Microsoft s’offre à son tour un scandale lié à un contrat militaire

L'accord à 480 millions de dollars pour fournir 10 000 HoloLens à l'armée américaine n'a pas plu aux salariés de Microsoft.

(© Microsoft)

Après Google et ses projets Maven et Dragonfly, après Amazon et Rekognition, c’est au tour de Microsoft de subir la fronde de plusieurs employés pour dénoncer les accords passés avec l’armée des États-Unis. Le 22 février, une centaine de salariés de la firme se fendait d’une lettre ouverte sur Twitter, à l’attention du PDG Satya Nadella et de Brad Smith, président et chief legal officer, pour demander l’annulation du contrat IVAS et la publication de directives éthiques plus strictes.

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En cause : un appel d’offres de l’armée américaine (IVAS, pour Integrated Visual Augmentation Systems) gagné par Microsoft en novembre dernier, qui permettait à la firme de vendre 10 000 casques de réalité augmentée HoloLens au gouvernement américain en une seule fois, contre la somme rondelette de 489 millions de dollars.

L’objectif de l’armée : utiliser ces casques de réalité augmentée à l’entraînement mais aussi, et c’est une première, pour "augmenter les capacités létales" des soldats en leur fournissant plus d’informations sur leur environnement – augmenter leur perception du champ de bataille, par exemple, en transmettant le flux vidéo d’un drone directement dans leur HoloLens.

Pour les 100 employés de Microsoft signataires de la lettre, la pilule ne passe pas. "L’application de l’HoloLens dans le cadre de l’IVAS est conçue pour aider les gens à tuer. Il va être déployé sur le champ de bataille et fonctionne en transformant la guerre en 'jeu vidéo', ce qui distanciera encore les soldats des enjeux du combat et de la réalité d’un bain de sang", écrivent-ils.

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Un précédent en 2018

Non contents de demander à Microsoft d’annuler le contrat IVAS, les objecteurs de conscience souhaitent que l’entreprise mette fin à tous ses contrats militaires, appointe un comité d’éthique indépendant et publie un texte officiel pour expliquer clairement sa position vis-à-vis de l’utilisation militaire de ses technologies. Une telle charte éthique, arguent les employés signataires, existe pour l’utilisation de l’IA – le texte AETHER –, mais elle est encore trop opaque pour le personnel de Microsoft.

Reste maintenant à savoir comment Microsoft va réagir : comme Google, en craquant sous la pression et en abandonnant les contrats passés, ou comme Amazon, en restant inflexible au nom du "devoir patriotique" des entreprises américaines ? Le 26 février, lors d'une interview donnée à CNN Business, le PDG Satya Nadella a tranché : va pour la stratégie Amazon. "Nous avons pris une décision de principe, qui est de ne pas interdire l'accès à notre technologie à des institutions que nous avons élu démocratiquement pour protéger les libertés dont nous jouissons", a ainsi déclaré Nadella, en réponse à la grogne de ses employés.

La défense de la liberté des peuples semble une mission prioritaire pour Microsoft, qui le prouve aussi bien dans son pays que dans d'autres démocraties... comme la France, où la firme a renouvelé en 2017 son contrat (qualifié d'"open bar" par ses détracteurs) avec le ministère des Armées.

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En 2018, Microsoft avait également vu ses employés protester via une lettre ouverte contre un appel d’offres militaire, le gigantesque contrat d’hébergement via cloud JEDI, à plus de 10 milliards de dollars, au nom des mêmes principes éthiques de l’IA que ceux évoqués actuellement. Amazon et Google étaient également de la partie. Google s’est retiré. À l’heure où ces lignes sont écrites, Microsoft est toujours en course. Au nom de la liberté.

Hasard du calendrier, cette fronde interne tombe au même moment que la démonstration, au mobile World Congress de Barcelone, de la nouvelle version de l’HoloLens, qui semble donner un avantage significatif à Microsoft dans la course à la réalité augmentée commerciale. Visiblement, la firme de Redmond n’a aucunement l’intention de perdre un tel avantage technologique. Et tant pis pour les questionnements éthiques.

Par Thibault Prévost, publié le 26/02/2019

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