pra­tiques patronales remettent en question ­notre pacte de solidarité, nourrissent la ­défiance vis-à-vis de nos institutions et ­alimentent le vote d’extrême droite."

"Un bon début"

La question d'un plafonnement des très hauts salaires n'est pas nouvelle. Les arguments pour la décrédibiliser sont bien connus : l'incompatibilité supposée avec la Constitution, le "marché mondial des grands patrons" qui donnerait lieu à une fuite des talents à l'étranger en cas de législation, la pression immense de la responsabilité face à des entreprises parfois au bord de la faillite, etc.

Ces personnalités jugent au contraire qu'une telle mesure serait bonne pour la France, son image et le climat social qui y règne, et que le gouvernement pourrait tout à fait trouver les moyens de rendre constitutionnelle ce plafonnement – sans préciser comment. Quant au nombre choisi, 100 Smic, ces signataires jugent qu'il est encore trop important. Mais, disent-ils, "c'est un bon début".

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