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Des anthropologues alertent sur un probable génocide indigène en Amazonie

Publié le

par Jeanne Pouget

Des anthropologues dénoncent le massacre d’indigènes d’Amazonie vivant hors de la société moderne par des chercheurs d’or illégaux.

© Gleilson Miranda/Funai/Survival

Les faits semblent tirés de récits coloniaux d’un autre siècle et pourtant, plusieurs médias internationaux sérieux (du New York Times au Monde en passant par le Huffington Post) se font l’écho d’un massacre d’une communauté d’Indiens d’Amazonie. Ils rapportent l’histoire sordide de deux garimpeiros (chercheurs d’or) clandestins qui se seraient vantés d’avoir assassiné et découpé en morceaux puis jeté dans le fleuve une dizaine d’Indiens croisés sur leur chemin. "C’était eux ou nous", auraient justifié sans remords les auteurs de la tuerie dans des propos rapportés en France par Le Monde. L’alerte a été donnée par une plainte de la Fondation nationale de l’Indien (Funai) aux oreilles de laquelle la tuerie des garimpeiros est arrivée. Une enquête a été ouverte mais, pour l’heure, la police n’a pas retrouvé de corps.

Les faits seraient advenus dans une réserve protégée de la vallée de Javari au Brésil, une zone frontalière avec le Pérou et la Colombie, connue pour sa forte concentration de groupes indigènes isolés, n’ayant pas ou plus de contacts avec le monde extérieur. La tuerie serait d’autant plus grave si elle était avérée que ces communautés indigènes ne comptent en moyenne qu’une quinzaine de membres, précise le quotidien français. D’où l’emploi du terme de "génocide" par les anthropologues : tuer dix membres de l’un de ces groupes peut conduire irrémédiablement à la disparition de leur ethnie.

L’Amazonie, une zone de far west où règne un sentiment d’impunité

L’activité illégale des chercheurs d’or dans cette région – et au sein même des réserves protégées – est un secret de polichinelle. Au sein de ces zones gravitent trafiquants, pilleurs divers, compagnies minières ou pratiquant l’agriculture intensive, qui croisent inévitablement des indigènes sur leur route. Dans une atmosphère de non-droit total, des conflits meurtriers éclatent : le rapport de la Commission pastorale de la terre (CPT) cité par Le Monde recense 1 295 conflits liés aux terrains en 2016, ayant fait 61 victimes dont des Indiens. Pour les six premiers mois de 2017, on compte déjà 46 assassinats.

"Les garimpeiros ont un sentiment d’impunité dans la région […] Dans toutes les zones où existent des garimpeiros clandestins, on recense des pics de violence, des problèmes liés à l’alcoolisme et des cas de prostitution infantile", souligne Conrado Otavio, anthropologue et géographe, coordinateur au Centre de travail sur les indigènes (CTI) interrogé par le quotidien.

Des méthodes violentes, devenues monnaie courante, dans une impunité la plus totale. D’ailleurs, en l’absence de preuves, les deux garimpeiros de la vallée de Javari ont été relâchés. Ces profils d’aventuriers sans foi ni loi tout droit sortis des récits de l’époque des conquistadors continuent de sévir aujourd’hui en détruisant tout sur leur passage, les tribus indigènes, leur environnement et leurs ressources.

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