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À Lyon, un bar veut retranscrire "l’esprit colonial, un esprit à la cool"

Publié le

par Mélissa Perraudeau

@https://www.facebook.com/lapremiereplantation/photos/a.227526747759944.1073741830.209490492896903/248517905660828/?type=3&theater

Ses créateurs ont même "mis quelques photos" d’esclaves "dans les toilettes". Une pétition demande la fermeture immédiate de l’établissement.

Dans le sixième arrondissement de Lyon a ouvert il y a peu un "cocktail bar" appelé "La Première Plantation". La journaliste Julie Hainaut est allée le tester pour en faire la critique dans l’édition locale du Petit bulletin. Pour l’occasion, elle a rencontré les deux créateurs de l’établissement, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry. Cela a donné un article empreint de sidération et d’indignation, publié ce mardi 12 septembre, où elle rapporte les propos des deux hommes, qui n’ont vraiment pas nommé leur bar au hasard, mais bien dans l’intention de rendre hommage à la colonisation, qu’ils voient comme une "période sympathique".

La journaliste rapporte en effet des "propos douteux", les créateurs ayant manifesté une certaine nostalgie pour la période des "plantations de canne à sucre" et donc des sociétés esclavagistes. L’un des créateurs assume tout à fait le choix du nom du bar :

"[Le] nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir."

Julie Hainaut explique avoir pensé (et espéré) qu’elle avait mal compris, mais non. Les créateurs lui ont confirmé qu’ils voulaient rendre hommage à cette époque qui, "dans l’esprit", représente donc pour eux une "période sympathique", allant jusqu’à ajouter : "Il y avait du travail à cette époque accueillante". Et quand la journaliste s’exclame, choquée, "et la partie esclaves, là-dedans ?", ils lui répondent "Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes". Des photos d’esclaves. Dans les toilettes.

Après avoir vérifié "s’il n’y avait pas de caméra cachée", Julie Hainaut raconte être allée se "changer les idées à grand renfort de pintes et d’amis sur les quais", avant de rentrer chez elle "la gorge nouée".

Une vague d’indignation et de mobilisation

La journaliste a précisé ce 14 septembre sur Twitter qu’il s’agissait bien de faits, que tout était vrai, mais qu’elle n’approuvait "en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu". Car les réactions à son article sur le réseau social sont aussi choquées qu’indignées :

La page Facebook de La Première Plantation a également été inondée de reproches et de demandes d’excuses. Une pétition a d’ailleurs été lancée par le Collectif des Raciné·e·s, qui a pour combats "l’antiracisme politique et [le] féminisme décolonial". Intitulée "La Première Plantation : Non à l’apologie de l’esclavagisme à Lyon !", elle dénonce une exploitation de "ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité". L’association demande la fermeture de l’établissement :

"Au titre de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, chapitre IV, paragraphe 1er, articles 23 et 24, nous rappelons que MM. Desvallées et Henry pourraient être condamnés à hauteur de 45 000 euros d’amende et cinq ans d’emprisonnement. Pour que ce crime cesse, nous exigeons la fermeture immédiate de La Première Plantation."

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