© Tricount

featuredImage

Qui se cache derrière Tricount, l’appli qui sauve tant de couples et d’amis ?

Ils ne sont que six, en Belgique, et veulent conquérir le monde.

© Tricount

En 2011, deux amis qui vivent en colocation, Guillebert et Jonathan, créent une feuille de calculs Excel promise à un destin exceptionnel. Chacun y rentre ses dépenses et on sait automatiquement combien l’un doit à l’autre. À deux, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Mais dès lors que l’on rajoute des participants, on s’évite autant de calculs que d’embarras.

Le fichier Excel a tellement de succès hors de la coloc qu’il est impensable de ne pas en faire quelque chose. En 2011, les deux amis, l’un ingénieur en informatique, l’autre en mécanique, transmuent l’Excel en Tricount. Énorme succès. L’appli, extrêmement simple d’utilisation, sauve des amitiés, des couples, des colocs et des enterrements de vie de jeune fille ou de jeune garçon.

Début 2018, 2 millions de personnes dans le monde utilisaient Tricount, traduite en neuf langues et présente dans 180 pays. L’entreprise ne dépense pas un euro en marketing, le bouche-à-oreille des rescapé·e·s des comptes suffit amplement.

Les deux cofondateurs © Tricount

Des utilisateurs, il pourrait y en avoir beaucoup plus. "Il y a un marché potentiel de cent millions d’utilisateurs", nous dit l’actuel CEO de l’entreprise, Michael Renous, 51 ans. Serial entrepreneur qui a passé cinq ans dans la célèbre société de conseil McKinsey, il est allé lui-même démarcher les deux cofondateurs pour proposer ses services. Ils discutent quelques mois puis il prend les rênes qu’il tient depuis un an. Les deux cofondateurs sont encore là : l’un est directeur technique, l’autre est développeur. En tout, ils ne sont que six, basés à Bruxelles. Ce qui fait de Tricount l’appli belge la plus téléchargée au monde.

Malgré cette micro masse salariale, Tricount n’est pas encore rentable et vivote de publicité, d’une offre freemium (pour 3,99 € par an, on peut supprimer les pubs), de partenariats comme celui développé avec Lyf Pay, pour rembourser ses amis directement dans l’appli et de quelques deniers publics. Jusqu’à ce jour, il n’y a eu qu’une seule levée de fonds de 500 000 euros en 2015.

L’absence de profits n’inquiète pas le dirigeant. C’est le lot de beaucoup de start-up de conquérir des utilisateurs avant de songer aux bénéfices. Ça tombe bien : il y a encore plein de personnes à "éduquer" hors des territoires déjà conquis (Europe, Canada et Amérique du Sud dans une moindre de mesure), autant de malheureux qui se prennent encore la tête avec une feuille et un stylo.

En France, d’autres acteurs, moins populaires, grignotent des parts de la niche comme Splid, Abcba ou Pumpkin, une appli qui permet, au départ, de faire des remboursements et qui s’est ensuite mise aux comptes. À l’international en revanche, un concurrent bien plus costaud, l’américain Splitwise (5 millions de téléchargements sur Android), avec une équipe de huit personnes.

Dans les stores, les commentaires et les notes sur Tricount sont dithyrambiques. Android Market : 4,7/5 (15 000 votants). Apple Store : 4,8/5 (15 000 votants également). L’équipe suit les feedbacks à la loupe, répond aux mécontents et écoute les suggestions d’amélioration ou de fonctionnalités. Comme celle-ci, implantée en décembre 2018, permettant d’associer des photos à ses dépenses (photos qui n’ont souvent rien à voir avec la dépense en question). Ce qui nous vaut cette phrase très philosophique du dirigeant : "Tricount devient la mémoire d’un moment".

Deux récents utilisateurs manifestement très satisfaits sur l’Android Market

Tricount refuse de nous livrer des détails concrets sur son avenir, tant sur le plan de la monétisation que sur la stratégie de conquête des dizaines de millions d’inéduqués. On apprendra seulement que des petites fonctionnalités seront bientôt implémentées, comme la possibilité de gérer plusieurs devises (réclamée par les utilisateurs) ou la possibilité d’inviter plus facilement des amis sur la feuille de dépenses. Mais nous aurons le droit à quelques considérations futurologiques : la disparition du cash, l’intelligence artificielle ou encore la blockchain sont attendues et/ou observées à la loupe par l’équipe.

Par Pierre Schneidermann, publié le 28/02/2019