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6 musiciens québécois à suivre

Publié le

par Jehanne Bergé

Qu’on se le dise, la "Belle Province" regorge de talents. De l’autre côté de l’océan, des jeunes au verbe acéré et poétique s’imposent sur le devant de la scène. Voici nos six coups de cœurs made in Québec à découvrir dès maintenant.

Montréal c’est la terre promise, plus personne n’en doute. Du coup, pas étonnant qu’artistiquement et musicalement, il s’y passe pas mal de choses... Hip-hop, rap, électro, folk, dans tous les styles ces jeunes artistes outre-Atlantique s’imposent pour de bon. Même si la plupart d’entre eux sont déjà venus tourner en France (que ce soit en première partie ou dans des petites salles), ils restent souvent méconnus du grand public européen, et c’est bien dommage. Pour y remédier, voici une petit selec’ de ce qui se fait de mieux en ce moment de l’autre côté de l’océan (avec toujours ce petit accent qu’on aime tant).

Safia Nolin, un personnage décalé et une musique folk 

Agée de 24 ans, Safia Nolin est un personnage assez décalé. Elle vient de remporter le prix "Révélation de l’année" au Gala de l’ADISQ (un peu l’équivalent des Victoires de la musique en France). Lors de la cérémonie, elle s’est faite remarquer pour sa tenue en mode T-shirt, baskets et surtout son franc-parler. Et ça, ça a fait jaser.


Elle s’est adressée à ses détracteurs à travers le magazine Urbania en rappelant que pendant ce genre de gala, les hommes ont le droit de dire "fuck" et de porter un jean mais que si une fille le fait, on ne l’accepte pas.

Niveau musique, Safia Nolin est celle que beaucoup surnomment "l’étoile montante de la scène québécoise". Son premier album Limoilou (c’est le nom d’un chouette quartier à Québec) est sorti en septembre 2015. Sa musique est minimaliste et authentique, ses mélodies sont folks, douces et ses paroles intelligentes. Elle vient de sortir un album Reprises Vol. 1, qui fait honneur à la culture populaire québécoise et prépare en ce moment un nouvel album de sa plume.

Koriass, l'incarnation du rap québécois

Au Québec, le rap est encore trop peu connu du grand public. Mais les choses commencent à changer… Notamment grâce aux artistes comme Koriass.

Ce rappeur de 32 ans est presque devenu l’incarnation du rap québécois. Outre ses albums bien tapés, il est connu pour son "coming out féministe", révélé à travers son texte "Natural Born Féministe", publié sur le site Urbania (encore eux). Il y dénonce notamment la culture du viol. Cet artiste, qui n’aime pas être consensuel, se bat pour ses idées.


Pour son quatrième album Love Suprême, il s’est entouré de Ruffsound et Philippe Brault. L’album sorti en février a été salué par la critique et a remporté le prix du meilleur album rap au gala de l’ADISQ. Il nous parle d'amour-propre, de narcissisme et de l’éternel besoin de reconnaissance.

Résultat ? Des morceaux qui claquent, des textes profonds et des beats canons. Sur le morceau "blacklights", il revient sur la mort de son amie d’enfance partie à cause d'une overdose : "J'étais quelque part en train de me saouler that night / Pendant que tu cherchais ta vie en dessous des blacklights."

Dear Criminals, la musique parfaite pour baiser

Ce groupe d’électro-folk de Montréal est un véritable laboratoire de création. Ils sont hype, sophistiqués et touche-à-tout. Ils ont signé la musique de la pièce Les lettres d’amour, mise en scène par David Bobée qui sera reprise en France. Ils vont aussi revisiter des œuvres classiques pour une pièce musicale à l’opéra de Paris en 2018.

En septembre, ils ont sorti un nouvel EP, Another picture. Pour en rajouter une couche, ils ont récemment fait un spectacle dans une église, accompagnés d’un cœur de 100 personnes auquel a assisté le tout Montréal et dont ils ont également fait un EP.

