Cette activiste thaïlandaise est menacée de mort pour crime de lèse-majesté

Avec une vidéo critiquant le roi récemment décédé, Aum Neko, jeune activiste transsexuelle exilée en France, s’est attiré les foudres du gouvernement thaïlandais ainsi que la haine d’une large part de ses compatriotes.

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La Thaïlande, ses plages, ses bars, ses îles, son gouvernement répressif… Vous avez peut-être parmi vos amis Facebook un de ces globe-trotters avides de sensations fortes et tout excités à l’idée de passer deux semaines au royaume de Siam. Sauf que voilà, la semaine dernière s’éteignait le roi Rama IX (Bhumibol Adulyadej) après soixante-dix ans de règne, entraînant le pays dans un année de deuil national. Deux types de contestations radicalement différentes émergent alors : d’un côté les touristes, trop attristés de voir fermer un à un les débits de boisson qui font la marque de fabrique du tourisme local. De l’autre des activistes pro-démocratie, protestant contre le développement d’un régime autoritaire contrôlé par l’armée et symbolisé par la figure semi-divine du roi.

Dans une vidéo postée sur sa page Facebook, Aum Neko, 22 ans, se réjouit de la "mort du dictateur" et encourage les Thaïlandais à manifester pacifiquement. En Thaïlande, s’attaquer ainsi directement à la personne du roi – même défunt –constitue un crime de lèse-majesté, à tel point que le pouvoir en place appelle le peuple à "sanctionner socialement" toute personne s’en rendant coupable. Suivant avec zèle cette politique répressive, nombre de Thaïlandais s’engagent alors dans une véritable chasse à l’homme, chez eux et aux quatre coins du globe, jusqu’en France, où la jeune activiste est en exil depuis 2014.

Passée de l’activisme dur aux réseaux sociaux

Le parcours militant de la jeune transsexuelle débute en 2013 avec une invitation à participer à une émission pro-royaliste. Elle saisit alors l’occasion pour adresser une attaque cinglante à l’égard de la monarchie et, indirectement, des militaires : "J’ai dit que le peuple thaïlandais refusait de considérer la monarchie comme la principale cause de la crise politique. Ils ferment les yeux sur ces faits et s’empêchent de combattre la corruption de ce système." Des paroles qui la jettent définitivement dans la vie d’activiste. Quelques mois plus tard, en mai 2014, l’armée fomente un coup d’État, met en place une Constitution liberticide et traque un à un tous les opposants connus, utilisant le crime de lèse-majesté comme outil de répression. Aum Neko fait partie des rares personnes à refuser de se rendre et, en un clin d'œil, sa photo orne le mur de tous les postes-frontières de Thaïlande. Elle parvient tout de même à quitter son pays et à rejoindre la France, où elle obtient le statut de réfugiée politique en septembre 2014.

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© Aum Neko/Facebook

Aujourd’hui militante pour un activisme pacifique, elle utilise les réseaux sociaux comme caisse de résonance. Et cela résonne tellement que sa vidéo, vue plus de 8 millions de fois en une semaine, a provoqué une réaction épidermique du Premier ministre (et général…) thaïlandais Prayut Chan-o-cha, qui s’inquiète du "tort causé à l’image du pays". Une avalanche de menaces de mort et d’insultes sexistes s’abat alors sur elle : photos de munitions apposées à sa photo de profil, montages Photoshop de son visage mutilé, etc. Face à la multitude de menaces, Aum Neko a dû quitter Paris après avoir déposé une plainte au commissariat. Son compte Facebook, lui, est censuré par l’État thaïlandais depuis longtemps…

Par Théo Mercadier, publié le 20/10/2016

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