© Nectar

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Voici le Nectop, un ordinateur français, innovant, simple et compliqué

Avec son propre OS (NectarOS), son IA (Nector) et son compilateur Javascript (NectarJS).

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"À la base, le Nectop, je l’avais créé pour moi, entonne son concepteur, Adrien Thierry, à peine trentenaire. Je voulais un petit boîtier pratique que je pouvais emmener partout avec moi à la place de mon ordinateur portable". L’usage particulier s’est transformé en prophétie : "nous voulons maintenant révolutionner l’informatique". Nous, c’est trois personnes basées près de Montpellier. Probablement dans un garage.

Sur le papier pourtant, rien de transcendant : un ordinateur transportable, optimisé pour la bureautique et les tâches simples, auquel on raccorde souris, clavier, écran pour le rendre utilisable. Bref, un mini-ordinateur entrée de gamme qui sera commercialisé 399 €, comme il s’en fait déjà. Il faut donc scruter à la loupe la campagne de préfinancement sur Ulule toute juste lancée pour comprendre la singularité et la complexité du projet.

Côté simple, il y a la démarche écologique. Passons la dorure, le boîtier en plastique fabriqué à partir de maïs recyclé, pour se concentrer sur le costaud. D’une part, le Nectop entend lutter contre l’obsolescence programmée ("vous pourrez le conserver cinq ans au bas mot !", nous jure Adrien Thierry) notamment grâce à son système d’exploitation maison, NectarOS, basé sur Linux et conçu en mode "rolling release". D’autre part, le Nectop ne sera pas gourmand en énergie, avec un processeur ARM à basse consommation et une symbiose parfaitement optimisée entre le matériel et le logiciel.

Pour rester dans les idées simples, il y a la fabrication. Pour l’heure, le Nectop est assemblé en France, tout le reste est importé d’Asie. À terme, si la mayo prend, certains de ses composants électroniques pourraient être d’origine européenne. Outre la conception, l’éthique technologique est on ne peut plus présente : pas de collecte de données personnelles pour faire du big data, contrôle parental facilité, Qwant installé par défaut, logiciels libres en veux-tu en voilà.

Screenshot du bureau de NectarOS

Si ça s’arrêtait là, le Nectop serait un projet somme toute sensé et cohérent mais dépourvu d’atouts uniques. Or il semble que ce petit pavé de maïs ait au moins deux cordes de choc à son arc. C’est là que ça se complique.

D’une part, l’intégration de NectarJS, le premier compilateur de Javascript au monde, fait maison, fruit de trois ans de recherche et de développement. "Je connaissais une vingtaine de langages de programmation, explique, modestement, son concepteur, codeur depuis l’âge de quatre ans et passé par une école d’ingé. Dans le lot, c’est le Javascript qui me paraissait le plus efficient et compris par énormément de développeurs. J’ai voulu le rendre plus rapide par rapport à ses concurrents comme le Go ou le Rust. J’ai donc créé un compilateur pour rendre le Javascript plus rapide".

En gros, ce qu’il nous dit, c’est que son Nectop et son NectarJS seraient, selon lui, de merveilleux outils pour apprendre à coder en commençant par le Javascript, rendu plus compétitif. Évidemment, tous les développeurs expérimentés ne seront pas d’accord avec lui. Faire peser dans le game un langage de programmation plutôt qu’un autre, c’est coton. Rêve ouaté auquel le trentenaire croit dur comme fer.

Ce joyeux écosystème terminologique (Nectop, NectarJS, NectarOS), il faut rajouter Nector, une intelligence artificielle maison (IA) qui vous accompagnera pendant votre expérience. "Un vulgaire chatbot aussi bête que Siri", demande-t-on, sceptique ? "Non, nous avons développé une IA très différente, une IA personnalisée, qui vous connaîtra vraiment, saura faire plusieurs choses et qui n’enregistrera pas vos données. Des trucs que Google ou Apple ne font pas". Hein ? Quoi ? Comment ? C’est possible ? Il ne nous en dira pas plus pour le moment, optant pour la très sage stratégie du teasing.

De ce projet complexe et ambitieux, nous en saurons plus dès le début de l’année 2019, quand le Nectop sera commercialisé. Pour l’heure, 16 unités ont déjà été prévendues, au prix de 199€. "Si l’on en écoule plus de 50, ça sera déjà vraiment bien", dixit son architecte.

Par Pierre Schneidermann, publié le 02/11/2018

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