Réservez vos places : la Nasa va envoyer des touristes dans l'espace dès 2020

Pour se désengager de la station et financer ses ambitions lunaires, l'agence va autoriser deux missions privées par an.

Le tourisme de l’espace (ou, du moins, de l’orbite terrestre), c’est pour très bientôt. Le 7 juin, la Nasa a annoncé qu’elle s’apprêtait à ouvrir la Station spatiale internationale (ISS) à des séjours touristiques et "aux opportunités commerciales". Les premiers "astronautes privés" pourront embarquer dès 2020, a précisé l’agence lors d’une conférence de presse, le temps de deux courtes missions par an. Soit une douzaine de touristes chaque année, précise l’AFP.

Le transport sera assuré par SpaceX et Boeing, les deux seules entreprises privées qui développent des capsules habitables (Crew Dragon pour SpaceX, Starliner pour Boeing). Coût estimé du trajet : 58 millions de dollars aller-retour (c’est toujours bien de préciser), pour un séjour limité à 30 jours. Soit "environ 35 000 dollars [31 000 euros] la nuit par astronaute", selon le directeur financier de l’agence, Jeff DeWit.

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Outre les coûts de transport et d’hébergement, les riches touristes de l’orbite basse devront mettre la main à la poche pour subvenir à leurs besoins à 400 kilomètres d’altitude. Et tout coûte très, très cher. Selon une liste de prix (par jour et par personne) publiée le 31 mai par l’agence spatiale américaine, les toilettes et le kit de premiers soins à bord coûtent 11 250 dollars ; la nourriture, l’air et le matériel d’exercice physique coûtent 22 500 dollars, le gigaoctet de données est à 50 dollars et l’évacuation des déchets coûte 3 000 dollars par kilo. En 2001, le premier touriste spatial, Dennis Tito, avait payé environ 20 millions de dollars à la Russie pour pouvoir voir la Terre depuis l’orbite. Depuis, sept autres particuliers ont eu cette chance. L’un d’entre eux, Charles Simonyi, a même séjourné deux fois dans l’ISS.

Cinq ans pour se désengager financièrement

Outre l’envoi de milliardaires en apesanteur, l’ouverture commerciale de l’ISS signifie également que des entreprises privées pourront payer la Nasa pour squatter les laboratoires de la station orbitale. Pour être validées, les missions commerciales devront inclure des expériences en microgravité, être liées aux programmes de recherche de la Nasa ou œuvrer au développement de l’économie de l’orbite terrestre.

De son côté, la Nasa allouera 5 % de ses capacités de fret et d’équipage, soit 90 heures de travail et 175 kilos de matériel, à ces missions. Comme le rappelle l’agence, près de 50 entreprises travaillent déjà sur l’ISS via l’ISS U.S. National Laboratory, et la station possède 14 installations commerciales. En ouvrant encore plus ses portes aux industriels, l’agence entend mettre en place un écosystème d’innovation technologique solide dont elle profitera pour ses projets lunaires et martiens.

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Cette ouverture au secteur privé, tant du côté de la recherche scientifique que du tourisme, est aussi une manière pour la Nasa d’accélérer son désengagement financier de la Station spatiale internationale, ce vieux colosse de métal de 400 tonnes et 109 mètres de long devenu un peu trop encombrant dans les budgets de l’agence. Chaque année, la station lui coûte entre 3 et 4 milliards de dollars, rappelle The Verge, sur un budget d’environ 20 milliards.

En 2018, les différents partenaires qui gèrent la station (le Japon, la Russie, l’Union européenne et le Canada) ont annoncé leur désengagement total pour 2024. L’objectif : se concentrer sur le prochain avant-poste d’exploration, baptisé Lunar Orbital Platform-Gateway (LOP-G) et qui sera placé en orbite autour de la Lune.

L’ISS devait initialement disparaître du budget de la Nasa en 2025, mais l’agence a réussi à gagner un délai supplémentaire. Historiquement opposée à la privatisation de son laboratoire de coopération internationale à 150 milliards de dollars, la Nasa n’a malheureusement plus le choix face à la pression budgétaire qui s’annonce autour de la mission lunaire Artemis. Il lui reste donc cinq ans pour trouver un repreneur, et elle tient à le faire savoir.

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Privatisation partielle 

Bien que la fin du projet de collaboration entre les différentes agences spatiales soit donc actée, la question de la mise hors service de la station demeure. À l’heure actuelle, le sort de l’ISS n’est toujours pas tranché, comme l’expliquait Futura Sciences l’année dernière : sera-t-elle transformée en complexe touristique spatial à la faveur de la baisse des coûts du transport orbital, en astroport, en laboratoire privé en microgravité ou en comète géante qui ira finir sa course au milieu du Pacifique ?

À en croire le plan en cinq parties publié par la Nasa et analysé par TechCrunch, l’idée serait de la privatiser partiellement, tout en laissant les agences spatiales aux commandes pour les manœuvres orbitales. À ce titre, la partie avant du module Harmony est officiellement ouverte à la location, a indiqué l’agence, qui lancera un appel d’offres le 14 juin. Sur le long terme, d’autres parties devraient à leur tour être ouvertes aux entreprises, en particulier aux industries spatiale et médicale.

Alors que le président Trump a les yeux tournés vers la Lune et Mars (en fonction des semaines, ça peut varier) et que les coûts des nouveaux programmes s’annoncent déjà exorbitants, la Nasa multiplie donc les efforts pour transformer l’ISS en source de revenus et table sur une accélération de l’activité économique en orbite, grâce à de nouvelles entreprises comme Bigelow Aerospace.

Roscosmos, l’agence spatiale russe, a aussi prévu d’envoyer deux touristes sur l’ISS d’ici 2021, en collaboration avec Space Adventures, avant de se désengager en 2025. Dans les années qui viennent, nous assisterons donc probablement à la privatisation progressive du fleuron de la coopération scientifique internationale au XXe siècle. Enfin bon, Mars vaut bien un crève-cœur.

Par Thibault Prévost, publié le 10/06/2019

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