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À l’ère des réseaux sociaux, le magazine Vogue règne-t-il toujours sur la sphère mode ?

Publié le

par Manon Baeza

Que traduisent les changements qui se produisent au sein de l’emblématique magazine de mode Vogue UK ?

On vous l’annonçait il y a quelques mois, c’est à présent chose faite : Edward Enninful, le nouveau rédacteur en chef de Vogue UK, est bel et bien en train de bousculer la sphère mode. Il reprend officiellement les rênes de Vogue UK le 1er août prochain et a déjà pris des décisions qui agitent tant les médias que les fashionistas. Frances Bentley, pilier de Vogue UK depuis 24 ans, quittera Vogue cet été. Lucinda Chambers, directrice artistique depuis 36 ans s’est fait virer sans beaucoup de ménagement. S’ensuivront les aveux déconcertants de cette dernière concernant sa vision actuelle du magazine Vogue. Des bouleversements qui assurent une nouvelle ère pour le magazine, et qui suscitent une question primordiale : à l’ère des réseaux sociaux, la mode a-t-elle encore tant besoin de Vogue ?

Les révélations ahurissantes de Lucinda Chambers qui dézingue Vogue

Il y a une semaine, Lucinda Chambers, styliste de renom, se confiait de façon très franche auprès du magazine Vestoj quant à son licenciement. Vestoj, qui se définit comme étant "la plateforme qui apporte un regard critique sur la mode", rapporte que selon Lucinda Chambers, son licenciement a été une décision prise en l’espace de quelques minutes. Un départ qui n’a pas été au goût de tous, à en croire les déclarations de l’ancienne directrice artistique de Vogue UK. En effet, cette dernière pointait du doigt les fondements même du magazine Vogue en avouant que "la couverture du mois de juin avec Alexa Chung portant un stupide T-shirt Michael Kors est naze". Elle explique cette couverture en avouant que : "C’est l’un des gros annonceurs du magazine, donc je savais pourquoi je devais le faire. Je savais que c’était ridicule quand je l’ai fait, mais je l’ai fait malgré tout".

Lucinda Chambers va encore plus loin en confessant : "Pour être honnête, je n’ai pas lu Vogue depuis des années. […] Les vêtements qu’ils y affichent sont tous ridiculement chers et inaccessibles pour la plupart d’entre nous." L’interview a immédiatement été retirée du site lorsqu’elle a commencé à prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Un geste qui indique le caractère sensible des propos de Lucinda Chambers. Cependant, Vestoj a décidé de la remettre en ligne dans son intégralité dans l’espoir qu’elle "mène à l’émergence des médias de mode plus autonomes et utiles", nous rapporte The Independent.

Aussitôt licenciés, aussitôt remplacés car Edward Enninful annonçait peu après la destitution de Lucinda Chambers, les nouvelles recrues de Vogue UK. Ce sont les iconiques mannequins Kate Moss et Naomi Campbell, ainsi que le réalisateur Steve McQueen et l’ancienne directrice artistique de Vogue US Grace Coddington, qui seront les nouveaux contributeurs du Vogue UK dès cet été.

La mode a-t-elle encore besoin de Vogue ?

Des propos qui ouvrent à nouveau le débat concernant cette sphère tant prisée mais sectaire qu’est la mode. En effet, les défilés des Fashion Weeks, qui ont lieu deux fois par an, sont réservés au cercle très restreint des éditeurs, des magazines de mode, des personnalités et aujourd’hui, des influenceurs. Et ce, afin que ces derniers puissent apporter leur opinion quant aux nouvelles tendances qui se profilent. Seulement, à l’ère du digital et des réseaux sociaux, une très grande partie des défilés sont directement retransmis sur Facebook, Instagram ou même sur des applications de rencontre tel que Grinder, tout le monde est alors en capacité de faire part de son point de vue. Aussi, l’année dernière, Burberry renversait totalement l’industrie de la mode en annonçant remplacer le calendrier de quatre défilés annuels par seulement deux shows présentant conjointement les lignes homme et femme. Les traditionnelles saisons "printemps-été" et "automne-hiver" en deviennent presque caduques. Une petite révolution pour le monde de la Haute couture qui a pour habitude de mettre en boutique les collections présentées lors des défilés seulement cinq mois après les avoir dévoilées. Ces exemples sont donc la preuve que le monde de la mode n’est pas épargné par l’immédiateté qu’engendrent les réseaux sociaux sur nos vies.

Vogue a toujours servi d'échappatoire à ses lectrices, les transportant dans un monde imaginaire auquel elles n'appartiendront jamais, un monde de strass et de paillettes qui leur permet de s’évader un court instant de leur quotidien monotone. Cependant, le pouvoir de Vogue a diminué tant les réseaux sociaux détiennent une place importante dans notre société. À quoi bon dépenser de l'argent quand on a la possibilité de rêver gratuitement via les réseaux sociaux ? De plus, en donnant naissance au métier de blogueur, l'émergence des réseaux sociaux encourage vivement les consommateurs à partager leur propre opinion sur ce qui les entoure. Tous ces changements tendent à démocratiser la mode. Seulement, comment peut-on parler de démocratie quand le manque cruel de diversité est, aujourd'hui encore, si prégnant dans la presse féminine ?
 

Quand le digital bouleverse l'industrie de la mode

De plus, comment un format de presse mensuel tel que Vogue peut-il survivre au sein d’une société où l’instantanéité dicte notre façon de vivre ? La presse écrite de mode ne tend peut-être pas à disparaître puisque la Haute couture est dépendante de la vitrine que constitue celle-ci dans la promotion de ses nouvelles collections. Cependant, les consommateurs sont aujourd’hui en relation directe avec les marques grâce aux réseaux sociaux. Condé Nast semble l’avoir compris en créant style.com, le site marchand (uniquement disponible au Royaume-Uni) qui s’inscrit sur un modèle hybride mêlant contenu journalistique et e-commerce. Bien qu’aujourd’hui travailler dans des magazines tels que Vogue ou Harper’s Bazaar reste l’ultime consécration des photographes ou des stylistes, la presse mode se doit de revoir son modèle afin de mieux s’inscrire dans l’air du temps. Avec Internet, et plus particulièrement avec les réseaux sociaux, les consommateurs n’ont plus besoin de feuilleter la presse écrite pour voyager et rêver. De ce fait, comment ce secteur peut-il redevenir un pan à part entière de la mode ?


Lucinda Chambers a clairement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas et a très justement pointé du doigt les incohérences de la sphère mode. Comme elle l'a si bien dit : "Les magazines 'glossy' sont fait pour inspirer les gens, mais ne peuvent-ils pas être inspirants et utiles ? Personnellement, c'est ce genre de magazine de mode que j'aimerais voir." Ses propos vont-ils faire avancer les choses ? Edward Enninful va-t-il apporter un nouveau souffle à la presse mode ? Nous sommes impatients de le découvrir.

À lire -> Il était temps : Edward Enninful devient le premier homme d’origine africaine à la tête de Vogue

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