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Sur Terre, 62 personnes détiennent autant de richesses que la moitié de la planète

Publié le

par Théo Chapuis

D'après une étude de l'ONG Oxfam, l'écart entre les riches et les pauvres se creuse de plus en plus rapidement. Selon cette étude, les 62 êtres humains les plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la planète, soit 3,6 milliards d'individus.

(© Gilbert Mercier/Flickr)

Le fossé n'a jamais paru aussi large entre riches et pauvres. À l'approche du forum économique mondial de Davos, en Suisse, l'ONG britannique Oxfam a publié lundi 18 janvier les résultats alarmants d'une étude sur les écarts de richesse. Son titre : "Une économie au service des 1 %". D'après l'organisation, 62 personnes sur Terre (dont 53 hommes) détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l'entière population du globe, soit 3,6 milliards d'individus. Ce chiffre était de 388 personnes il y a seulement cinq ans.

L'an passé, Oxfam rapportait que le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches dépassait celui des 99 % restants. Or l'écart entre riches et pauvres a non seulement empiré, mais encore plus vite que prévu. L'ONG constate dans son rapport qu'il s'est "creusé de façon spectaculaire au cours des douze derniers mois", ajoutant :

L'an dernier, Oxfam avait prédit que les 1 % posséderaient plus que le reste du monde en 2016. Cette prédiction s’est en fait réalisée dès 2015 : un an plus tôt.

En cinq ans, la richesse de ces 62 personnes les plus riches au monde a augmenté de 44 %, soit de plus de 500 milliards de dollars (460 milliards d'euros) tandis que la richesse de la moitié la plus pauvre du monde a chuté de plus de 1 000 milliards de dollars (920 milliards d'euros).

Il y a cinq ans, ils étaient 388 à détenir la richesse des 3,6 milliards d'individus les plus pauvres de la Terre, soit de quoi remplir un avion de ligne. Ils sont aujourd'hui 62 et un bus suffirait pour tous les transporter (Oxfam)

Une illustration de ces écarts donne particulièrement le tournis : d'après l’ONG, "depuis le début du XXIe siècle, la moitié la plus pauvre de l’humanité a bénéficié de moins de 1 % de l’augmentation totale des richesses mondiales, alors que les 1 % les plus riches se sont partagé la moitié de cette hausse".

Responsabilités et conséquences

Le plus grand responsable ? D'après Oxfam, il s'agit de la "toile d'araignée mondiale" de paradis fiscaux qui assure que les richesses restent hors de portée des citoyens ordinaires – ainsi que des gouvernements. Selon une estimation récente relayée par le rapport de l'ONG, 7 000 milliards d'euros de richesses personnelles seraient actuellement détenus sur des comptes offshores. C'est davantage que les économies de l'Allemagne et du Royaume-Uni combinées.

Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, veut mettre fin à l'exode fiscal des plus riches : "Nous devons interpeller les gouvernements, entreprises et élites économiques présents à Davos pour qu’ils s’engagent à mettre fin à l’ère des paradis fiscaux qui alimentent les inégalités mondiales et empêchent des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté." Elle sera présente personnellement à Davos.

"La conséquence de [ces écarts gigantesques], c'est la montée du populisme, exemplifiée par Trump et Le Pen", explique Richard Edelman, PDG d'Edelman (institut de conseil en relations publiques et stratégies de communication), à Reuters.

Oxfam, une ONG critiquée

Oxfam, habituée des grands coups médiatiques, est malgré tout une ONG souvent critiquée pour ses prises de position, son hypocrisie relative ou encore sa méthodologie. Comme Le Monde le rappelle, certains économistes contestaient l'instrument de mesure utilisé pour son étude : le patrimoine net, soit les actifs détenus moins les dettes.

L’ONG avait défendu l’instrument de mesure utilisé dans cette étude : le patrimoine net, c’est-à-dire les actifs détenus moins les dettes. D'après Alexandre Delaigue, professeur d'économie à Saint-Cyr, cette façon de compter "donne une image trompeuse des inégalités" puisqu'elle revient à dire ceci :

Selon ce mode de calcul, un étudiant américain à Harvard, qui a pris un crédit pour faire ses études, est plus pauvre qu'un réfugié syrien qui cherche à survivre dans les montagnes libanaises.

L'économiste revenait à la charge ce matin sur Twitter :

L'institute of Economics Affairs (IEA), centre de réflexion libéral basé à Londres, lui, estime que "compiler des chiffres de patrimoine net n'a pas grand sens et ne correspond pas à ce à quoi les gens pensent quand on parle de pauvreté, ou des riches". 

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