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En Afghanistan, une chaîne de télé faite par les femmes pour les femmes voit le jour

Publié le

par Mélissa Perraudeau

© Zan TV, via Facebook

La première chaîne télé afghane 100 % féminine a été lancée ce dimanche 21 mai. Un tournant symbolique pour les droits des femmes dans ce pays.

© Zan TV, via Facebook

Ce dimanche 21 mai est à marquer d’une pierre blanche pour les femmes afghanes. Une nouvelle chaîne a en effet été lancée à la télévision, et elle est d’un genre complètement inédit. S’il y avait déjà des présentatrices sur la quarantaine des chaînes nationales existantes, Zan TV ("la télé des femmes") est la première à avoir une équipe uniquement composée de productrices et de présentatrices, et à mettre les droits et les préoccupations des femmes au centre de ses programmes.

Ceci constitue une nouveauté de taille pour l’Afghanistan, où les talibans ont longtemps imposé des règles oppressives aux femmes, régissant tous leurs comportements ainsi que leurs tenues. Ils leur interdisaient notamment de travailler et d’aller à l’école, ainsi que d’apparaître dans les médias ou les événements publics. Depuis la fin de l’Émirat islamique d’Afghanistan en 2001, l’amélioration de la condition des femmes a été l’une des plus grandes avancées du pays.

Le Monde rapportait par exemple qu’en 2014, 27,7 % des députés à l’Assemblée nationale étaient des femmes alors que la moyenne mondiale était de 21,7 %, et qu’elles commençaient "à s’imposer dans des positions de pouvoir". Elles étaient en outre quatre fois plus nombreuses qu’en 2007 dans la police, et trois fois plus qu’en 2003 dans la justice. On pouvait également noter un mieux au niveau de l’éducation, puisque 40 % des élèves du primaire et du secondaire étaient des filles.

"Élever la voix des femmes pour qu’elles puissent défendre leurs droits"

Mais il reste encore pas mal de chemin à parcourir pour qu’elles soient plus émancipées – particulièrement en dehors des grandes villes. Cette chaîne tient donc un rôle très important. L’une de ses productrices, Khatira Ahmadi, a expliqué à Reuters qu’elle était heureuse de cette création "parce qu’il y a des femmes [en Afghanistan] qui ne connaissent pas leurs droits". Elle ajoute : "Cette chaîne représente les femmes, et nous travaillons à élever la voix des femmes pour qu’elles puissent défendre leurs droits."

Cette jeune productrice de 20 ans et certaines de ses nouvelles collègues doivent en revanche gérer la désapprobation de quelques membres de leur famille, voire leurs menaces. Malgré les campagnes de publicité qui ont annoncé son lancement dans Kaboul et sur les réseaux sociaux, le succès de cette chaîne n’est donc pas assuré, le sexisme étant encore très ancré dans la société afghane. Le fondateur, Hamid Samar, mise sur les audiences féminines potentielles des grandes villes, où les femmes demandent des informations et des débats en accord avec leur quotidien.

Un moyen d’échanger des compétences

En attendant, la chaîne se débrouille avec un budget serré : une technologie digitale low cost et un studio basique à Kaboul. Les programmes sont surtout des talk-shows et des émissions sur la santé et la musique. Son équipe se compose principalement de femmes jeunes, dont beaucoup sont encore étudiantes. Et pour former celles qui n’ont pas accès à des cours de journalisme, seize techniciens leur apprennent le métier, tout en travaillant en coulisse sur l’image, pour cadrer et monter.

L’échange de compétences constitue déjà une réussite pour Khatira Ahmadi, qui a confié à Reuters que la chaîne permettait de donner à une nouvelle génération de femmes l’opportunité de travailler dans les médias :

"Je suis venue pour partager mon expérience avec mes collègues, et je suis vraiment heureuse de travailler avec d’autres femmes."

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