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Angers et Aulnay-sous-Bois censurent une campagne gay-friendly contre le sida

Publié le

par Juliette Geenens

Les affiches de la campagne ont choqué toute la twittosphère pro-Manif pour Tous, la semaine dernière, parce qu'elles représentent des couples homosexuels.

La campagne qui a choqué les communes françaises. (© Santé publique France)

Monde de merde, comme disait l'autre. Le lundi 21 novembre, les communes d'Angers (la préfecture du Maine-et-Loire), et d'Aulnay-sous-Bois (Seins-Saint-Denis) sont parvenues à retirer les publicités d'une campagne de prévention anti-VIH destinée aux couples d'hommes homosexuels. Exposées dans des Abribus de JCDecaux , ces affiches commandées par le ministère de la Santé représentent des couples homosexuels en train de s'enlacer et de s'embrasser, accompagnées des formules "Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu" ou "Coup de foudre, coup d'essai, coup d'un soir", toujours suivies par "les situations varient, les modes de protection aussi". 

Cette campagne de lutte contre le sida, qui vise donc à alerter sur les risques des rapports sexuels non protégés entre hommes, n'a pas été du goût des maires Christophe Béchu (Angers) et Bruno Beschizza (Aulnay-sous-Bois), tous deux issus du parti Les Républicains. Lundi matin, les deux villes ont donc purement et simplement censuré les affiches. Selon Ouest France, Christophe Béchu a déclaré :

"On est dans autre chose que dans la prévention. C’est centré sur un type de sexualité. Une telle campagne dans des magazines pour adultes ne me choquerait pas. Mais sur des panneaux devant des écoles primaires, oui."

Pour Bruno Beschizza, la campagne risquait de créer la confusion dans l'esprit des enfants, a-t-il expliqué sur BFM Paris :

"Quand on met des messages subliminaux d'une aventure d'une nuit, d'accouplement sans parler d'amour de manière aussi lapidaire, sur un Abribus sans contextualiser, j'imagine un enfant de cinq ans qui, sans libre-arbitre, peut avoir une certaine confusion dans l'esprit."

Est-ce que cette campagne aurait été censurée s'il avait été question de couples hétérosexuels ? Nous le saurons peut-être jamais. Konbini a tenté de contacter les deux municipalités, mais ni Angers ni Aulnay-sous-Bois n'ont souhaité répondre à nos questions.

Le gouvernement a par ailleurs décidé de poursuivre en justice les communes qui ont pris un arrêté pour masquer la campagne de sensibilisation, si on en croit un tweet de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, ce mardi 22 novembre :

#VousÊtesDesMonstres, le hashtag de l'intolérance

Ce week-end, la campagne de sensibilisation a suscité un tollé auprès d'une partie de la population dont certains élus comme Jean-Frédéric Poisson, candidat perdant à la primaire de la Droite. Il a lancé une pétition pour se plaindre auprès du Premier ministre Manuel Valls.

Un certain Louis Ronssin, responsable de la Manif pour Tous, s'est vanté sur Twitter d'avoir "nettoyé" les rues des pancartes de la campagne. Ce dernier a même été félicité par Christine Boutin, autrefois présidente du Parti chrétien-démocrate, via la réseau social :

Mais c'est Nicolas Sévillia qui a surtout attiré l'attention. Si on entre son nom dans Google, on ne trouve pas grand chose sur le bonhomme. On apprend qu'il fait partie des Veilleurs de Versailles, un mouvement qui semble avoir été soutenu par Marion Maréchal-Le Pen et — tiens donc — Jean-Frédéric Poisson. Son message, dans lequel il manifeste son mécontentement face aux affiches, a été retweeté plus de 1 000 fois.

Sa phrase "Et je dis quoi à ma fille de huit ans ?", suivie du hashtag #VousÊtesDesMonstres, a été détournée ces derniers jours de mille façons. Certains ont fait le parallèle avec des publicités ouvertement sexistes mais jamais censurées, d'autres ont fait preuve de beaucoup d'humour, tout en dénonçant le conservatisme et l'étroitesse d'esprit.

Marisol Touraine et la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, ont elles aussi répondu à Nicolas Sévillia, en prenant la défense de la campagne de lutte contre le sida.

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