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Airbnb : la mairie de Paris mise sur l'open data pour traquer les fraudeurs

Publié le

par Ariane Nicolas

La mairie de Paris répertorie publiquement les personnes qui ont déclaré leur logement, mais nie inciter à la délation.

La lutte contre les meublés touristiques illégaux s'intensifie dans la capitale. Pour lutter contre les pratiques de location abusives, notamment pratiquées via Airbnb, la mairie de Paris lance un site Internet qui permet de savoir si un logement proposé à la location est déclaré comme tel. Et donc, par défaut, de repérer ceux qui ne le sont pas.

Le procédé est subtil : la municipalité met à disposition la liste des logements en règle. Contrairement à Berlin, où il existe un formulaire en ligne pour renseigner, à l'étage et au palier près, les coordonnées d'un voisin dans l'illégalité, Paris mise davantage sur la responsabilisation des acteurs du secteur. Mathias Vicherat, directeur de cabinet de la maire de Paris, explique sur Europe 1 :

"Cela peut exercer une pression, notamment via le syndic. Les voisins vont demander des comptes en demandant pourquoi cette personne qui n'a pas procédé à l'opération de mise en conformité continue à louer son logement.

On souhaite que cela provoque un espèce de choc de conscience de civisme, et que les gens se mettent en règle d'eux-mêmes, sans attendre d'être éventuellement signalés par un de leurs voisins."

Devant l'avalanche d'articles publiés sur le sujet, mardi 10 mai, la mairie de Paris a tenté de calmer le jeu, réfutant toute incitation à la délation. Contacté par le Huffington Post, le service de presse assure que cet outil Open Data sert "aux start-up qui s'intéressent au secteur, pas du tout aux gens qui seraient tentés de dénoncer leur voisin". Reste que dans les faits, la mise à disposition de ces données rend incroyablement plus simple le signalement en mairie.

107 logements répertoriés sur Open Data Paris

Actuellement, la loi prévoit que toute résidence principale louée comme meublé de tourisme plus de 4 mois par an soit déclarée auprès des autorités, sous peine d'une amende de 25 000 euros. Le propriétaire doit alors payer des impôts (s'il perçoit plus de 760 euros de "loyers" par an), raison pour laquelle de nombreuses personnes sautent cette étape pourtant obligatoire.

Sur le site Open Data Paris, seuls 107 logements sont pour l'instant répertoriés... On imagine que des centaines, voire des milliers d'autres, échappent donc au fisc [L'auteure de ces lignes constate d'ailleurs que son voisin du dessus n'a pas déclaré son meublé de tourisme, mais ne communiquera pas son adresse, ndlr].

Capture écran du site Open Data Paris représentant la carte des meublés de tourisme repertoriés auprès de la mairie de Paris, le 10 mai. (Open Data Paris)

Cette nouvelle offensive de la mairie de Paris reste tout de même moins contraignante qu'à Berlin, où il est désormais interdit de louer un appartement à des inconnus si l'on habite pas le logement. Reste à savoir si l'élan "civique" prôné par la mairie trouvera un écho au sein de la population.

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