Les gamers ont-ils trouvé leur jeu fédérateur avec Anthem ?

La société BioWare s’était lancé le défi de vaincre le scepticisme d’une communauté très diverse.

Créer une toute nouvelle licence de jeu vidéo n’est jamais une mince affaire pour un studio. C’est pourtant le défi périlleux que s’est lancé BioWare avec Anthem, le blockbuster vidéoludique ("triple A") de ce début d’année.

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Electronic Arts, l’éditeur, a beaucoup misé sur ce titre, tout en laissant carte blanche à ce studio, dont le talent n’est plus à prouver entre la mythique série Mass Effect, les excellents Dragon Age ou encore le magnifique Star Wars : The Old Republic. Il aura fallu 5 ans de code et de sueur pour abattre la quantité faramineuse de travail que demandait la conception d’Anthem.

À l’occasion de la sortie du jeu, le 22 février prochain, Konbini a eu la chance de pouvoir tester longuement, lors de sessions inédites, le fameux Anthem, déjà attendu de pied ferme par une large communauté.

S’il était jusque-là difficile de se faire une idée de ce qu’allait donner le jeu dans son ensemble, les premières images ont très vite convoqué le malheureux Destiny 2 (qui n’a pas rencontré le succès escompté) dans l’esprit de la plupart des joueurs et journalistes du milieu du gaming. Ce qui n’est pas foncièrement un reproche puisque certains y voient l’opportunité de rattraper ce que Destiny n’a pas réussi à faire en 2017.

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Une exploration à 100 à l’heure

Parlons d’abord des réussites du jeu : Anthem est beau. Si, techniquement, les graphismes sont d’une qualité attendue à l’aube des années 2020, les environnements sont eux très inspirés. Et même si le choix des biomes n’a rien de franchement transcendant (jungle, désert, etc.), le décor qui défile n’est en rien répétitif. Un effort très apprécié, puisque l’on s’attarde peu sur les décors qui défilent à toute vitesse. De toute manière, on le sait, Anthem trouve avant tout son essence dans un des plus vieux rêves de l’humanité : voler.

Effectivement, vous allez souvent utiliser la capacité de voler grâce aux turboréacteurs de votre Javelin, les armures exosquelettes au centre du gameplay. La mécanique est parfaitement maîtrisée et le vol, extrêmement agréable, vous permet de parcourir la carte à des vitesses folles, de passer brièvement sous l’eau avant de remonter en flèche et de slalomer entre les canyons et les arbres.

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De ce côté-là, donc, promesse tenue : la sensation de déplacement aérien est agréable au possible (souris comme manette), et ce dernier permet toutes les cascades possibles, y compris dans les forteresses et caves qui pourraient paraître trop exiguës. On ne s’y cogne pas… tant que ça – il y a un petit coup à prendre tout de même.

Une petite ombre au tableau cependant : la maniabilité du déplacement dans les très rares phases de tunnels sous-marins, a par contre été désastreuse au moment du test, du fait d’une vitesse difficilement maîtrisable à ce moment-là.

Un gameplay jouissif pour amis "bourrins" assumés

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Anthem est un jeu plus agréable à jouer entre amis. En formant une équipe de 4, vous allez pouvoir dérouiller du gros monstre comme de la bleusaille avec votre Javelin préféré. Les phases de gameplay sont extrêmement bien menées en coopération, les Javelins ayant tous leur particularité : du tank Colossus au furtif Interceptor, en passant par le polyvalent Ranger et le psychédélique Storm. Les choix donnés pour les armures n’ont rien d’exceptionnel et on retrouve des schémas communs du jeu vidéo, mais dans le combat, ils s’avèrent être extrêmement bien équilibrés.

De plus, contrairement à Destiny, il vous sera possible de customiser en profondeur le gameplay de vos Javelins et même d’alterner, pour chaque mission, entre les quatre armures (et donc "classe"), ce qui vous permettra de renouveler votre expérience de jeu. Il y a bien un système de niveau mais rien ne vous coince dans un rôle, vous êtes libre de changer d’approche à tout moment.

