Par Pierre Bazin

Comme un air de Black Mirror.

À la tête de WeChat, le réseau social le plus utilisé en Chine, de l’entreprise leader de jeux vidéo Riot Games (League of Legends) et propriétaire à 40 % d’Epic Games (Fortnite), le géant chinois Tencent, malgré son poids, n’échappe pas à la législation en vigueur au sein de l’Empire du Milieu.

Accusés d’être à l’origine du nombre croissant des addictions et, par extension, de l’augmentation de la myopie chez les jeunes, qualifiés même de poison par les autorités chinoises, les jeux vidéo font depuis un moment l’objet d’une étroite surveillance. Face à la pression du gouvernement l’été dernier, Tencent vient d’instaurer un système de contrôle pour limiter le temps de jeu de ses utilisateurs.

La mesure ne concerne pour l’instant que dix de ses jeux sur mobiles, dont Honor of Kings (Arena of Valor dans nos contrées occidentales), le plus populaire du pays, mais s’étendra à toutes ses licences en 2019.

Dis-moi quel joueur tu es, je te dirais combien de temps tu peux jouer

Différentes idées avaient été proposées au gouvernement par Tencent, comme la reconnaissance faciale pour déterminer l’âge ou la mise en place d’une sorte de contrat pour échanger des heures de jeu contre des bonnes notes scolaires (19/20 minimum pour finir Red Dead Rédemption). C’est finalement une "simple" vérification d’identité qui a été retenue.

En pratique, les utilisateurs doivent donc désormais s’identifier à l’aide de leur carte d’identité pour accéder à leur jeu préféré. En fonction de leur âge, Tencent leur impose une limite de temps : une heure pour les joueurs de 12 ans et moins, avec l’impossibilité de jouer après 21 heures, et deux heures pour ceux de 13 à 18 ans. Leurs données seront, en outre, communiquées à la police.

Sans pouvoir maîtriser les éventuels détournements (trafic de fausses pièces d’identité, emprunt de téléphones appartenant à des adultes, etc.), le géant Tencent se plie donc, lui aussi, au jeu de la surveillance. Cette même surveillance qui lui a fait perdre 1,5 milliard de dollars depuis mars dernier, quand les autorités chinoises ont suspendu la sortie de ses nouvelles licences.