Test : Super Smash Bros. Ultimate, l’accomplissement de la Switch qu’on attendait

Super Smash Bros. Ultimate pourrait bien être l’aboutissement d’une franchise mythique, si ce n’est celui de la Switch elle-même.

Totalité des personnages du jeu Super Smash Bros : Ultimate, se tenant au bord d'une falaise.

(© Nintendo)

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"Tu connais pas Smash Bros. ? C’est un jeu de baston de ouf où t’as les persos de tous les jeux qui se tapent dessus !

- J’aime pas les jeux de combat, j’comprends rien, y’a qui dedans ?

- Bah Pikachu, Link, Mario, "Bouwser", tout ça quoi. T’as même des mecs avec des grandes épées, des renards avec des blasters, c’est taré !"

Ces quelques mots, issus d’une discussion avec un ami dans la cour d’école en 2004, ont définitivement changé ma jeune vie de gamer en culottes courtes. Le gamin que j’étais ne connaissait que des Age of Empires sur Windows 98, quelques FPS et les Legend of Zelda, jamais je ne me serais imaginé me passionner un jour pour un jeu de baston. Que j’avais tort, les souvenirs de crampes au doigt et de manettes GameCube défoncées sont là pour en témoigner.

Mais Smash, outre ses règles originales, a une saveur bien différente des jeux de baston classiques, il est le Mario Kart des jeux de combat, celui qui passionne aussi bien les néophytes que les acharnés du joystick, celui que même ta maman trouvait acceptable parce qu’elle a reconnu ce bon vieux Mario, celui qui a réuni mes meilleurs amis et moi pour s’enchaîner des combos des heures durant. Il est l’ultime jeu de combat.

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La série Super Smash Bros. ce n’est pas juste mettre des dizaines de personnages Nintendo (et quelques guest) dans une arène pour les voir se mettre des grandes baffes dans la joie et l’amusement, c’est un véritable musée vidéoludique. Avec ses milliers de références, de personnages jouables ou non, ses musiques et ses dizaines de terrains, la franchise Super Smash Bros. est devenue une référence d’archives et Super Smash Bros. Ultimate compte bien incarner à lui seul la Grande Bibliothèque du jeu nippon.

Le vertige des possibilités

Comme à peu près tout le monde, les premiers arguments qui m’ont convaincu de jouer à Smash venaient de la variété de leur "roster", soit l’ensemble des combattants pouvant être incarnés sur le terrain. De ce côté-là, je remercie le créateur de la franchise : Masahiro Sakurai car pour le cinquième épisode Super Smash Bros. Ultimate (SSBU), ce sont TOUS les personnages apparus depuis l’originel Super Smash Bros. de 1999 (sur N64) qui sont désormais jouables. On y retrouve tout le monde pour un choix gargantuesque de 74 personnages. Plus de déception vis-à-vis d’un Snake ou des Ice Climbers disparus depuis Super Smash Bros. Brawl (2008 sur Wii), aucun ne manque à l’appel.

écran de sélection du personnage de Super Smash Bros : Ultimate

74 personnages, ça ne rigole pas.

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Du côté des nouveaux, toujours pas de Waluigi malheureusement, mais c’est tout de même 11 personnages qui rejoignent la liste parmi lesquels Simon Belmont de Castlevania, le dragon Ridley de Metroid ou King K. Rool, l’antagoniste de Donkey Kong. Petite ombre au tableau : il est tout de même annoncé que 5 personnages seront disponibles en DLC et lancés au compte-gouttes sur les deux prochaines années à 6 euros le personnage…

Si tous les persos sont là, tous les styles y sont également, mais entre les règles personnalisables à 100 %, les objets et les terrains, tout le monde s’y retrouve. Statistiquement, il était impossible qu’un de mes proches ne reconnaisse pas au moins un des personnages, une des 800 musiques ou même un décor parmi la centaine de terrains proposés. Cette capacité à faire écho à un souvenir de chacun, c’est la force de Smash Bros : elle ouvre les portes du jeu vidéo à tout le monde.

Un gameplay magnifié pour profanes et élites

Ma première session se déroula Day One au soir, en compagnie du meilleur public test : un pote aussi acharné de Smash que moi et deux néophytes dont les principales expériences vidéoludiques se résumaient à Mario Kart, Fifa et aux Sims – des "casus" vous entends-je marmonner à raison.

Alors, qu’en est-il du combat en lui-même ? Ce qui est incroyable avec Smash, c’est de se rendre compte que même mes ami·e·s, complètement débutant·e·s dans ce genre, se prennent au jeu, hurlent aux coups sournois et demandent leur revanche à peine le tableau final des scores affiché. La simplicité des attaques et la facilité des mouvements ont rendu le jeu accessible et tout à fait unique, comparé à un Street Fighter exigeant ou un Mortal Kombat brouillon. Rajoutez la possibilité de jouer jusqu’à 8 joueurs et en équipe, agrémentez de quelques bières ou chocolats chauds et vous avez là un bien meilleur party game que Mario Party lui-même.

Image du jeu

Moi face à ma coloc qui confond ses boutons.

Une fois passées les dizaines de parties "fun", il fut temps pour mon ami de longue de date et moi, rivaux depuis la GameCube de passer aux choses sérieuses : duel en 3 vies, temps illimité, stages sans aléas ni objets. Lorsqu’on est un vrai habitué de Smash, il ressort une chose de cet Ultimate : les combats sont extrêmement nerveux, les plus rapides depuis l’épisode Melee de 2001. Tout va enfin plus vite, les personnages lourds s’en sortent d’ailleurs bien mieux, Ganondorf arrête d’être un bovin inutile et j’annonce : King K. Rool top-tier direct.