Les différentes armes et pouvoirs s’enchaînent bien. Si les premières minutes sont un joyeux bazar pyrotechnique (visuellement magnifique, au passage), on comprend assez instinctivement les meilleurs combos à faire seul ou à plusieurs. Que ce soit pour attaquer, geler, brûler ou vous échapper, il vous faudra bien réfléchir aux différents passages, d’autant plus que le jeu intègre des niveaux de difficulté qui combleront absolument toutes les exigences des joueurs.

La force d’Anthem, c’est probablement de réussir à réunir des schémas que l’on retrouve déjà dans beaucoup de jeux mais en les fusionnant de manière subtile. Sans être incroyablement surpris à chaque phase de jeu, globalement, leurs mécaniques attisent beaucoup notre curiosité et nous incitent à aller toujours plus en avant. Et les mises en scène soignées nous régalent d’epicness et de basculements de rapports de force.

Nous n’avons vu qu’une infime partie de ce que le jeu a à offrir, mais on peut d’ores et déjà vous dire que la palette d’ennemis à affronter est assez variée. On espère quand même voir bien plus de ces grands monstres qui proposent chacun de superbes phases de combats, mais aussi des phases de réflexion en équipe, pour peu que vous ayez poussé la difficulté un cran plus loin. La coopération est en effet au cœur de ce jeu, sans être pour autant une simple expérience multi classique.

Un monde riche de références, entre solo et multi

La diégèse (ou "lore") d’Anthem était la belle surprise de cette preview. Sans être transcendante ni révolutionnaire, elle donne un contexte suffisamment convainquant pour adhérer à l’univers de cette franchise toute neuve.

Au final, les références aux "antiques civilisations" ne sonnent pas comme des redites mais comme de belles références culturelles (personnellement, à l’Arche de Borderlands). L’histoire et les personnages sont prenants et plein de suspense. Le lore est donc loin d’avoir été pris à la légère. Enfin, le doublage, y compris français, est plutôt réussi et les musiques ainsi que la direction artistique achèvent de sublimer cet univers plein de surprises.

Le danger d’un jeu partagé en coopération est de ne pas intéresser ses joueurs avec sa diégèse, mais ce n’est pas le cas d’Anthem. En multipliant les références de science-fiction et de fantasy, le jeu rend en réalité le monde environnant très accessible et attise même la curiosité.

Sa force réside probablement dans ce lien qui unit la partie solo au multi. En effet, dans Anthem, votre base "Fort Tarsis" est le centre névralgique de votre aventure solitaire. C’est là que vous pourrez créer votre histoire, choisir votre évolution et bien sûr customiser à l’extrême les magnifiques Javelins. Vous pourrez aussi gérer tout l’équipement et l’évolution de personnage nécessaires, et ce n’est qu’une fois sorti de la base que vous reprendrez le côté plus multijoueur du titre.

Ce côté-là peut faire d’ailleurs penser au système de Monster Hunter – en espérant que l’interface sera un peu plus flexible pour former des escouades avant de partir en mission.

Anthem n’est pas une réplique de Destiny, empruntant certes à sa forme, mais se démarquant particulièrement au niveau du gameplay. En associant solo et multi, coopération et exploration, sci-fi et fantasy, vol et combat à la troisième personne, le titre arrive à faire ces différents grands écarts avec peu de crampes à l’arrivée.

Bien entendu, l’expérience globale de la future communauté sera décisive pour se donner un avis définitif, mais pour le moment, on ne peut que se réjouir de voir que la patte BioWare (qu’on aime tant) sait s’exporter et prendre des risques.

Anthem est disponible en démo et sortira le 22 février sur PC, Xbox One et PS4.

Par Pierre Bazin, publié le 28/01/2019

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