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Test : Resident Evil 2, un bon remake malgré de solides clichés

Le remake, nouvelle recette gagnante du jeu vidéo ?

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Reboot, remake, remaster : depuis quelques années, nos consoles et PC nous donnent une sérieuse impression de déjà-vu. Entre les classiques de notre enfance (Crash ou Spyro) revisités dans des full HD quelque peu paresseux, et les annonces à répétition d’une version toute-belle-toute-neuve d’un jeu sorti il y a seulement 6 ans, on finit par se demander si c’est réellement dans les vieilles jaquettes qu’on fait les meilleurs jeux.

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Resident Evil n’aura pas échappé à la folie du reboot. Après un Resident Evil 7 (2017) qui avait réintégré le survival horror dans la franchise, Capcom a continué sur sa lancée, laissant de côté le genre du shooter d’action, qui commençait à s’épuiser un peu sur les derniers titres.

Cette fois, l’éditeur a joué la carte de la nostalgie pour nous inciter à découvrir le reboot de Resident Evil 2 – un titre probablement aussi connu que l’original sorti en 1998 –, qui nous introduit aux personnages de Claire Redfield (sœur de Chris, héros du premier) et du policier Leon Kennedy.

Alors, vingt ans après, la recette de l’effroi fonctionne-t-elle toujours autant ? Une chose est sûre, le titre est loin d’être un simple calque sur lequel on aurait ajouté un filtre HD et 30 FPS de plus. Non, Resident Evil 2 est un véritable remake, avec une réelle plus-value.

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L’esthétique au service de la flippe

À peine lancé, Resident Evil 2 offre une première surprise visuelle : le travail du moteur graphique RE Engine, originellement utilisé pour RE7 (et pour le prochain Devil Mac Cry 5), fait preuve d’un travail exemplaire.

En plus des nombreuses améliorations apportées, particulièrement sur la gestion de la physique, l’ambiance sombre et oppressante est magnifiquement retranscrite. La gestion des lumières et des ombres est, elle, extrêmement organique, rajoutant une touche de réalisme et de tension plus que bienvenue pour ce jeu.

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Du côté de la modélisation des personnages, en revanche, on regrette cet aspect parfois "luisant" des textures de peau des personnages. Un défaut qui ne choquera pas les habitués des jeux Capcom, mais qui fera tiquer les autres – notamment quelques animations faciales pas toujours synchronisées avec le doublage (français, anglais ou japonais).

Cependant, c’est en arrivant au commissariat de Raccoon City que l’on découvre la véritable réussite artistique de Resident Evil 2 : ses décors. Le bâtiment qui occupe une grande partie de l’intrigue est superbement retranscrit et rend hommage au titre originel de 1998 tout en y ajoutant une vraie patte artistique. De quoi se plonger un peu plus dans l’ambiance du survival horror.

Si la décoration des salles reste sobre, les petits détails disséminés raviront les fans de la première heure de la franchise. Dommage, cependant, que les décors des deux zones suivantes (égouts et laboratoire) soient nettement moins inspirés, même s’ils restent réussis en termes de graphisme.

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Combat rigide pour émotions solides

Que celles et ceux qui n’ont jamais joué à la vieille formule de Resident Evil soient prévenu·e·s : ce reboot ne se joue pas comme n’importe quel TPS (jeu de tir à la troisième personne). Fort heureusement, les mécaniques du jeu de 1998 ont été entièrement restructurées. Fini la caméra quasi-fixe et l’interface peu pratique donc, désormais, vous profiterez d’une bonne vision… devant vous.

C’est bien là la force de Resident Evil 2 : ce ne sont pas les quelques jump scares scriptés qui sont les plus effrayants, mais plutôt tout ce qui ne se voit pas. En clair, vous allez avancer à tâtons dans les couloirs sombres du commissariat et dans les égouts, où errent des zombies quelque peu affamés…

À ce titre, ne prenez pas vos futurs ennemis à la légère, même s’il s’agit d’un zombie basique. On comprend vite que la franchise Resident Evil a tiré un trait, du moins temporairement, sur les grosses phases de gunfight, préférant une défense beaucoup plus organique face à de solides morts-vivants.

