crédit: Alias

Projet Alias permet d’empêcher vos enceintes connectées de vous écouter

Malgré une silhouette de plastique plutôt étrange, Projet Alias permet d’empêcher Google Home et Amazon Alexa de vous écouter… et de changer leur nom.

Bjørn Karmann et Tore Knudsen ont une drôle de conception de l’élégance, surtout pour des designers. Le machin-chose de plastique qui sert de coque à leur joujou, nommé Projet Alias, ressemble peu ou prou au glaçage raté d’un cupcake – un effet encore accentué lorsque l’engin est placé là où il doit l’être, soit au sommet d’un Google Home ou d’un Amazon Alexa. Il paraît que c’est prémédité, disent-ils à Fast Company. Il paraît que l’idée était d’imiter le concept de ce champignon des jungles tropicales qui infecte de larges insectes, les transforme en zombie et les conduit docilement jusqu’à un endroit parfait pour mourir et relâcher de nouvelles spores, généralement au sommet de la canopée. Il paraît – les designers sont d’étranges spécimens.

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L’analogie avec leur projet, cela dit, est parfaite : sous sa carapace de plastique, Projet Alias est exactement ça – un parasite, qui va gentiment prendre le contrôle de vos enceintes connectées. Plus précisément, Alias est capable de les rendre sourd quand vous n’en avez pas besoin, de les rallumer à la demande et, faites s’asseoir votre nerd intérieur, de vous laisser choisir la commande vocale qui déclenchera l’assistant – fini les bêtes "OK Google" et autres "Hey Alexa", place à "Jarvis", "Hal", et tout ce que votre cerveau peut débiter de références nerd. Vous vous inquiétez de savoir qui possède le code de l’appareil ? N’en jetez plus, la bête est entièrement open source.

Personnaliser l’interaction, protéger la vie privée

D’autre part, le fonctionnement de l’appareil est terriblement simple (le détail a son importance). Sous la coque imprimée en 3D, un mini-ordinateur Raspberry Pi, deux haut-parleurs, un micro. Lorsque vous activez Alias et le placez sur le micro de votre enceinte connectée, le petit appareil diffuse un bruit blanc pour rendre votre voix inaudible. Lorsque vous décidez d’une (ou plusieurs) commandes vocales, vous apprenez à Alias à les reconnaître par machine learning à stockage local – pas de cloud, pas de fuites de données. Le logiciel reconnaît votre mot, désactive le bruit blanc et murmure "OK Google" ou "hey Alexa", selon l’assistant, pour l’activer. Et c’est tout.

Selon ses concepteurs, Alias répond à deux problèmes liés à la généralisation des enceintes connectées dans las foyers occidentaux (ne mentez pas, vous connaissez tous quelqu’un qui s’en est fait offrir une à Noël). Le premier, c’est qu’Alias permet de personnaliser l’objet interactif pour avoir (un peu moins) l’impression de s’inféoder à un conglomérat de la tech en devant respectueusement prononcer son nom pour avoir l’honneur d’activer l’objet. Les marques devraient d’ailleurs le savoir : baptiser quelque chose, c’est l’anthropomorphiser, et par conséquent approfondir ses interactions avec. Tout le monde le fait avec son chien, certains avec leur voiture, d’autres avec leur téléphone portable, alors pourquoi pas avec leur IA ?

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L’autre problème auquel répond Alias, c’est évidemment celui de la vie privée. Même s’il est globalement admis qu’acheter une enceinte connectée revient à abandonner tout espoir de vie privée numérique sur le bord de la route, le minimum reste quand même de contrôler quand le micro est ouvert. Car ces enceintes écoutent en permanence ce que vous dites, ne serait-ce que pour détecter le moment où vous leur ordonnez de se déclencher. Ce qui se gâte, c’est qu’Amazon stocke certaines conversations sur des serveurs cloud et que oui, Google aussi écoute ce que vous dites et conserve vos requêtes – pas tout le temps, pas dans les proportions qu’on pourrait imaginer à la lecture de deux ou trois exemples particulièrement flippants, mais quand même.

Alias est donc, simplement dit, une super idée. Le problème, c’est que le projet n’est encore qu’un délire (réussi) de maker, et n’est donc pas commercialisable en l’état. Si vous traînez autour d’un fablab et que vous aimez faire mumuse avec un Raspberry Pi, vous avez tout ce qu’il faut pour construire votre propre champignon parasite anti-espionnage domestique.

 

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Par Thibault Prévost, publié le 16/01/2019