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"Agressions sexuelles" à Francfort par des réfugiés : les informations étaient fausses

Publié le

par Astrid Van Laer

Le 6 février 2017, le journal allemand Bild titrait : "37 jours après le Nouvel An, les victimes brisent le silence –agressions sexuelles de masse rue Freßgass." Ayant incriminé plusieurs réfugiés à tort, le célèbre tabloïd allemand a aujourd'hui présenté ses excuses.

En février, le journal <em>Bild</em> affirmait qu'une cinquantaine de réfugiés s'était livrée à des agressions sexuelles dans les rues de Francfort. Une information fausse, basée sur un mensonge. (Image d'illustration. © Maksim/Wikimedia/CC)

Ce 15 février au matin, le tabloïd allemand Bild a publié sur son site Internet un mea culpa et un démenti concernant de fausses informations relayées il y a une dizaine de jours dans ses colonnes mettant en cause des réfugiés. Le journal avait en effet propagé la rumeur d'agressions sexuelles commises en masse le soir du Nouvel An à Francfort sur la foi d'informations non vérifiées.

Deux "témoins", Jan Mai, un restaurateur, et Irina, une jeune femme de 27 ans, étaient à l'origine de ces accusations. Le premier avait déclaré avoir vu "près de 50 hommes arabes se saouler et agresser sexuellement des femmes le soir de la Saint-Sylvestre". La seconde avait affirmé avoir été elle-même victime d'agression sexuelle. La "nouvelle", une fois relayée par un journal local, avait été largement diffusée... à tort.

Des témoignages contradictoires

Les premiers à réagir ont été les propriétaires de commerces et restaurants du quartier ouverts ce soir-là. Ils ont unanimement livré le témoignage d'une soirée de réveillon paisible et sans débordements, remettant en cause la thèse d'une cinquantaine d'hommes saouls et agressifs se baladant dans les rues de la ville.

De plus, le restaurateur qui prétendait avoir été témoin de ces agressions se trouvait être hors de Francfort cette nuit-là. Il serait d'ailleurs depuis poursuivi pour faux témoignage, rapporte le Washington Post, citant un journal local. La police s'intéresse à son profil, apparemment hostile aux réfugiés et proche du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AFD). Quant à Irina, la présumée victime, une publication, depuis supprimée sur un réseau social, semblait indiquer qu'elle n'était pas non plus présente à Francfort la nuit du 31 décembre.

Vérifier avant de relayer

La police de Francfort a en pour sa part déclaré au journal Frankfurter Rundschau mercredi 15 février 2017, après avoir enquêté, que les supposées agressions sexuelles de la nuit du 31 janvier n'avaient en réalité jamais eu lieu. Les enquêteurs ont expliqué avoir passé en revue les différents procès-verbaux et appels d'urgence avant de conclure que ces "agressions" étaient totalement fictives.

En outre, il faut rappeler que ces fausses accusations interviennent un an après un scandale aux traits similaires, ayant eu lieu durant le passage à l'année 2016, dans la ville allemande de Cologne cette fois. Si les faits avaient été avérés et bien évidemment condamnés, les réfugiés avaient également été pointés du doigt de manière mensongère et démesurée par des opposants à l'accueil des migrants, puisque seuls trois d'entre eux étaient en réalité impliqués.

La question de l'accueil des réfugiés sur le territoire allemand divise et, malgré le démenti publié par Bild, de telles accusations sont dommageables, car elles contribuent à créer un climat anxiogène, entre méfiance et repli sur soi.

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