Test : avec le nouveau Pokémon, j’ai regoûté à ma madeleine de Proust préférée

Je voulais retomber en enfance, c’est réussi.

Ouais, il faut caresser votre Pokémon pour qu’il soit heureux… (© Nintendo)

J’étais impatient de mettre la main sur Pokémon Let’s Go. Même si on le présentait comme un jeu de transition, avant le grand Pokémon RPG qu’on attend d’ici 2019. Même si certaines critiques ont été difficiles à l’égard de son gameplay dévoilé en mai, ou des petits tests qui ont été effectués par certains à l’E3.

Une fois la machine lancée il y a quelques jours, impossible de l’arrêter : si je suis par moments lassé, j’ai facilement dépassé la vingtaine d’heures de jeu. Résultat ? En changeant quelques dynamiques, Pokémon Let’s Go réussit à se renouveler comme il l’a rarement fait, impactant, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme, l’expérience de jeu. Je vous explique.

Back to Kanto

On va faire simple : Let’s Go est un jeu qui reprend la trame du titre de la saga Pokémon le plus aimé de tous, le premier auquel on a tous joué, à savoir Pokémon Rouge et Bleu.

Tout est là :

-> La première génération
-> Bourg Palette ;
-> Blue ;
-> La Team Rocket ;
-> Giovanni ;
-> Le casino de Céladopole (enfin, la salle d’arcade, pardon) ;
-> La tour fantôme de Lavanville.

Bref, vous avez compris l’idée. Refaire un vieux jeu pour refaire un vieux jeu n’a pas grand intérêt, si ce n’est visuellement, où le rendu est forcément plus beau. Il y a donc de la nouveauté dans l’air, surtout du côté du gameplay. Ce qui rendait si fier Junichi Masuda, l’homme derrière ce nouveau volet, c’est le système qui permet d’attraper les créatures à la Pokémon Go. Fini les combats avec les Pokémon sauvages, ici on ne peut que les attraper façon Go.

L’avantage est que, du coup, on les voit quand on se balade. J’ai donc pu éviter les créatures sauvages quand je me baladais dans les hautes herbes. C’était un des trucs qui faisait certes le charme des premiers, mais que je ne supportais plus in fine : ne pas pouvoir faire trois pas sans tomber sur un Roucool niveau 12. L’exaspération du joueur de 9 ans est toujours la même que celle de celui de 24 — chez moi en tout cas.

Allez hop, on esquive les Roucools. (© Nintendo)

Et les conséquences sont intéressantes en termes d’expérience : je me suis retrouvé à éviter quasiment toutes les créatures sauvages parce que… flemme. Mon quotidien ? Me balader, attraper ce qu’il fallait pour mon Pokédex (parce qu’une partie n’est pas finie tant que tu n’as pas tout complété, les vrais savent), et avancer dans l’histoire comme je pouvais. Sauf que, du coup, pour la toute première fois depuis que je pratiquais Pokémon (j’ai fini un jeu par génération au minimum), je me suis retrouvé en difficulté, face à des dresseurs possédant des équipes plus fortes.

Logique, en soi. D’habitude, je profite de l’omniprésence de ces salauds de Pokémon sauvages pour combattre, combattre, combattre et encore combattre pour gagner beaucoup d’EXP. La plupart du temps, je me retrouvais à affronter des dresseurs faciles à gérer, avec toujours des équipes bien en deçà de la mienne, même vers la fin du jeu.

Ici, Pokémon Let’s Go part du principe que tu vas farmer autant que sur les autres volets, que tu vas affronter un paquet de Pokémon sauvages comme avant. D’ailleurs, t’as tout intérêt à le faire. Le jeu te pousse à les affronter. La quantité d’EXP que tu gagnes est costaude, et tu peux choper des petites surprises bien sympathiques. Sauf que, flemme oblige, et mon quota d’EXP ne venant que des combats obligatoires, je n’en accumulais pas tant que ça par rapport au joueur lambda. Pas plus mal au final.

J’ai eu du challenge, des difficultés. Mon équipe a été HS plusieurs fois, et j’ai dû mettre au point des stratégies, acheter un paquet de CT, hyperpotions, poncer les bonbons pour améliorer les stats de mes compagnons afin d’espérer gagner quelques badges.

Et cela rend l’ensemble bien plus excitant et moins lassant que d’habitude. Je me suis retrouvé à passer plus de 45 minutes à juste finir l’arène de Parmanie. Et au lieu de "ragequit" comme je pensais le faire, je me suis pris à mieux réfléchir à mes combats.

Et tu peux aussi rider certains de tes compagnons. (© Nintendo)

D’autant plus qu’à côté de ça, l’IA est devenue bien plus intelligente. Les dresseurs savent ENFIN exploiter le système de faiblesse/résistance comme n’importe quel joueur, et même anticiper ce que tu vas faire. Ce qui est d’ailleurs parfois un peu trop compliqué. Mais on ne va pas s’en plaindre, pour une fois que le jeu nous prend au sérieux.

Car ce qui déçoit le plus au final, c’est que ce jeu atteint le paroxysme de ce que les titres de la saga souffrent depuis 5/6 ans : une infantilisation sévère. Alors je sais, ce n’est pas nouveau. Cela fait déjà plusieurs fois que je constate la chose, et je la comprends. Nintendo a déjà une solide fanbase, il faut réussir à toucher des nouveaux joueurs, donc les plus jeunes.

Mais devoir caresser son Evoli, le fait de l’habiller comme moi, les typos fluo, les dialogues, le fait que Blue ne soit plus vraiment un ennemi ou encore le fait que le multi EXP soit dispo depuis le début sont des trucs qui agacent plus qu’autre chose l’habitué, le fan.

Heureusement, la douce saveur de ma madeleine de Proust préférée a subsisté. Et rien que pour ça, ça vaut le coup.

Résultats : B+

Ce qui est cool : Pouvoir se refaire son équipe type d’il y a presque 20 ans, à savoir Mackogneur/Dracolosse/Leviator/Dracaufeu/Alakazam/Empiflor ; arpenter un Kanto plus beau que jamais ; des tentatives de nouveautés qui dépoussièrent un peu le schmilblick et font parfois du bien, comme voir les Pokémon sauvages ; plus difficile sans le vouloir.

Ce qui est moins cool : Trop de rattachements à Pokémon Go ; un peu trop infantilisant.

Par Arthur Cios, publié le 16/11/2018