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À Calais, "les autorités empoisonnent l’eau des migrants" selon les ONG

Publié le

par Théo Mercadier

Les témoignages des réfugiés et des ONG sont accablants et font état de violences systématiques de la part des forces de l’ordre. Les empoisonnements par gaz lacrymogène seraient récurrents.

La photo s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux : deux jerricans, dont les ouvertures dégoulinent d’un liquide blanchâtre. En la postant sur Twitter le 10 juillet, l’ONG L’Auberge des migrants alertait la France sur ce qui pourrait bien être une abjecte tentative d’empoisonnement. "Les autorités empoisonnent l’eau des migrants à Calais avec du gaz lacrymogène", assène rageusement l’association.

Ni une ni deux, Libération a envoyé sur place l’une de ses correspondantes. Dans son enquête, la journaliste Haydée Sabéran rapporte notamment le témoignage de Charlotte, membre de l’association Utopia 56, qui lui raconte comment a été prise la fameuse photo :

"Deux Afghans m’ont rapporté les bidons vides. L’un d’entre eux avait bu une gorgée, et avait été légèrement irrité. Quand ils ont compris que l’eau n’était pas buvable, ils l’ont jetée."

La bénévole assure que ce n’est "pas un cas isolé" et qu’elle a recensé "trois à quatre témoignages en deux semaines". "Et une fois, les migrants ont vu la police le faire", précise-t-elle. Les autres acteurs œuvrant à Calais pour venir en aide aux réfugiés abondent en ce sens. Tous font état de violences contre ces personnes ayant fui la misère et la guerre. "La semaine dernière, nous avons dû nettoyer un bidon qui avait été aspergé de gaz", accuse encore un responsable associatif, tandis qu’un autre s’alarme :

"En ce moment, c’est calme. Mais en mai-juin, j’entendais tous les jours des témoignages sur des exilés empêchés de manger, des bidons arrosés de gaz, mais aussi les sacs de couchage. Une fois, un migrant a été aspergé de gaz sur la bouche."

Double discours

En juin déjà, Libération relayait de nombreux cas de personnes violentées, certaines affirmant que même leur nourriture était gazée par les CRS. Loan Torondel, autre bénévole de L’Auberge des migrants engagée sur place, dit ne pas savoir s’il s’agit ou non d’une "consigne" spécifique de la préfecture, cependant ajoute-t-elle "on constate que ça existe, et que c’est toléré". Des accusations que la préfecture du Pas-de-Calais rejette en bloc. "[Les forces de l’ordre] effectuent avec discernement et professionnalisme un travail difficile dans le respect du droit. Leur implication est reconnue par la population de Calais et par l’ensemble des responsables publics et socioprofessionnels", assurait au mois de juin le préfet à Libé.

Mais la violence paraît être devenue le triste quotidien des quelques centaines de personnes coincées à Calais et rêvant d’Angleterre. En juin, le Défenseur des droits Jacques Toubon dénonçait des "atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité", ce qui n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb de refuser dans la foulée la construction de nouveaux centres d’accueil d’urgence.

"Nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur", déclarait pourtant Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse le même jour. Je répète : le même jour.

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