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États-Unis : s’injecter du sang de jeune ne sert à rien, rappelle l’autorité sanitaire

Le régulateur sanitaire (FDA) américain rappelle aux vieux riches que les transfusions de sang n'ont aucun effet anti-âge avéré.


Nous vivons dans un monde où la rencontre tant attendue de l’économie de marché, de la dérégulation et de l’innovation scientifique a permis l’explosion d’une multitude de services à mi-chemin entre la pseudoscience, l’exploitation et la vaste blague – l’exemple le plus spectaculaire restant celui de la faillite de Theranos, dont la machine magique promettait de réaliser des tests sanguins à des coûts faramineusement bas. Mais aux États-Unis, temple éternel du jeunisme et des injections de trucs pas tout à fait réglementaires, un nouveau business est en pleine croissance : l’injection de sang de jeune dans le corps de vieux, contre la promesse d’une revitalisation de l’organisme. Vous trouvez ça dérangeant ? Bienvenue au club. Mais après tout, qu’en dit la science ?

Eh ben justement, la science se tape la tête contre les murs. Plus précisément la Food and Drugs Administration (FDA), le régulateur sanitaire américain, qui a jugé bon de publier, le 19 février, un aimable rappel à sa population âgée en mal de cure de jouvence sanguine : en substance, vous êtes en train de vous faire avoir. Scott Gottlieb, responsable du département de biologie de la FDA, a ainsi déclaré que "dit simplement, nous sommes inquiets de voir certains patients exploités par des acteurs sans scrupule agitant des traitements de plasma de donneurs jeunes comme des remèdes."

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8 000 dollars le litre…

Selon les entreprises qui proposent ce service, explique Ars Technica, plusieurs doses de plasma de jeunes donneurs (le composant liquide du sang qui contient les cellules sanguines) permettraient de traiter différentes maladies dont Parkinson, la sclérose en plaques, Alzheimer, différents problèmes cardiaques, le stress post-traumatique, la démence et tout simplement la vieillesse, qui s’en verrait ainsi ralentie.

N’en jetez plus, la science a fait mieux que l’eau de Lourdes : une thérapie miracle garantie 100 % valide par des gens avec des blouses blanches. Où est-ce qu’on signe ? Chez une start-up nommée Ambrosia, qui propose dans plusieurs États américains du plasma récolté chez des donneurs de 16 à 25 ans. Prix au litre : 8 000 dollars (12 000 pour les deux litres, prix d’ami). La pratique n’est pas couverte par la Sécu. Après la publication de la FDA, la start-up a semble-t-il cessé les traitements.

Des décennies de faux résultats, de vrais effets secondaires

Évidemment, toutes ces affirmations sont totalement du pipeau (du moins en l’état de nos connaissances). Les "résultats" sur lesquels s’appuient les entreprises qui commercialisent ces traitements sont des extrapolations de résultats préliminaires intrigants publiés en 2017 sur… des souris. Ces résultats, encore controversés, entendaient démontrer que la transfusion de sang de jeunes animaux vers des spécimens plus âgés avaient un effet rajeunissant. Avec le temps, les chercheurs avaient isolé une protéine, la TIMP2, présente également chez l’Homme. Une fois cette protéine isolée et injectée, les résultats étaient similairement significatifs.

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Comme le rappelait Ars Technica à l’époque des résultats, les "découvertes" liées à la protéine TIMP2 n’étaient que les dernières de décennies de recherche et d’affirmations spectaculaires concernant d’éventuelles propriétés rajeunissantes de protéines sanguines. Problème : les êtres humains ne sont pas des souris, loin de là, et la transposition d’un traitement d’un animal à un autre n’a qu’une infime chance d’aboutir.

Au contraire, la FDA explique que de tels traitements peuvent diffuser des maladies contagieuses, déclencher des réactions allergiques, provoquer des blessures aux poumons, surcharger le système circulatoire et vous faire passer pour un Dracula des temps modernes (bon, peut-être pas le dernier, d’accord). Des effets secondaires observés chez les humains, pour le coup.

Par Thibault Prévost, publié le 21/02/2019

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