Fortnite servirait de plateforme de blanchiment d’argent pour le crime organisé

Tandis que le jeu domine financièrement le marché, sa monnaie virtuelle cacherait de bien vilains secrets.

(© Epic Games)

Alors que Fortnite était déjà au cœur de nombreuses polémiques ces derniers temps – que ce soit le problème du copyright des mouvements de danse que le jeu utilise, ou encore les gros problèmes de sécurité sur les serveurs – une facette beaucoup plus sombre du jeu phénomène vient d’être dévoilée. En effet, une enquête de The Independent a mis un grand coup de projecteur sur des usages illicites du système des V-bucks, la monnaie virtuelle du jeu.

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Habituellement, les V-bucks sont utilisés comme n’importe quel moyen de microtransaction vidéoludique. Les joueurs achètent cette monnaie virtuelle avec leur vrai argent (un euro représente environ 100 V-bucks), puis l’utilisent pour acquérir différents emotes ou skins, afin de personnaliser leur avatar.

Mais lorsqu’un titre a plus de 120 millions de joueurs actifs (avec un bénéfice estimé à 3 milliards de dollars en 2018), sa monnaie virtuelle finit par attirer des "investisseurs" d’un autre genre : les criminels du dark Web, la face cachée d’Internet.

Ainsi, comme l’affirme la compagnie de cybersécurité Sixgill, ces criminels procèdent d’abord à des arnaques à la carte bancaire, puis introduisent l’argent extorqué dans le système de Fortnite. Une fois ces sommes transformées en V-bucks, les comptes contenant la monnaie virtuelle sont revendus à prix réduit sur le dark Web – ces reventes profitent même parfois d’une publicité sur nos réseaux sociaux habituels (Facebook, Instagram, Twitter, YouTube).

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En se faisant passer pour des "clients", des analystes de Sixgill ont découvert de nombreuses opérations menées en chinois, russe, espagnol, arabe et anglais dans le monde entier. Benjamin Preminger, analyste chez Sixgill, explique ainsi à The Independent :

"Les responsables de ces arnaques se moquent des faibles mesures de sécurité prises par Epic Games [l’éditeur de Fortnite, ndlr.], affirmant qu’ils ne sembleraient même pas être inquiets que les joueurs fraudent le système et achètent des V-bucks à prix réduit. […] Epic Games ne semble pas réprimer sérieusement les activités criminelles entourant Fortnite – le blanchiment d’argent ou autre."

Sans avoir de chiffres précis du montant que représenteraient ces blanchiments, Sixgill annonce néanmoins que les articles Fortnite auraient rapporté plus de 250 000 dollars sur eBay au cours d’une période de seulement 60 jours l’année dernière. Dans le même temps, une autre société de sécurité informatique, Zerofox, a mené une enquête séparée sur 53 000 escroqueries en ligne relatives à Fortnite, qui auraient toutes été commises de début septembre à début octobre.

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Vue la forte demande des joueurs pour les V-bucks, les escrocs n’ont pas de mal à vendre les leurs à prix réduit. Ils peuvent ainsi laver l’argent de leurs victimes en utilisant un circuit complètement légal. L’enquête a aussi mis en exergue des cas de transactions en cryptomonnaies, comme le bitcoin, car celles-ci sont difficiles à traquer. Ainsi, ces devises serviraient sur le dark Web à l’achat de nombreuses marchandises illégales, alimentant d’autres réseaux de crime organisé dans cette zone cachée d’Internet.

Fidèle à sa politique du "laisser-couler", Epic Games n’a pas souhaité faire le moindre commentaire, provoquant une fois de plus un agacement tout particulier chez de nombreux experts en cybersécurité, qui estiment que la société ne fait quasiment rien pour empêcher les activités illégales sur sa plateforme.

Par Pierre Bazin, publié le 21/01/2019