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Freewrite, la machine à écrire connectée : aussi rétro qu'absurde

Publié le

par Thibault Prévost

On se foutrait pas un peu de la gueule du monde, par hasard?

La Freewrite, première machine à écrire connectée, propose aux plumitifs de retrouver le charme de l'écriture d'antan sans rien perdre du confort moderne.

On se foutrait pas un peu de la gueule du monde, par hasard ?

Hemingway peut être fier, la machine à écrire ne s'est jamais aussi bien portée. Désormais revenue en grâce comme signe extérieur de coolitude, trônant ostensiblement dans les bars à la mode et les salons de trentenaires arty, l'ancêtre mécanique du logiciel de traitement de texte en jette. Seul problème, que réalisent rapidement tout les acheteurs compulsifs une fois l'excitation initiale passée : l'interface utilisateur est quand même sacrément mal foutue.

Aucun outil d'édition intégré, pas de correcteur orthographique et, surtout, aucune option d'intégration du texte sur les plateformes de microblogging. Ça fait beaucoup. Mais nous sommes en 2016, âge d'or de la start-up et du gadget, et voici donc la Freewrite, chaînon manquant entre la Remington et Google Docs, et preuve définitive que notre monde est parvenu à l'apogée de sa stupidité.

Il faut bien l'avouer, l'entreprise qui a conçu Freewrite a tout compris à l'air du temps : l'objet, qui ressemble à une mini machine à écrire équipée d'un écran à encre intelligente et de deux énormes molettes de sélection, pourrait tout à fait sortir d'un film de SF du siècle dernier. Lourde mais néanmoins transportable au café bio du coin, la Freewrite se connecte au wifi environnant, après quoi il ne vous reste plus qu'à vous y mettre. À mesure que vous écrivez, le texte apparaît brièvement à l'écran, avant d'être envoyé sur le service de stockage en ligne que vous aurez synchronisé avec votre machine, comme Google Docs ou Evernote. Si vous souhaitez modifier quoi que ce soit à votre chef-d'œuvre en cours, il vous faudra  vous munir d'un écran (mais du coup, vous aurez un traitement de texte, et ça ne servira plus à rien).

Et si on arrêtait de créer n'importe quoi ?

Selon les créateurs de Freewrite, le mode opératoire à l'ancienne présente plusieurs avantages : coupé des distractions perpétuelles des Internets, vous êtes plus concentré sur votre tâche et écrivez donc plus longtemps (là-dessus, on veut bien les croire). Grâce à la magie du clavier mécanique (celui qui fait un bruit pas possible quand vous tapez dessus), Freewrite pourrait vous faire écrire jusqu'à deux fois plus vite. Pour vous offrir cette merveille de technologie de pointe, il faudra cependant compter plus de 500 euros. Oui, 500 balles.

Ça fait cher, très cher, surtout pour un objet qui ne possède ni écran, ni processeur, pèse quatre fois plus lourd qu'un iPad et ne permet (presque) rien de plus qu'une machine à écrire de brocante. Reste le concept, plutôt attirant... sauf qu'il date des années 1980. Et qu'à l'époque, on le rappelle, les ordinateurs n'existaient (presque) pas. En somme, comme l'écrit Mashable (et n'en déplaise à la critique élogieuse de Wired), Freewrite est "un non-sens hipster et prétentieux", une coquille vide d'innovation, qui fournit une deuxième preuve irréfutable (après le livre d'illustrations Apple à 300 dollars) que notre monde a totalement basculé dans une absurde obsession collective à vouloir ériger un hier fantasmé en parangon de la modernité. En 2014, lors de son lancement sur Kickstarter sous le nom "Hemingwrite", la machine avait recueilli 350 000 dollars (330 000 euros). Arrêtons cette folie.

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