Le premier vendeur de vinyles au monde est Amazon, pas Urban Outfitters

La semaine dernière, la société de prêt-à-porter Urban Outfitters prétendait être le premier vendeur de vinyles au monde. Le 29 septembre, Billboard remet les pendules à l'heure : Amazon resterait largement en tête.

(Un magasin de vinyles chez Urban Outfitters)

Un magasin de vinyles chez Urban Outfitters à Londres, Marble Arch

Mise à jour mardi 30 septembre

Publicité

Ça devait sans doute arriver un jour. Le 23 septembre 2014, Calvin Hollinger, haut-responsable pour Urban Outfitters, a déclaré la semaine du 23 septembre que sa marque de prêt-à-porter était le tout premier vendeur de vinyles au monde.

La musique est très, très importante pour le consommateur d'Urban Outfitters... En fait, nous sommes le vendeur numéro un de vinyles dans le monde.

Alors que l'info était jusque-là difficilement vérifiable, le simple fait que M. Hollinger l'affirme montre à quel point l'industrie du disque a changé. Le retour en grâce du vinyle tant vanté (notamment avec le recordman Jack White, son héraut le plus célèbre) dissimule une autre réalité : à cause de la dématérialisation de la musique, les points de vente ont progressivement disparu.

Publicité

Aujourd'hui, à part un petit réseau de disquaires indépendants qu'on ne trouve que dans les grandes villes et les grosses structures comme la Fnac, il n'y a qu'Internet pour se procurer un 33 tours. Et c'est justement sur Internet que le véritable plus grand vendeur de vinyles au monde se trouve.

Amazon et Urban Outfitters loin devant

Après l'assertion du responsable d'Urban Outfitters, Billboard a souhaité rétablir la vérité et a sondé 80% des points de vente des États-Unis pour rendre son verdict. Selon son analyse, le plus grand vendeur du pays est Amazon avec 12,3% du marché... suivi par Urban Outfitters qui détiendrait 8,1% du gâteau. Les deux distributeurs sont largement en tête puisque les suivants du top 5, Hastings Entertainment, Hot Topic et Trans World Entertainment partagent respectivement 2,8%, 2,4% et 2,2% du nombre de vinyles total vendu dans le pays.

Bien sûr, répondrez-vous, ce ne sont que les prix aux États-Unis. Pourtant, même sans chiffres précis, il est facile de prétendre qu'Amazon reste en tête : sa présence internationale est indéniable, alors qu'Urban Outfitters ne compte qu'une cinquantaine de magasins or du pays de l'Oncle Sam – où elle en détient 300.

Publicité

Par ailleurs, les disquaires indépendants sont toujours "la colonne vertébrale de la croissance du vinyle", selon le responsable d'un label major cité par Billboard.

6,1 millions de vinyles en 2013

Le total de vente de vinyles en 2013 s'élevait à 6,1 millions de pièces déclarées (chiffre le plus haut depuis 1991, soit l'année où Soundscan a commencé à compter), 64% des ventes de disques en 2012 s'effectuaient chez des revendeurs indépendants. Or, alors qu'Urban Outfitters est avant tout une enseigne de mode avec plus de 170 points de vente dans de nombreux pays, c'est aussi un revendeur de galettes d'acétate patenté, qui dispose de nombreuses références.

Évolution du nombre de vinyles vendus aux États-Unis (Via Satista)

Évolution du nombre de vinyles vendus aux États-Unis de 1993 à 2013 (Via Satista)

Publicité

Buzzfeed, qui rapporte l'information originale, rappelle qu'Urban Outfitters est une marque prisée des 18-30 ans. Soit la génération qui a grandi avec la musique dématérialisée, l'iPod, Spotify et Deezer. De plus, l'Urban Dictionnary ajoute dans sa définition que l'enseigne vend "des vêtements hype et une identité adolescente". Le vinyle reste-t-il un marché pour consommateurs branchés ?

Disque rayé

La dernière fois que nous évoquions la marque de prêt-à-porter, c'était le 15 septembre, à cause d'un produit d'un goût discutable vendu sur le site : un sweatshirt ensanglanté frappé du sceau de l'université de Kent State, référence à un tragique événement remontant à 1970.

Le 4 mai de cette année-là, treize étudiants tombent sous les balles de la Garde nationale américaine parce qu'ils manifestaient contre l'extension de l'intervention américaine décidée par l'administration Nixon. Quatre d'entre eux ne se relèveront pas.

Par Théo Chapuis, publié le 30/09/2014

Copié

Pour vous :