Ceux qui ne sont pas habitués trouveront peut-être que les combats ont parfois un aspect rigide (et donc frustrant), et que les enchaînements entre les différentes armes et mécaniques ne sont pas toujours fluides. On aurait d’ailleurs apprécié une meilleure remise à jour de ce côté-là, pour offrir des combats un chouïa plus dynamiques, et surtout une meilleure gestion du corps-à-corps, ici quasiment inexistant.

Malgré cela, la difficulté est au rendez-vous : mouvements aléatoires des zombies ou encore ennemis effrayants tels que l’invincible Mr X, rien ne vous sera épargné. Et c’est la peur au ventre que vous aborderez aussi bien les évènements scriptés que ceux – peut-être les plus terrifiants – où il ne se passe pas grand-chose. Du moins, en apparence…

Une intrigue déterrée d’un vieux cimetière hollywoodien

Cependant, Resident Evil 2 n’est pas exempt de défauts, loin de là. En cause, son scénario qui concentre un grand nombre de clichés absolument édifiants. Si l’histoire n’est pas toujours au premier plan dans un jeu vidéo, elle reste quand même très importante lorsqu’il s’agit d’un titre aussi linéaire que Resident Evil.

Aux deux arcs narratifs du jeu, celui de Claire Redfield et celui de Leon Kennedy, il faut ajouter respectivement deux scénarios "bis". Malheureusement, ces 4 aventures offrent très peu de variations et aucune d’elle ne surprend véritablement, une fois un premier arc fini en 7-8 heures.

C'est bien simple, si vous avez vu 3 films classiques de zombies ces 10 dernières années, vous connaissez déjà la fin. De fait, dès que vous quittez le commissariat, l’intrigue se délite et les surprises se font de plus en plus rares.

Et ce n’est pas le seul problème : les personnages sont lisses, les jeux d’acteurs sont plats (sauf peut-être dans la version doublée en japonais, un peu plus inspirée) et l’histoire est terriblement banale. Tout est prévisible, si bien qu’il est difficile de s’attacher émotionnellement aux personnages que l’on incarne ou défend.

Le level design est, lui, d’un classicisme effarant, les énigmes sont bien trop simples et les différents enchaînements dans le niveau sentent le rance. En plus d’un scénario cliché, Resident Evil 2 est aussi par moments un jeu vidéo stéréotypé, bien loin de son ambition de vous faire oublier vos manettes pour vous plonger dans un monde d’effroi.

Les différents "indices" de gameplay, comme la présence de munitions et de soins en grande quantité, finissent par gâcher l’anticipation des péripéties à venir (comme un boss). Et c’est seulement une fois descendu dans les égouts que la magie de la partie dans le commissariat laisse place à un classique jeu en TPS.

Résultats : C+

Ce qui est cool :

  • Direction artistique au top, parfaite retranscription de Raccoon City
  • Effrayant, stressant, oppressant
  • Un gameplay bien amélioré, plus instinctif avec un niveau de difficulté à la hauteur
  • Un contenu décuplé par rapport à l’original (deux scénarios en plus des "bis", pour une vingtaine d’heures de contenu)

Ce qui est moins cool :

  • Le jeu d’acteur et la modélisation des animations faciales en deçà des attentes
  • Un scénario qui rassemble tous les clichés du genre avec un dénouement ridicule à la clef
  • Un jeu vidéo qui ne donne pas lieu à une véritable l’immersion, certaines progressions étant mécaniques au possible
  • Les quatre aventures sont finalement assez similaires
  • Le côté "nanar" prend parfois le pas sur l’effroi, et verse dans la facilité du gore

Par Pierre Bazin, publié le 13/02/2019

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