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Ahmed Mohamed, d'une arrestation pour une horloge à la Maison-Blanche

Un étudiant américain musulman de 14 ans, Ahmed Mohamed, arrêté lundi dans son école après avoir fabriqué une horloge, va être reçu par Barack Obama. Récit d'une folle semaine.

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Ahmed Mohamed, 14 ans, dans sa chambre. Crédit : Dallas morning News/AP

Le weekend dernier à Irving, au Texas, un lycéen de 14 ans travaille dans sa chambre. Il s'appelle Ahmed Mohamed, il est musulman, et s'est mis en tête de fabriquer lui-même une horloge, avec succès. Le lundi suivant, le jeune homme fourre son horloge dans son sac et l'emporte avec lui au lycée MacArthur d'Irving pour la montrer à son professeur de technologie, qui le félicite - et lui conseille de ne pas la montrer à ses collègues. Plus tard dans la journée, l'horloge se met à sonner inopinément en cours d'anglais. Persuadé qu'il s'agit d'une bombe artisanale, l'enseignant panique, avertit le proviseur de l'établissement... qui appelle immédiatement la police.

Dans la foulée, Ahmed est menotté, interrogé et placé dans un centre de détention pour mineurs. L'horloge est confisquée, le lycéen renvoyé de l'établissement pendant trois jours. Il est finalement remis à ses parents dans la journée, et les charges de terrorisme retenues contre lui tombent le mercredi suivant.

Dans une conférence de presse donnée mercredi, relatée par le Dallas News, le chef de la police locale, Larry Boyd, précise que le lycéen a été embarqué "pour sa sécurité et celle des agents", au motif que l'horloge électronique, composée d'un assemblage de fils rangés dans une petite valise métallique, "était de nature suspecte". Le fait divers, ubuesque, apparaît sur les réseaux sociaux avec une photo d'Ahmed menotté, le regard éberlué. Rapidement, l'indignation monte.

Un stage chez Twitter et une invitation chez Obama

Sur Twitter, c'est le hashtag #IStandWithAhmed qui permet aux internautes de dire tout le bien qu'ils pensent des autorités texanes et du climat de tension raciale qui règne dans l'État. Mercredi, lorsque la photo du lycéen menotté, en t-shirt de la NASA, apparaît, le hashtag devient rapidement le sujet Twitter de la journée et génère, le 16 septembre, 2000 tweets à la minute, attirant aussi bien l'attention des foules anonymes que celle des célébrités politiques, artistiques ou des pontes de la Silicon Valley. Mark Zuckerberg, Hillary Clinton, Pharrell Williams, Twitter et d'autres se fendent d'un message d'encouragement à l'attention d'Ahmed, l'invitant à poursuivre ses inventions et dénonçant les amalgames sur les musulmans enracinés dans la culture contemporaine américaine.

Le lycéen, qui a entre temps créé un compte Twitter, croule sous les récompenses : une invitation à passer chez Facebook et Google, un stage chez Twitter, une bourse d'études au Space Camp (un coûteux programme de formation en aérospatiale) et une participation à la Maker Faire de New York - une version américaine du concours Lépine.

Puis, mercredi matin, Barack Obama tweete :

Cool ton horloge, Ahmed. Ca te dirait de l'amener à la Maison-Blanche ? On devrait encourager plus d'enfants comme toi à aimer la science. C'est ce qui rend l'Amérique belle.

Le mois prochain, le jeune homme et son horloge rencontreront donc des chercheurs de la NASA à la Nuit de l'astronomie, au siège de la présidence. Terroriste présumé le lundi, invité d'honneur à la Maison-Banche le mercredi : pour Ahmed, la semaine est irréelle.

"Je veux vraiment entrer au MIT"

Depuis sa fulgurante accession à la célébrité internationale, Ahmed Mohamed a plutôt réussi à garder la tête froide. Sa première déclaration, une fois libéré, est d'un rare laconisme. Après s'être présenté à sa conférence de presse avec un "salam aleykoum" en se décrivant comme "celui qui a construit une horloge qui lui a valu beaucoup d'ennuis", il a simplement déclaré être "très heureux que les charges retenues contre moi soient tombées car je n'avais commis aucun crime" avant de remercier ses milliers de soutiens anonymes.

Aujourd'hui, rapporte le Wall Street Journal, le jeune homme envisage de changer d'établissement, sans avoir encore choisi sa destination. Ce dont il est certain, en revanche, c'est qu'il souhaite "vraiment entrer au MIT" pour poursuivre une carrière d'ingénieur. Avec une telle exposition, il semble désormais avoir toute les chances d'y parvenir... ou presque : la police d'Irving, Texas détient toujours son horloge.

Par Thibault Prévost, publié le 18/09/2015