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Affaire Fillon : juges et journalistes reçoivent des menaces de mort

Publié le

par Théo Mercadier

Systématiquement accompagnées d'une balle de pistolet, ces lettres jettent un froid sur la fin d'une campagne chaotique. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

"Ceux qui sont à l’origine de cette affaire ne dormiront pas bien à l’avenir", déclarait François Fillon au micro de France Inter le 6 avril. Et il semblerait que certains de ses sympathisants aient pris un peu trop au sérieux cette tournure de phrase hasardeuse. En effet, des journalistes et des juges travaillant sur l'affaire du "PenelopeGate" sont depuis début avril la cible de menaces de mort.

Le mode opératoire est toujours le même. Les courriers portent la signature d'un très mystérieux "Collectif d'épuration 2J" (probablement pour "juges" et "journalistes") et ont tout pour inquiéter : une balle, un crâne, un cercueil noir, un texte au couperet. "La vigilance et la protection ne durent pas ad vitam… Ce jour-là, nous serons là pour vous ou l’un de vos proches", peut-on y ainsi y lire. Rassurant.

Sur les cercueils sont imprimées les initiales des personnes ciblées. "EP" pour Edwy Plenel, directeur de la rédaction de Mediapart, "LV" pour Laurent Valdiguié, rédacteur en chef du Journal du Dimanche, dernier journaliste à avoir annoncé, ce 11 avril, avoir trouvé une telle lettre au courrier. Sans grande surprise Le Canard enchaîné,  le journal par lequel tout a commencé, a lui aussi reçu une morbide missive qui, cette fois-ci, ne visait pas seulement son rédac' chef mais bien l'ensemble de sa rédaction.

"Collabos, nazis, sale race"

Ces menaces sont révélatrices de l'atmosphère nauséabonde qui règne en cette fin de campagne présidentielle chaotique. En meeting, certains responsables politiques (coucou Raffarin) ne se gênent pas pour faire siffler les journalistes par des foules de militants chauffées à blanc, participant de fait à l'assombrissement d'un climat déjà délétère. À tel point que bon nombre de professionnels de l'info se plaignent de ne plus pouvoir suivre sereinement ces réunions qui tournent presque systématiquement au déchainement antimédia. "Collabos", "nazis", "sale race" et crachats sont devenus leur lot quotidien.

"J'ai vu des hommes qui ont l'âge de mon grand-père se lever et me faire des doigts d'honneur, puis mettre leurs doigts dans la bouche pour mimer un vomissement", explique encore la journaliste de Mediapart Ellen Salvi à France Info. Plus récemment, les équipes de Quotidien et du Petit Journal se sont plaintes d'avoir été agressées lors du meeting de François Fillon à Paris, le 9 avril. Bilan : une gifle, des caméras et des téléphones brisés.

Et les journalistes sont malheureusement loin d'être les seules cibles de cette vindicte populaire qu'aucun responsable ne tente de calmer, bien au contraire. Après avoir été visés à maintes reprises par François Fillon et désignés comme une caste à la solde du pouvoir en place, certains magistrats du Parquet national financier (PNF) ont eux aussi eu droit à des menaces de mort. Selon Le Parisien, la boss du PNF Éliane Houlette a donc reçu son courrier, ainsi que les trois juges en charge de l'instruction du dossier Fillon. En 2017, en France, les juges reçoivent des menaces de mort lorsqu'ils tentent de mettre au jour d'éventuels faits de corruption.

Devant le caractère systématique et manifestement organisé des menaces, le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une enquête. Les enquêteurs recevront-ils eux aussi des menaces ? Au point où on en est, plus rien ne nous étonne.

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