(©SeaWorld/Facebook)

Un ancien dresseur d’orques dénonce les coulisses "abominables" des parcs marins

Suite à la mort d’une troisième orque depuis le début de l’année dans les parcs Sea World, un ancien dresseur dénonce dans un entretien au Daily Mail les conditions de détention épouvantables de ces animaux qu’il qualifie de "honte pour l’humanité".

(©Sea World/Facebook)

"Une honte pour l’humanité", "une abomination", "une maison des horreurs" : c’est ainsi que John Hargrove, un ancien dresseur d’orques de Sea World qualifie les spectacles d’animaux marins dans les célèbres parcs d’attractions. Après avoir officié pendant quatorze ans en tant que dresseur dans le parc de San Diego en Californie et au Marineland d’Antibes, il claque la porte en 2012 et devient un fervent militant contre la captivité des orques et témoigne dans le film Blackfish sorti en 2013.

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La mort prématurée la semaine dernière de Kasatka (que l’on aperçoit dans Blackfish), euthanasiée suite à une infection des poumons, est la troisième depuis le début de l’année après la star Tilikum au mois de janvier et Kyara, une petite orque de trois mois, toutes deux mortes également des suites d’une infection pulmonaire. Selon John Hargrove, les conditions de détention de ces animaux sont bien pires qu’on ne le pense. Complice de cette industrie pendant plus d’une décennie, il milite depuis pour lever le voile sur un mensonge que l’on vend au public et qui se rend aussi complice de cette barbarie.

"Ce qui se passe dans les parcs Sea World est une abomination"

"[Les parcs marins] prétendent que les orques détenues en captivité contribuent à éduquer les gens, et pendant des années j’ai marché là-dedans", déplore-t-il. "Mais Kasatka a vécu dans la misère, dans des conditions barbares et terribles, et elle est morte dans l’agonie. Elle a passé sa vie dans une maison des horreurs - et j’ai été complice en vendant ce mensonge au public", lâche-t-il dans le Daily Mail.

Euthanasiée à l’âge de 41 ans (alors que certains scientifiques estiment que ces animaux peuvent vivre jusqu’à 90 ans), Kasatka souffrait d’une maladie pulmonaire, selon Sea World. Pour John Hargrove, il s’agirait plutôt d’une infection pulmonaire d’origine bactérienne due à des années de prise d’antibiotiques forcée :

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"En captivité, les orques sont tout le temps malades. Elles prennent quotidiennement plusieurs doses d’antibiotiques et d’autres médicaments. Alors, leur système immunitaire s’affaiblit. À la fin, [Kasatka] avait des lésions sur le visage, comme les malades atteints du sida. Sea World ne publiera jamais l’autopsie, mais les blessures internes doivent être encore les pires".

Automutilation, séparation forcée de leur progéniture, folie… L’ancien dresseur rappelle que les orques sont des animaux intelligents qui souffrent et deviennent fous en captivité. Il en a d’ailleurs lui-même fait les frais en échappant à la noyade à plusieurs reprises suite à des attaques - y compris de la part de Kasatka - comme bon nombre de ses collègues. Une réalité qu’il accuse ses anciens employeurs de soigneusement étouffer.

Une machine à cash

John Hargrove, qui fait aujourd’hui figure de l’un des plus grands défenseurs des animaux marins en captivité, appelle à ne pas se méprendre sur l’existence de ces parcs d’attractions : l’argent et rien de plus.

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"Les gens me demandent toujours pourquoi je n’ai pas démissionné plus tôt, mais j’étais comme embrigadé dans une secte. J’aimais les animaux - je croyais en ce mantra selon lequel nous éduquions les gens sur ces créatures magnifiques en permettant à des millions d’enfants et à leurs parents de les approcher de plus près. […]

Je pensais que l’on aidait ces espèces grâce aux programmes de reproduction en captivité. En réalité Kasatka était un actif de plusieurs millions de dollars pour une entreprise qui se préoccupait uniquement de sa capacité à générer du cash."

Si Kasatka a été euthanasiée le 15 août dernier, Sea World reconnaît qu’elle était "chroniquement malade" depuis 2008. Ce qui n’a pas empêché les responsables du programme de reproduction des orques en captivité du parc de continuer à l’inséminer artificiellement. Kasatka était en effet une "bonne reproductrice" qui a donné naissance à quatre petits en 1991, 2001, 2004 et 2013, ce qui la rendait d’autant plus rentable pour le parc, malgré sa maladie. Depuis la séparation forcée d’avec ses petits, elle manifestait des signes évidents de tristesse et d’agressivité.

"Elle souffrait insupportablement pour que les enfants puissent la regarder effectuer des numéros et que Sea World s’enrichisse", résume John Hargrove. Des propos évidemment démentis par son ancien employeur qui affirme respecter la loi et le bien-être des animaux.

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Après avoir annoncé renoncer à leur reproduction en captivité, Sea World détient toujours 21 orques dans ses bassins aux États-Unis et attire 10 millions de visiteurs par an, moyennant un ticket d’entrée à 75 dollars par personne (près de 64 euros). Dans le monde, ce sont 50 millions de visiteurs qui se rendent dans ces parcs d’attractions chaque année. Si la capture de ces animaux est désormais interdite dans de nombreux pays, certains comme la Russie et la Chine font toujours fleurir ce business.

"Maintenant [Kasatka] est morte. Mon seul réconfort concernant sa mort est qu’elle ne soit plus exploitée. Enfin, elle est en paix", conclut l’ancien dresseur.

Par Jeanne Pouget, publié le 21/08/2017

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