Bref, ce trio formé par Frannie Holder, Charles Lavoie et Vincent Legault n’arrête jamais. Leur musique est sensuelle et érotique, "la musique parfaite pour baiser", disent certains. Ce qui est sûr, c’est qu’on plane en se laissant aller sous les mélodies électroniques. Le groupe multiplie les EP, cette formule leur permet sans doute de se réinventer et d’accélérer le processus créatif.

Milk & Bone, le duo aux chansons oniriques

Un duo féminin électro-pop formé par Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin. Avant de se lancer, les demoiselles encore étudiantes évoluaient avec différents artistes en tant que choristes et musiciennes de studio et de tournée.

Le projet Milk & Bone est né en enregistrant des chœurs sur "Known By Sight" de Misteur Valaire. En 2015, elles ont sorti un premier album, Little Mourning, qui parle d’amour, de désir et d’amitié…


Leur musique onirique est basée sur des harmonies vocales additionnées de synthé et d’électro (bien qu’elles écrivent leurs chansons à la base sur un ukulélé). Contrairement à beaucoup d’artistes québécois, elles chantent en anglais.

En 2015, The Gardian les a élues "Band of the week". Elles sont d’ailleurs apparues sur la compilation Kitsuné America. Cette année, elles ont signé la chanson thème du film King Dave de Podz avec le morceau "Natalie", c’est canon.

Les jeunes femmes à la longue chevelure brune soignent particulièrement leur image très esthétique, que ce soit dans les clips ou sur les réseaux sociaux. Récemment, Camille Poliquin a lancé son projet solo sous le nom de Kroy.

Le morceau "New York" est très vibrant, à écouter bien fort sous votre casque pour oublier un peu l’hiver pourri.

Rednext Level, un rap experimental et parodique

L'univers rap/pop/électro décalé et 90’s de Rednext Level et de leur album Argent légal est absolument délicieux. Le duo est composé de Robert Nelson (aka Ogden Ridjanovic) et Maybe Watson. Les deux gaillards font partie d’Alaclair Ensemble, un collectif qui a clairement changé le monde du hip-hop au Québec en 2010 en mélangeant notamment le français et l’anglais (rappelons que l’usage de la langue cause toujours de grands débats au Québec).

Dans leur projet Rednext Level, les deux MC’s apportent un côté pop tandis qu'Alaclair Ensemble est beaucoup plus expérimental. La chanson "40K" ressemble à une parodie mais il s’agit en fait d’une critique (comme on le disait plus haut, le rap local est encore trop peu présent dans les medias québécois).

"L’american dream est de devenir millionnaire en faisant du rap. Le rêve du rappeur québécois, c’est d’un jour faire 40 000 $ par année ! On parodie par la bande le 'bling' et tous ces clichés du rap luxueux, mais c’est surtout une pointe dirigée à la petitesse de notre réalité de rappeur québécois, cela dit sans vouloir la dévaloriser", expliquaient-ils au journal Le Devoir.

Avec pas d’casque, le son mélancolique du dimanche

Avec pas d’casque, c’est beau. Très beau (puis le nom du groupe est pas mal cool). Stéphane LaFleur, Joël Vaudreuil, Nicolas Moussette et Mathieu Charbonneau proposent une musique country feel-good aux paroles poétiques. Quatre ans après leur album Astronomie, ils sont revenus cet automne avec Effets spéciaux.

On est plongé dans un univers folk et métaphorique. Les paroles sont à tomber. En fait, Avec pas d’casque, c’est le genre de musique qui marque des moments de la vie, des chansons qui prennent du sens pour chacun de nous. Les mélancoliques du dimanche après-midi devraient apprécier.

Le fondateur du groupe, Stéphane Lafleur écrit à l’occasion pour d’autres artistes québécois comme Fanny Bloom ou les sœurs Boulay (elles valent clairement une petite séance d’écoute). Le jeune homme est également cinéaste, il a entre autre réalisé Tu dors Nicole.

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