A close-up of child`s hands with smart watch. Touching electronic watch. Wearable gadget concept. Showing time. Using smartwatch while sitting near the laptop. Technology and people concept.

L’Allemagne interdit les montres connectées pour enfants pour des questions de sécurité

Le gendarme des télécoms allemand a annoncé, le 17 novembre, l’interdiction à la vente des montres connectées pour enfants, trop vulnérables au piratage.

(© Samsung)

La récréation est terminée. Après avoir trop longtemps laissé les constructeurs d’objets connectés faire n’importe quoi avec la sécurité de leurs produits, les gouvernements commencent (enfin) à prendre des mesures, alors qu’il ne se passe plus deux mois sans qu’une nouvelle étude démontre la vulnérabilité de ces produits dits "intelligents".

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À l’approche des fêtes de Noël, qui promettent de charrier avec elle une véritable marée d’objets connectés dans les foyers européens – ben quoi, qui ne rêve pas d’un grille-pain capable de comprendre votre cuisson de tartine préférée ? –, l’Allemagne est le premier pays à réellement agir de manière coercitive pour endiguer le cancer des objets intelligents mal foutus en décidant, le 17 novembre, d’interdire la vente des montres connectées pour enfants.

Dans un communiqué (en allemand), Jochen Homann, président de l’Agence fédérale des réseaux de télécommunication, justifie la décision en expliquant que "les parents peuvent utiliser ces montres pour enfants pour écouter l’environnement de l’enfant et elles doivent être considérées comme un système de transmission non autorisé". Plus étonnant, l’organisme s’inquiète de la possibilité offerte aux parents "d’écouter les enseignants en classe" grâce à une fonction "babyphone" de la montre, ce qui constitue un dispositif d’écoute illégale.

En plus d’interdire ces appareils à la vente, le gouvernement allemand conseille aux enseignants "d’accorder plus d’attention aux montres avec la fonction d’interception parmi les étudiants". Quant aux parents, ils sont encouragés à "détruire l’horloge [sic] et en envoyer une preuve à l’Agence fédérale des réseaux", tout simplement. Enfin, l’agence affirme avoir pris des mesures contre les entreprises qui commercialisent ces montres, sans pour autant préciser lesquelles.

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Après l’Allemagne, un mouvement européen ?

Et l’Allemagne n’en est pas à son coup d’essai : en février dernier, le gendarme des télécoms d’outre-Rhin ordonnait déjà l’interdiction à la vente du jouet connecté "Mon amie Cayla", une ravissante petite poupée capable de se transformer en un tout aussi ravissant dispositif d’espionnage, sa caméra et son micro étant accessibles via Bluetooth à absolument n’importe qui – pas de mot de passe, pas d’identifiant demandé, bref, un open bar pour filmer, écouter et communiquer à distance avec des enfants.

Il n’est donc pas étonnant que les quatre modèles de montres connectées visées par l’interdiction – Gator 2, Tinitell, Viksfjord et Xplora — subissent le même sort et soient classés comme des dispositifs d’écoute illégale : destinées aux enfants de 5 à 12 ans, elles sont connectées à Internet, possèdent un micro et un GPS et proposent donc cette fonction de "babyphone", qui permet aux parents d’activer le micro à distance lorsqu’ils le souhaitent. Ces modèles sont donc beaucoup trop dangereux pour être commercialisés sans régulation : imaginez une seconde qu’un inconnu puisse non seulement enregistrer tout ce que dit votre enfant, mais également suivre ses déplacements à la trace à l’aide du GPS…

À l’approche des fêtes, un premier signal fort est donc envoyé aux fabricants, qui vont devoir revoir entièrement leurs protocoles de sécurité s’ils veulent continuer à vendre des objets connectés à destination des enfants en bas âge. Alors qu’on nous annonce depuis plusieurs années déjà l’explosion du marché des objets connectés, il est bon de se souvenir que toute innovation apporte son lot de périls, et qu’équiper son gosse d’un système d’espionnage pose quelques soucis en matière de vie privée.

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Pour le moment, la France n’en a cure : en novembre 2016, rapportent Les Échos, l’Arcep, le gendarme français des télécoms, publiait un Livre blanc sur l’Internet des objets (IoT) dans lequel elle prônait… l’absence de régulation, afin de laisser le marché se développer en pariant sur son autorégulation. Standing ovation du côté des industriels. Du côté de l’Union européenne on attend toujours un plan de contrôle de la sécurité des objets connectés. Espérons que la décision allemande fasse enfin réfléchir les instances européennes.

Par Thibault Prévost, publié le 20/11/2017

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