Si SSBU reste accessible, il est aussi bien plus exigeant à haut niveau et les vétérans devront revoir radicalement certaines de leurs habitudes, surtout avec la variété de styles que les 74 personnages offrent. Rassurez-vous, la plupart des combattants conservent leurs habitudes et pour les nouveautés, elles font toutes écho à des attaques des jeux dont sont tirés les personnages, un régal pour la curiosité et la nostalgie. Dans tous les cas, les combos s’enchaînent et les saisies sont viscérales. Jamais le plaisir d’envoyer valser son pote n’a été aussi jouissif qu’aujourd’hui.

Toutefois, c’est en voulant se frotter à plus fort que j’ai eu une grosse déception : les combats Online sont complètement à la ramasse. Forte connexion ou pas, vous essuierez ralentissements, "freezes" et déconnexions, sans compter que le système de recherche de combat est lui-même triste de par sa rigidité et son archaïsme. Pour lancer en beauté son nouveau Nintendo Online, c’est un énorme faux pas de la part de l’éditeur nippon.

Un contenu dense pour solo passionné

Si Super Smash Bros. Ultimate se démarque aussi de la concurrence dans les jeux de baston, c’est grâce au contenu solo qu’il propose. Dans SSBU, peu importe le mode choisi, chaque phase est un grand hommage à un jeu ou une franchise. Du côté du "Classique", on retrouve des mécaniques grandement améliorées avec un parcours unique par personnage reprenant de manière plus ou moins subtile (et en musique) les jeux originaux dont ils sont tirés. Avec un boss final à affronter au terme de 8 niveaux de plus en plus durs, j’en ai réellement bavé devant Dracula ou la bête Ganon mais ce fut un plaisir efficace et rapide, ce "Classique" remplit toutes les attentes.

Cependant le vrai contenu se trouve dans la "Lueur du Monde", la grande aventure solo qui vous fera combattre des ennemis tous plus originaux les uns que les autres. La comparaison avec "l’Émissaire Subspatial" de Super Smash Bros. Brawl m’est forcément venue à l’esprit mais force est de constater que cette aventure inédite en diffère en tout point. Ici vous n’aurez pas de niveaux plateformes (peu dommageable, franchement), mais vous parcourez une GIGANTESQUE carte aux mille recoins et puzzles tout en affrontant des boss et principalement ces fameux "esprits".

Les esprits sont une des grosses nouveautés de Ultimate, et pour cause il y en a plus de 1 000. Chacun est une référence à un personnage ou objet d’un jeu plus ou moins connu et remplace aussi bien les "autocollants" de Smash 4 que les classiques "trophées". Ces esprits sont de véritables créatures bonus à attacher à vos personnages pour surmonter (ou vous amuser). Dans les niveaux de la Lueur du Monde, vous pourrez les améliorer et même en faire évoluer certains, mais avant il vous faudra les vaincre. Tout le génie de ce mode vient en réalité de ces "customisations" extrêmes des 74 combattants avec skins, bonus, attaques, objets ou éléments de terrain pour créer une imitation (plus ou moins réussie) d’une énième référence que les développeurs ne pouvaient réellement intégrer au jeu.

Metal Gear Zeke, de la série de jeu Metal Gear Solid

Prenez ROB un objet de canon, un skin gris-bleu et vous avez un Metal Gear.

Vous ne vous ennuierez pas dans cette Lueur du Monde, et vous en baverez aussi, car il est loin d’être simple même pour un profane. Si les débuts vous paraissent un peu flous, vous prendrez vite le coup à arpenter pendant une trentaine d’heures le monde et les divers combats qui s’offrent à vous – tout en prenant soin de votre petit chenil d’esprits. On regrettera juste que l’histoire soit finalement un peu en arrière-plan, ne proposant d’ailleurs que très peu de cinématiques pour contenter notre fan-service naturel.

Résultats : A

Super Smash Bros. Ultimate porte bien son nom, plus que l’aboutissement de toute une franchise, il incarne l’héritage de Nintendo et la forme finale du jeu Switch par excellence. Il est tout aussi bien un party game pour rigoler entre potes qu’un jeu arcade solo pour transpirer des doigts des heures durant. Mais surtout il a su enfin sublimer son gameplay nerveux et jouissif pour donner l’expérience la plus agréable qui soit aux néophytes comme aux vétérans hardcore que nous sommes.

Ce qui est cool :

  • Le gameplay enfin nerveux et jouissif, un bonheur pour les afficionados…
  • … mais pour autant très accessible aux débutants.
  • Une incommensurable richesse de références (persos, objets, stages, esprits, musiques…) qui en font un musée hommage au jeu vidéo.
  • Graphiquement et techniquement au top, que ce soit en Switch portable ou avec adaptateur et manettes GameCube.
  • Un "Lueur du Monde" gargantuesque pour une durée de vie solo folle (sans compter le Classique).
  • Une personnalisation totale des combats, sans autre limite que l’imagination.

Ce qui est moins cool :

  • L’absence de "trophées" (et descriptions) mal comblée par les "esprits" qui ont moins cette sensation de collection.
  • La faible scénarisation de l’aventure solo, bien en dessous de l’Émissaire du troisième opus.
  • Pas de Target Mode (cibles) ou de Home Run Contest (sac de sable).
  • Le jeu en ligne complètement à la ramasse, qu’on espère voir s’améliorer avec les patchs.

Par Pierre Bazin, publié le 12/12/2018

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