À volume égal, le bruit d’un drone est plus énervant que celui de tout autre véhicule

Selon une étude préliminaire effectuée par la Nasa, le vrombissement des drones est le bruit de véhicule le plus désagréable qui soit. Écoute ça, Amazon.

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(© Pixabay)

Alors qu’on nous rebat perpétuellement les oreilles avec un futur fait de transports de biens, personnes et marchandises par drones et que le monde de la technologie s’enflamme sur un monde où le ciel serait constellé d’essaims d’hélicoptères de toutes tailles, les prévisions les plus optimistes oublient néanmoins souvent un facteur particulièrement important : en 2017, un drone fait du bruit. Beaucoup de bruit. Et apparemment, selon une étude du centre de recherche de la Nasa à Langley, publiée le 18 juillet et repérée par New Scientist, le bruit occasionné par ces nuisances volantes ne serait pas seulement fort : à volume égal, il serait intrinsèquement plus désagréable à l’oreille que celui de tout autre véhicule.

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Le plus étonnant, explique le coauteur de l’étude Andrew Christian à New Scientist, c’est que les deux chercheurs ne pensaient même pas trouver d’importantes différences entre les drones et les autres véhicules. À la base, leur étude voulait simplement prouver que les installations d’études acoustiques de Langley pouvaient aider la Nasa À étudier plus profondément les drones. Pourtant, les résultats sont implacables : lorsqu’exposés au bruit d’un moteur de drone, les 38 sujets interrogés ont tous indiqué qu’ils avaient l’impression que les bruits de moteur qu’ils entendaient jusque-là étaient désormais deux fois plus proches. Évidemment, aucun d’entre eux n’était prévenu qu’il écoutait le son d’un drone.

Le bruit, la question qui fâche

Surpris par ces résultats, les responsables de l’étude ne sont pas en mesure pour le moment d’expliquer ce qui rend les bruits de drones si agaçants pour l’oreille humaine. Tout au plus expliquent-ils à New Scientist que les sujets de l’étude ont trouvé que le son semblait rester plus longtemps dans l’air, ce qui s’explique par le fait qu’un drone passe généralement plus lentement qu’une voiture. Une piste de réflexion à étudier, alors que la question du bruit ne s’est jamais réellement invitée à la table des législateurs (ce qui est relativement ironique, dans la mesure où les drones tirent leur nom du bourdonnement qu'ils émettent). 

En France, la nouvelle réglementation sur le vol des drones civils de 2017 s’adapte relativement bien à l’explosion du marché, mais ne fixe étonnamment aucun seuil de bruit, alors que des altitudes, poids et distances de vol maximaux sont pourtant clairement fixés. Alors certes, les drones testés par les auteurs de l’étude ne sont pas ceux que s’apprêtent à utiliser Amazon, UPS, Domino’s ou La Poste – les drones commerciaux volent généralement plus haut et plus vite que ceux vendus à monsieur Tout-le-Monde –, mais il n’empêche que la question du bruit brille par son absence dans les textes officiels.

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De même, lorsqu’on cherche des études analysant l’acoustique des drones vendus dans le commerce… rien, à part un projet musico-scientifique sorti l’année dernière qui les recense tous, si jamais vous êtes porté sur le masochisme sonore. Rien non plus sur les notices des fabricants, qui évitent soigneusement le problème. Pour avoir quelques éléments de réponse, il faut se tourner vers les forums, où l’on croisera entre deux témoignages de riverains énervés celui d’un gradé de la Gendarmerie des transports aériens (GTA), qui explique que le bruit fait peur aux chevaux. À défaut d’avoir apporté des réponses concrètes au problème du bruit des rotors, l’étude d’Andrew Christian et Randolph Cabell pose au moins une question trop longtemps restée sous le tapis : comment régule-t-on le bruit de ces ronflements volants qui s’apprêtent à coloniser nos ciels ? Le silence vit-il ses dernières heures, même loin du brouhaha des villes ? Bref, de nouvelles études seraient les bienvenues, tout comme de nouvelles réglementations.

Par Thibault Prévost, publié le 19/07/2017

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