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Mexique : des activistes se mettent à nu pour protester contre l'assassinat d'étudiants

Publié le

par Aline Cantos

Alors que l'étau se resserre autour des présumés responsables du meurtre des étudiants mexicains, des activistes se mobilisent à travers une séance photo poignante. 

Dénoncer la violence par la nudité, telle est l'idée de la série de photos que nous livrent les activistes mexicains. Puisqu'un corps nu retient plus l'attention que des dizaines de jeunes corps sans vie, les jeunes du pays ont décidé d'arborer les messages qu'ils veulent faire entendre à même leur peau.

Efficacement intitulé Poner el Cuerpo, Sacar la Voz ("Utiliser nos corps, Exprimer notre voix"), le projet a pour but de faire entendre la voix d'un peuple las de voir les siens tomber sous la violence et les complots des bandes criminelles organisées qui gangrènent le pays.

Projet Poner el Cuerpo, Sacar la Voz

L'indignation face à la violence

"Estado Asesino" ("État assassin"), "Ya me canse" ("ça me fatigue"), "Feminicidios, Desapariciones, Narco estado, Welcome to Mexico" ("Féminicides, Disparitions, État narco, Bienvenue au Mexique") peut-on lire sur leurs torses, leurs dos... Hommes ou femmes, tous se mobilisent afin de faire entendre leur indignation face à un état corrompu par le business de la drogue et du crime.

Au-delà d'un simple soulèvement contre la corruption et la violence, la série est une véritable prise de risque à l'heure où l'engagement contre les politiques en place constitue un motif de meurtre au Mexique. La preuve de ce danger est constituée par l'essence même du mouvement, à savoir l'assassinat des 43 jeunes mexicains. L'acte barbare serait en effet le fruit de la collaboration entre cartels et autorités.

Ce n'est pas la première fois que le pays se révolte. Déjà, en novembre 2014, des milliers de manifestants avaient foulé les allées de Mexico afin de montrer leur colère face à la disparition des étudiants.

Projet Poner el Cuerpo, Sacar la Voz

Les disparus d'Iguala, incarnation de l'insécurité mexicaine

Des centaines de déclarations, analyses et inspections plus tard, le procureur général de Mexico confirmait le décès de ceux qui étudiaient afin de devenir professeurs. Les jeunes élèves-enseignants ont d'abord subi une crémation dans une décharge de Cocula avant de voir leurs restes disséminés dans un rivière selon le LatinTimes.

Des crimes devenus quotidiens dans le pays qui recensera quelques mois plus tard 61 corps supplémentaires découverts dans un crématorium abandonné de la province de Guerrero. De même, alors que l'enquête bat son plein, 28 cadavres sont retrouvés dans une fosse commune proche des lieux du drame. Le lien avec l'enquête en cours sera bien vite démenti, cependant la macabre découverte ne fait que confirmer le climat délétère qui règne dans le pays.

Les infortunés étudiants, très vite appelés "Les disparus d'Iguala" par la presse internationale, font l'objet de toutes les interrogations. De la raison de leur enlèvement aux personnes impliquées dans leurs meurtres, tout sera passé au crible lors d'une enquête qui mobilise la communauté internationale toute entière.

Projet Poner el Cuerpo, Sacar la Voz

Corruption, crime, drogue, le triptyque infernal du Mexique

Les victimes fréquentaient une université connue pour son engagement et son côté rebelle. Aussi, quand ces derniers sont enlevés, leur engagement apparaît comme un mobile évident pour les enquêteurs. Très vite, les cartels ainsi que les élus locaux sont dans le viseur de l'institution judiciaire.

Le maire de la ville d'Iguala et sa femme semblent avoir des relations avec les Guerreros Unidos, cartel très influent de la province. Le couple ne tarde pas à prendre la fuite mais sera retrouvé quelques dizaines de jours après. Certains suspects membres du cartel aux folies meurtrières confirmeront les meurtres ainsi que les liens avec les autorités locales et plus particulièrement avec le couple en question.

Corruption, drogue et crime, un triptyque qui soulève les foules dans un vent d'indignation et de refus de la banalisation de ce mode de vie dominé par la peur. Déjà, des illustrateurs avaient dressé le portrait des disparus afin de les extraire de l'anonymat et de montrer au monde le visage de la violence, puis les réseaux sociaux avaient montré le soutien de milliers de personnes à travers le hashtag #Yamecansé ("Je suis fatigué"). Désormais, c'est au tour des jeunes mexicains eux-mêmes de s'insurger.

La série Poner el Cuerpo, Sacar la Voz mobilise désormais les jeunes activistes contre la violence. Les récentes tragédies associées aux meurtres quotidiens de femmes sont trop difficiles à supporter pour ceux qui les vivent au quotidien. Aussi, à travers leurs corps, les militants attirent l'attention sur un problème de fond qui plonge tous les jours l'intégralité du pays dans une psychose.

Projet Poner el Cuerpo, Sacar la Voz

Pour voir d'autres photos, c'est par ici.

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